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l'Île des esclaves

Pierre de Marivaux, L'Île des esclaves
Pierre de Marivaux, L'Île des esclaves

Comédie de Marivaux, en 1 acte et en prose, créée à Paris par les Comédiens-Italiens (1725).

Quatre Athéniens naufragés ont échoué sur une île : les nobles Iphicrate et Euphrosine, et leurs esclaves Arlequin et Cléanthis. Selon les lois de l'île exposées par Trivelin, maîtres et esclaves échangent noms et conditions. Trivelin pousse les ex-esclaves à décrire les travers de leurs maîtres, et ces derniers doivent les reconnaître.

Humiliation pour les uns, revanche pour les autres, réconciliation ; le renversement des rôles ne dure qu'un temps mais cela suffit à bouleverser l'ordre social.

Morceaux choisis

Scène 4 :

Trivelin Allons, ne ressemblez-vous pas au portrait qu'on a fait ?
[…]
Euphrosine Il y a du vrai, par-ci, par-là.
Trivelin Par-ci, par-là, n'est point votre compte ; avouez-vous tous les faits ? En a-t-elle trop dit ? n'a-t-elle dit que ce qu'il faut ? Hâtez-vous, j'ai autre chose à faire.
Euphrosine Vous faut-il une réponse si exacte ?
Trivelin Eh oui, Madame, et le tout pour votre bien.
Euphrosine Eh bien…[…] Je suis jeune…
Trivelin Je ne vous demande pas votre âge.
Euphrosine On est d'un certain rang, on aime à plaire.
Trivelin Et c'est ce qui fait que le portrait vous ressemble.
Euphrosine Je crois qu'oui.
Trivelin Eh ! voilà ce qu'il nous fallait. Vous trouvez aussi le portrait un peu risible, n'est-ce pas ?
Euphrosine Il faut bien l'avouer.

Scène 9 :

Iphicrate On m'avait promis que mon esclavage finirait bientôt, mais on me trompe, et c'en est fait, je succombe ; je me meurs, Arlequin, et tu perdras bientôt ce malheureux maître qui ne te croyait pas capable des indignités qu'il a souffertes de toi.
Arlequin Ah ! il ne nous manquait plus que cela, et nos amours auront bonne mine. Écoute, je te défends de mourir par malice ; par maladie, passe, je te le permets.
Iphicrate Les dieux te puniront, Arlequin.
Arlequin Eh ! de quoi veux-tu qu'ils me punissent ? d'avoir eu du mal toute ma vie ?
Iphicrate De ton audace et de tes mépris envers ton maître ; rien ne m'a été si sensible, je l'avoue. Tu es né, tu as été élevé avec moi dans la maison de mon père ; le tien y est encore ; il t'avait recommandé ton devoir en partant ; moi-même je t'avais choisi par un sentiment d'amitié pour m'accompagner dans mon voyage ; je croyais que tu m'aimais, et cela m'attachait à toi.