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Lucia di Lammermoor

Gaetano Donizetti
Gaetano Donizetti

Opera seria de Gaetano Donizetti (Naples, 1835).

Livret de Salvatore Cammarone d'après La Fiancée de Lammermoor, roman de Walter Scott.

Lucia di Lammermoor est l'archétype de l'opéra romantique italien à ses débuts. C'est peut-être aujourd'hui le plus célèbre opéra de Donizetti, compositeur fécond qui en écrivit soixante-dix en vingt ans, dont quelques-uns seulement sont passés à la postérité. Son œuvre se partage entre le genre bouffe (l'Élixir d'amour, Don Pasquale), où il s'affirme comme le continuateur inspiré de Rossini, et l'opera seria romantique, dont il est l'un des plus illustres initiateurs avec Vincenzo Bellini. C'est d'ailleurs l'exemple de ce dernier qui incita Donizetti à s'essayer au genre en 1831 avec Anne Boleyn, œuvre suivie bientôt par Lucrèce Borgia, Marie Stuart, puis le couronnement de Lucia di Lammermoor. La création de Lucia eut lieu quelques jours après la mort de Bellini, et Donizetti, qui avait été très impressionné par les Puritains peu de temps auparavant, lui rendit d'ailleurs hommage par un requiem écrit à sa mémoire. Après la retraite de Rossini, il allait régner en maître sur l'opéra italien pendant une courte période, jusqu'à la venue de Giuseppe Verdi.

Lucia di Lammermoor, comme les autres opéras « sérieux » du compositeur, recourt au sujet historique et, dans la forme, à l'alternance de récitatifs accompagnés par l'orchestre (comme chez Rossini). Le dénouement est particulièrement sombre et violent. L'association entre voix et caractères (ténor incarnant le bien, baryton le mal), alors nouvelle, deviendra une convention de l'opéra au xixe s. L'histoire, issue d'un roman de Walter Scott, est d'un romantisme exacerbé. Lord Henry Ashton, qui veut marier sa sur Lucie à lord Arthur Bucklaw, apprend qu'elle aime en réalité Edgar de Ravenswood, son ennemi, dont il vient d'acquérir le domaine. Lucie et Edgar, avant le départ de celui-ci pour la France, se jurent une fidélité éternelle. À l'acte II, s'appuyant sur un faux pour prouver l'infidélité d'Edgar, Henry force sa sur à signer le contrat de mariage qui la lie à Arthur. Edgar survient (sextuor) et se croit trahi par sa bien-aimée. Celle-ci, voyant sa réaction, comprend que son frère l'a trompée. À l'acte III, pendant une nuit d'orage, Henry provoque Edgar en duel. Les invités réunis au château pour célébrer le mariage apprennent que Lucie, devenue folle, a poignardé son époux. Elle paraît alors et donne libre cours à son délire (elle se croit mariée à Edgar) avant de mourir. Dans la scène finale, Edgar, à qui l'on annonce la mort de Lucie, l'invoque une dernière fois avant de se poignarder lui aussi.

Lucia est la seule œuvre de Donizetti à n'avoir jamais vraiment quitté le répertoire lyrique malgré le mépris dans lequel fut tenu le compositeur, de sa mort jusque vers 1950. Elle doit sans doute cette constance à sa nouveauté, due principalement à la continuité de l'action liée à la qualité particulière de l'écriture vocale. Celle-ci est caractérisée par l'adéquation du bel canto et de l'expression individualisée des sentiments, ce dont le sextuor de l'acte II offre un magnifique exemple. Les deux autres sommets de l'œuvre sont la grande scène de la folie de Lucie (dont une partie est traitée en duo avec la flûte) et la scène finale, réservée au ténor (l'opéra avait été à l'origine écrit pour mettre en valeur le créateur du rôle, Gilbert Duprez, qui s'interdisait de chanter les notes aiguës en voix de tête, comme c'était l'usage à l'époque).