Ensemble des habitants d'un pays, d'une région, d'une ville, etc. : La population du globe.
Ensemble des personnes constituant, dans un espace donné, une catégorie particulière : La population rurale.
Ensemble des espèces animales ou végétales d'un pays, d'une région.
Population stellaire, ensemble des étoiles d'une galaxie qui possèdent certaines propriétés intrinsèques communes (âge, composition chimique, etc.). [La population I comprend des étoiles jeunes, qui brûlent de l'hydrogène ; la population II, des étoiles beaucoup plus âgées, formées à partir de matière interstellaire pauvre en éléments lourds.]
Ensemble des individus d'une même espèce trouvés dans une station donnée. (L'étude fine des populations est à la base de la génétique moderne.)
Mouvement de la population, entrées et sorties dans une population, par naissances et immigration, décès et émigration. (Par mouvement naturel, on entend le seul mouvement par naissances et décès.)
Population de droit ou population résidente, population ayant son domicile habituel dans un territoire déterminé.
Population de fait ou population présente, population présente lors du recensement d'un territoire.
Population fermée, population vivant sans échanges migratoires avec l'extérieur.
Population légale, population d'une agglomération qui permet de déterminer, dans certains cas, quelles dispositions légales sont applicables aux résidents.
Population d'un état, dans un système contenant un grand nombre de particules identiques, nombre de ces particules se trouvant dans le même état quantique.
Ensemble d'individus (êtres humains, êtres vivants, objets inanimés) soumis à une étude statistique. (Synonyme : ensemble statistique.)

Dans son acception la plus générale, le mot « population » désigne un ensemble d'êtres vivants (humains, animaux, mais aussi végétaux) ayant des caractéristiques communes. Dans son usage le plus courant, il renvoie à un groupe humain résidant sur un même territoire (ville, région ou nation, voire l'ensemble de la planète). Mais il peut s'appliquer aussi à une partie de l'ensemble ainsi constitué, à l'intérieur duquel on opère des distinctions en fonction de critères biologiques (on parle ainsi de population masculine ou féminine, de population adulte) ou sociaux. L'analyse de la population et des populations est aujourd'hui au cœur des études de prospective.
Les conditions d'existence de la population, ses structures et son évolution sont largement influencées par l'économie et par la politique.
L'économie : l'accroissement et la santé de la population dépendent du degré de développement de la production ; en retour, l'existence d'une main-d'œuvre disponible pour le travail industriel et agricole est une condition de la croissance.
La politique : la capacité d'action d'un État dépend pour une grande part du dynamisme de son peuplement ; à l'époque de la mondialisation des activités humaines, des problèmes comme celui que pose la faim (dans les régions où l'augmentation de la population excède les ressources immédiatement disponibles) ont des incidences sur les rapports entre gouvernements.
Seule une étude rigoureuse de la répartition, de la composition et des tendances d'évolution des populations peut permettre de formuler des prévisions, à partir de projections des données anciennes et actuelles sur l'avenir. Des décisions capitales pour chaque État aussi bien que pour l'ensemble de l'humanité dépendent de la capacité à déterminer si le nombre d'êtres humains prévisible pour le milieu du XXIe s. sera compatible avec les capacités de production, si l'accroissement de la population mondiale est susceptible de provoquer des atteintes graves à l'environnement, ou encore si la concentration de la population dans des villes de plus en plus surchargées ne risque pas d'entraîner de graves déséquilibres. L'urgence croissante de ces questions est à l'origine de la naissance d'une discipline de recherche qui, depuis ses premiers pas, a connu un approfondissement constant, la démographie, qu'on appelle fréquemment dans les pays anglo-saxons population study (« étude de la population »).
La réflexion sur les problèmes de population est ancienne. On en trouve les échos chez des penseurs qui vivaient dans des États fortement structurés (Platon dans l'Athènes classique, Confucius dans l'Empire chinois).
Toutefois, c'est seulement à l'époque moderne de l'histoire européenne que cette réflexion a pris les caractères d'une recherche scientifique. Le premier travail d'ensemble sur la question a été publié, en 1662, par le statisticien britannique John Graunt (Observations naturelles et politiques sur les bulletins de mortalité), qui a étudié systématiquement les décès dans la ville de Londres, pour en tirer des conclusions sur « le gouvernement, la religion, le commerce ».
L'entrée dans la modernité, à partir du XVIe s., s'exprime par le développement d'un désir de connaissance et d'un esprit de recherche qui s'appliquent à tous les domaines. Il est parallèle à une expansion économique qui, à la suite de la généralisation du commerce international, va entraîner l'industrialisation et l'urbanisation des sociétés européennes. Ces bouleversements posent des questions nouvelles aux hommes d'État et aux intellectuels. Le contact avec des civilisations différentes (de l'Asie et de l'Amérique) est lui aussi source d'interrogations, de même que les guerres et les épidémies.
Le siècle des Lumières (siècle des révolutions en Amérique et en France) voit la naissance d'une réflexion sur la politique de la population, c'est-à-dire sur les mesures qu'il convient d'adopter pour que l'accroissement du nombre d'êtres humains s'accomplisse dans les meilleures conditions. Il faut d'ailleurs noter que c'est aux environs de 1750 que le terme « population » remplace le vocable « peuplement » dans la langue française, qui s'inspire en l'occurrence de l'anglais. Le débat qui prend forme alors va se poursuivre jusqu'à nos jours, opposant ceux qui, à l'instar de Condorcet et des Encyclopédistes, croient en la possibilité d'un développement harmonieux à ceux, dont Malthus est le représentant le plus célèbre, qui estiment indispensable une limitation de la population.
L'existence officielle de l'état civil (enregistrement obligatoire des naissances, des mariages et des décès) constitue le premier de ces moyens. En France, il est instauré par la Révolution française, en remplacement des registres où, dans chaque paroisse, étaient consignés baptêmes et autres cérémonies religieuses. Les recensements réguliers viennent compléter les données de base ainsi recueillies. Ils fournissent des indications d'ordre sociologique (profession, niveau d'instruction, logement, etc.).
Le premier recensement moderne est effectué en Prusse, en 1725. La Suède (1749), l'Autriche (1754), les États-Unis (1790) suivent le mouvement. L'Angleterre, la France, la Norvège et le Danemark y procèdent en 1801, mais on considère généralement que, en ce qui concerne la France, le premier recensement répondant aux exigences d'une recherche méthodique ne date que de 1836.
Une administration efficace est, de toute évidence, la condition indispensable de la fiabilité des résultats fournis par l'état civil et les recensements. C'est dire que le développement des études de population est indissolublement lié à l'État, dont le rôle s'est constamment renforcé depuis le XVIIIe s. Au XXe s. – tout particulièrement après la crise économique des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale –, l'État a rempli des fonctions économiques (secteur public) et sociales (Sécurité sociale) qui ne lui incombaient pas jusqu'alors. Ainsi s'explique l'apparition, dans la plupart des pays développés, d'instituts officiels qui ont pris en charge les études démographiques. En France, l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), fondé en 1946, comporte une section « population ». Mais il faut surtout signaler l'existence de l'Institut national des études démographiques (INED) : cet organisme public autonome, créé le 24 octobre 1945, a été placé pendant de longues années sous la direction d'Alfred Sauvy, un des pionniers de la démographie française, qui a notamment publié notamment une revue bimestrielle, Population, qui fait référence en son domaine.
Les études de population ont un double objectif : présenter l'état de la population à un moment donné (nombre, répartition géographique, répartition par âge, par sexe, etc.) et apprécier le mouvement de la population (son évolution, en fonction du rythme des naissances et des décès, des migrations, etc.). Ces tâches ne se résument donc pas à un simple dénombrement ; comme l'écrit Alfred Sauvy, « le total de la population ne présente de signification que rapporté à d'autres données ».
Les recherches sur l'état de la population portent sur trois domaines principaux : l'âge, la répartition sociogéographique, et la répartition par profession.
L'étude de l'âge d'une population permet d'aboutir à l'établissement d'une pyramide des âges, soit une représentation graphique où sont inscrits en ordonnée tous les âges de la vie humaine, de la naissance (comptée comme point zéro) à 100 ans environ, et en abscisse les effectifs dénombrés pour chaque âge, en distinguant hommes et femmes.
La répartition géographique de la population donne une vision précise de l'occupation du territoire, qu'il s'agisse d'une région, d'un État, d'un continent ou de l'ensemble du monde. Le calcul de la densité (nombre d'habitants par kilomètre carré) fournit un des indices les plus révélateurs : il contribue à montrer concrètement quelles zones connaissent une croissance économique, quelles autres demeurent oubliées du développement.
Mais cette répartition dans l'espace peut être aussi interprétée en termes sociologiques ; on établira alors les rapports entre population urbaine et population rurale. L'indication ainsi obtenue permet, elle aussi, d'apprécier le stade d'évolution auquel est parvenu un pays : la modernisation économique et politique s'accompagne toujours d'une croissance des villes, et un fort pourcentage d'êtres humains résidant à la campagne est, le plus souvent, l'indice d'un retard dans le développement (selon les critères imposés par l'économie moderne et le marché mondial).
La dimension sociale des recherches sur la population se révèle pleinement dans l'étude de la population active : il s'agit de l'ensemble des personnes exerçant habituellement une activité professionnelle, salariée ou non. On la calcule en général en chiffres absolus et en pourcentage de la population totale. Sont comptés dans la population active celles et ceux qui sont momentanément sans activité, pour cause de maladie, de formation ou de chômage n'excédant pas une certaine durée. Cette inclusion des sans-travail dans les statistiques a déterminé l'usage d'une catégorie complémentaire : la population active « occupée », qui rassemble toutes les personnes effectivement au travail.
La connaissance de la population active ne revêt une pleine utilité – pour l'État et les employeurs privés – que si elle s'accompagne d'une étude de la répartition professionnelle de ladite population. On a donc créé une nomenclature des métiers ou des professions. En France, cette liste, établie en 1947, puis révisée en 1954, comportait 12 000 activités rassemblées en 1 130 métiers. Une modification, opérée par l'INSEE lors du recensement de 1982, a abouti à un resserrement de l'éventail et à la définition de 455 professions. Pour éviter la trop grande dispersion qu'impliquerait pour la recherche la prise en compte des seules professions, les organismes responsables ont élaboré la notion de catégorie socioprofessionnelle (C.S.P.).
Pour définir les C.S.P., plusieurs critères sont retenus : la profession, le secteur d'activité économique auquel se rattache la profession (agriculture, commerce, services, etc.), le statut (salarié ou non salarié), la qualification professionnelle, la position dans la hiérarchie (cadre moyen ou supérieur, contremaître, etc.), et l'importance de l'entreprise (nombre de salariés). Ce regroupement en catégories permet une meilleure vue d'ensemble de la répartition professionnelle, à condition cependant de comprendre que les CSP ne correspondent pas à des classes sociales, mais à des groupes de classement, établis à partir d'enquêtes. Depuis 1982, on a procédé, en France, à une révision du code des catégories socioprofessionnelles, pour mieux l'adapter aux évolutions du travail. C'est ainsi qu'est apparue la catégorie des « professions intermédiaires », qui regroupe, entre autres, instituteurs, techniciens, cadres B de la fonction publique. En conséquence, on parle maintenant de professions et catégories socioprofessionnelles (PCS). On compte ainsi 8 grandes PCS, qui se subdivisent en 24, puis 42 postes.
Pour parvenir à une vision plus fine encore, il est nécessaire d'introduire les variables de l'âge et du sexe. On a pu remarquer en effet entre hommes et femmes de nombreuses différences – du point de vue de la qualification et du salaire – que ne justifie pas le travail effectué. De la même façon, l'expansion du chômage se traduit d'abord par une perte d'emploi chez les femmes, les jeunes de moins de 25 ans et les immigrés.
Les statistiques doivent rendre compte de cet état de fait, ce qui implique une définition du travailleur sans emploi : faut-il englober dans cette catégorie tous les salariés qui ont perdu leur poste ? Ou seulement ceux qui bénéficient de l'allocation chômage ? Comment classer ceux qui sont sous contrat temporaire ou qui suivent un stage de recyclage, sans garantie d'embauche ? Les avis et les critères divergent. Et si la plupart des pays adoptent les normes du Bureau international du travail (B.I.T.), la grande diversité des classements opérés illustre la complexité des problèmes concernant la population active à l'heure de la crise économique.
Le six milliardième être humain a officiellement vu le jour le 12 octobre 1999, à Sarajevo (capitale de la Bosnie-Herzégovine). Cette date a été choisie arbitrairement par le F.N.U.A.P. (Fonds des Nations unies pour la population).
La naissance du cinq milliardième homme avait eu lieu en juillet 1987. Cela montre à quel point le XXe s. a été celui d'une croissance exponentielle de la population mondiale. Entre 1900 et 2000, selon les estimations de l'O.N.U., la population de la planète est passée de 1,65 à 6,06 milliards d'hommes. Ce nombre a donc augmenté de 4,41 milliards au cours du siècle, alors qu'il n'était que de 280 millions pour le XIXe s.
Parallèlement, le nombre d'enfants par famille est passé de six, en 1960, à un peu moins de trois, en 1998. Toutefois, le ralentissement de la croissance démographique mondiale ne doit pas dissimuler l'aggravation d'une « fracture sociale » à l'échelle du globe. De fait, plus d'un milliard d'individus ne bénéficient pas du minimum de revenu qui leur permettrait de vivre décemment. En Afrique, dont la population a triplé depuis 1960, l'espérance de vie a reculé de sept ans depuis le début des années 1990.
Les femmes et les enfants (droits de l'enfant) sont les victimes désignées de ces inégalités croissantes, souvent aggravées par le néolibéralisme dominant dans les pays les plus industrialisés. Pourtant, la maîtrise de la démographie est possible, à la condition de dégager des crédits de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, pour les consacrer à l'éducation, à la santé, à l'approvisionnement en eau potable et, surtout, à la création des conditions socio-économiques nécessaires pour donner aux plus pauvres les moyens de maîtriser leur avenir, et donc celui de l'humanité tout entière.
Le décompte et l'analyse de la population mondiale font souvent l'objet de jugements de valeur et nourrissent de nombreuses inquiétudes. Depuis la publication de l'Essai sur le principe de population (1798) de Thomas Robert Malthus, certains auteurs, craignant comme lui un manque de ressources, ont une vision pessimiste de la croissance démographique. Ils s'opposent à ceux qui, comme les mercantilistes de l'ère moderne, considèrent que l'abondance d'hommes est un critère de richesses. Ce débat est encore d'actualité : on entend souvent dénoncer le déséquilibre entre des villes de plus en plus tentaculaires et des campagnes en voie de « désertification », entre des pays insuffisamment peuplés pour être en mesure d'aménager pleinement leur territoire et d'autres qui, parce qu'ils sont trop densément peuplés, feraient peser sur leur environnement d'excessives contraintes.
En 1968, Paul Ehrlich publie The Population Bomb (« la bombe démographique »), ouvrage d'inspiration malthusienne qui promet un avenir catastrophique pour l'humanité, du fait du déficit en ressources nécessaires à la satisfaction des besoins vitaux de la population mondiale. Les pays en développement connaissent alors une croissance démographique de l'ordre de 2,5 % par an et rassemblent plus de 70 % des habitants de la planète. À ce rythme-là, leur population devait doubler tous les 27 ans. Depuis lors, ces propos alarmistes ont été nuancés et les projections démographiques revues à la baisse. La population continue, certes, à augmenter, mais le taux d'accroissement naturel (différence entre le taux de natalité et le taux de mortalité) diminue régulièrement : il est passé de 2,04 % (maximum jamais atteint), à la fin des années 1960, à 1,3 % aujourd'hui. Quant au nombre d'enfants par femme, il a lui-même fortement chuté pendant la même période, passant, en moyenne, de 5 à 2,7.
Dans les pays en développement, le taux de mortalité a rapidement chuté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les campagnes en faveur de la santé publique, et notamment de la vaccination, y ont réduit les épidémies et la mortalité infantile. Dans les pays industriels, une telle diminution avait demandé des siècles. Dans les années 1960, les femmes des pays en développement avaient, en moyenne, 6 enfants, et l'espérance de vie s'élevait à un rythme jamais connu auparavant. Les méthodes modernes de planification familiale commençaient à se répandre dans les sociétés industrielles, mais il semblait peu probable qu'elles devinssent courantes dans les sociétés agraires du tiers-monde. Des pays comme la Chine et l'Inde ont alors adopté une politique visant à maîtriser cette croissance.
Entre 1950 et 2000, la population mondiale a plus que doublé, à un taux annuel moyen de croissance de 1,8 %. L'évolution a été différente selon les grandes régions du monde. Le continent asiatique se distingue par l'augmentation de sa population en valeur absolue : entre 1950 et 2000, elle s'est accrue de 2 milliards d'hommes et représente aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale. En fait, tous les ensembles géographiques ont connu un accroissement démographique, mais le taux annuel moyen varie entre 2,6 % pour l'Afrique et 0,1 % pour l'Europe et les républiques de l'ex-U.R.S.S. La part de chaque ensemble dans la population mondiale est donc fonction du taux de croissance. Pour certains ensembles, elle diminue. En dehors de l'Océanie, dont le nombre d'habitants est infime (28 millions à la fin des années 1990), les classements respectifs de l'Europe, de l'ex-U.R.S.S. et de l'Amérique du Nord ont subi quelques modifications à la fin du XXe s. En outre, la population bouge sans cesse en raison, notamment, des mutations politiques. Ainsi, l'éclatement des États produit un émiettement des peuples : la disparition de l'U.R.S.S., dans les années 1990, a entraîné celle de ce qui était auparavant la troisième puissance démographique mondiale.
En 1950, l'Europe, peuplée de 375 millions d'habitants, forme le deuxième ensemble démographique du monde, après l'Asie ; en 2000, elle est dépassée par l'Afrique. L'ex-U.R.S.S., quatrième ensemble en 1950, est aujourd'hui le sixième. Ces deux ensembles ont le taux annuel moyen de croissance le plus faible (0,8 %) et sont particulièrement affectés par le vieillissement de leur population. Quant à l'ex-U.R.S.S., les conditions de vie difficiles y ont provoqué, dès les années 1980, une baisse de la natalité et une reprise de la mortalité. L'Amérique du Nord maintient son rang de cinquième ensemble mondial, avec un taux annuel moyen de croissance de 1,3 % ; la baisse de la natalité y a été moins prononcée que dans les deux ensembles précédents, en partie parce que les minorités ont un taux de natalité qui reste relativement élevé.
La baisse de la natalité, principal facteur du ralentissement de la croissance démographique mondiale, résulte pour l'essentiel de la diffusion de la contraception dans les pays en développement. Mais, en Afrique, les ravages du sida affectent aussi gravement l'espérance de vie dans les pays les plus touchés par l'épidémie.
L'encouragement à la planification familiale dépend du degré de liberté des femmes, dont l'émancipation passe par une amélioration sensible de leur situation économique et sociale. En matière d'éducation, les écarts subsistent entre les sexes. Les femmes représentent, en effet, les deux tiers des adultes analphabètes dans le monde. En matière de santé, elles font souvent l'objet d'une discrimination, qui entraîne une surmortalité féminine. Lors de la conférence internationale du Caire (Égypte) sur la population, en 1994, les rapporteurs des Nations unies avaient espéré promouvoir le principe du droit des femmes à décider elles-mêmes du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir. Or, selon le F.N.U.A.P., sur 80 millions de grossesses recensées par an dans le monde, un tiers environ ne sont pas prévues, et environ 500 000 femmes meurent des suites de leur grossesse. Le plaidoyer en faveur de l'émancipation des femmes se heurte à de fortes résistances, qui s'enracinent dans la religion et la tradition.
Bien que l'anthropisation de la planète soit quasi totale, l'occupation de l'espace est inégale. À des zones de très forte concentration de population succèdent, souvent sans transition, des « vides » humains. Les contrastes majeurs de peuplement peuvent être observés à plusieurs échelles. Les hommes se répartissent inégalement entre les hémisphères, les continents, les États, les régions : l'hémisphère Nord contient les neuf dixièmes de la population mondiale ; l'Eurasie représente les trois quarts de l'humanité ; les espaces densément peuplés de l'Asie des moussons s'opposent aux déserts du domaine arctique ou des hautes montagnes ; aux États-Unis, les littoraux ont des densités élevées, alors que les espaces intérieurs sont faiblement occupés.
La moitié de l'humanité se rassemble sur moins de 10 % des terres émergées. On peut distinguer trois grands foyers de peuplement dense, tous situés au nord de l'équateur. L'Extrême-Orient, y compris le Sud-Est asiatique, porte la plus forte concentration humaine de la planète : cette aire de peuplement s'étend du Japon à la péninsule indochinoise, tout en incluant Taïwan, les Corées, les Philippines et surtout la Chine, l'État le plus peuplé de la Terre avec 1,3 milliard d'habitants. L'Asie du Sud, englobant le sous-continent indien (Inde, Bangladesh, Pakistan, Sri Lanka), regroupe plus d'1,3 milliard d'hommes. Ces deux foyers asiatiques sont fondés sur de vieilles civilisations agraires et sont encore formés de régions en majorité rurales. Le foyer européen (à l'ouest du continent eurasiatique) n'est pas à la même échelle : 350 millions d'habitants y vivent sur 2 millions de km2. Les densités les plus élevées se trouvent dans la « Mégalopole » européenne, qui s'étend du sud-est de l'Angleterre à l'Italie du Nord. Il s'agit, dans l'ensemble, d'une population à haut niveau de vie, qui habite principalement en milieu urbain.
Des foyers secondaires, de dimension régionale, peuvent être délimités. Ce sont des espaces de peuplement dense, mais isolés au sein de régions globalement peu peuplées : le centre-est de l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale et le monde caraïbe, la façade atlantique de l'Amérique du Sud, la bordure du golfe de Guinée, la région des grands lacs de l'Afrique de l'Est, le Proche-Orient, la Russie occidentale.
Face à l'Extrême-Orient, au sous-continent indien et à l'Europe, à l'Amérique du Nord et à l'Amérique du Sud, l'Afrique et, a fortiori, l'Australie apparaissent comme des continents relativement sous-peuplés, à l'exception de concentrations ponctuelles. Des espaces de peuplement discontinu entourent les grandes agglomérations qui sont apparues sur le continent américain (San Francisco, Los Angeles, Bogotá, Santiago du Chili), le long du Transsibérien en Russie, sur la bordure méditerranéenne de l'Afrique du Nord ou dans des régions rurales spécifiques, comme la vallée du Nil en Égypte.
Plus de 80 % des hommes vivent au-dessous de 500 m d'altitude. Les hauts sommets (Himalaya, montagnes Rocheuses), de même que les zones arides (Sahara, déserts intérieurs de l'Asie, déserts d'Australie, du sud-ouest de l'Afrique et du sud-est de l'Amérique du Sud), l'Amazonie et le bassin du Congo, soumis au climat équatorial, sont d'immenses espaces en majeure partie vides d'hommes, ou dans lesquels ceux-ci ne s'aventurent que rarement. Sur un quart des terres émergées, où règnent des conditions climatiques particulièrement contraignantes – soit en raison de la sécheresse, soit en raison du froid –, l'occupation humaine est rare. Mais le milieu montagnard n'est pas partout répulsif, comme en témoignent le peuplement précoce des Andes (Amérique du Sud) ou de l'Atlas (Afrique).
Les côtes et les vallées fluviales sont, dans l'ensemble, densément peuplées : les deux tiers de la population mondiale vivent à moins de 500 km de la mer. Mais tous les littoraux ne sont pas attractifs : de longues bandes littorales sont inhabitées.
La répartition de la population est donc contrastée : l'essentiel de celle-ci vit au nord de l'équateur, entre 60° et 20° de latitude ; les périphéries des continents s'opposent à des espaces intérieurs peu ou pas peuplés. Les conditions physiques (relief, altitude, climat) sont à l'origine des grands foyers de population, mais les concentrations humaines qui s'y sont formées sont aussi le produit d'une histoire complexe.
Ainsi, la Chine, l'Inde et les pays du Proche-Orient ont été très tôt des régions de fort peuplement ; c'est aussi dans ces régions que l'urbanisation a commencé et s'est développée. À l'inverse, certains foyers sont de formation récente : ceux des États-Unis ou du littoral brésilien sont issus de la colonisation européenne et n'ont donc que quelques siècles d'existence. La tendance à la concentration va de pair avec l'extension du phénomène urbain. À l'échelle mondiale, celui-ci est relativement récent : au début du XIXe s., seuls 3 % de la population mondiale résidait en ville ; au début du XXIe s., c'est le cas de la moitié de la population mondiale. La croissance urbaine est inégale, mais les très grandes villes se sont multipliées : on comptait 75 agglomérations de plus d'un million d'habitants dans le monde en 1950 ; elles sont plus de 300 aujourd'hui et 25 d'entre elles dépassent les 10 millions d'habitants. Le processus d'urbanisation, très avancé dans les pays industrialisés, est en plein essor en Afrique. Toutefois, du fait de la croissance démographique, le nombre de ruraux augmente en chiffres absolus, d'où une pression accrue sur les terres cultivables dans certains pays en développement.
Regroupant 38 % de la population mondiale, la Chine et l'Inde représentent, respectivement, un cinquième et un sixième de l'humanité. Berceaux de grandes civilisations, où la riziculture joue un rôle de premier plan, les deux pays se caractérisent depuis longtemps par des densités élevées de population. Les hommes y sont répartis selon les ressources agricoles. La Chine de l'Ouest est un espace sous-peuplé, tandis que l'occupation du territoire indien (deux fois moins vaste que celui de la Chine) est plus homogène. Dans les deux cas, les fronts pionniers de développement se situent à l'ouest. L'urbanisation, encore modérée (30 % seulement de citadins), progresse plus rapidement en Chine, où elle a longtemps été freinée. Le développement des zones côtières induit des mutations, qui, dans le cas de la Chine, se traduisent notamment par l'ouverture du pays sur le monde. En Chine comme en Inde, les montagnes sont désertes ou laissées aux minorités ; les plaines ont de très fortes densités.
Comme dans tous les pays en développement, la transition démographique est allée de pair avec une importante augmentation de la population. La Chine et l'Inde ont été tentées par une planification étatique des naissances, fondée sur la contrainte. L'Inde, qui vit en régime démocratique, n'a guère persisté dans cette voie. La Chine, en revanche, en a fait une politique durable. Elle la justifie par la volonté de gérer l'explosion démographique sans compromettre le niveau de développement. En effet, les investissements qu'implique une démographie « galopante », selon un terme déjà ancien, en matière d'équipements ou d'éducation, grèvent le budget de l'État, au détriment du progrès économique et social. La condition féminine est un peu meilleure en Chine qu'en Inde, où les femmes, moins alphabétisées que les hommes, n'occupent que peu d'emplois ou perçoivent de très bas salaires ; la naissance d'une fille étant peu désirée, les familles ont recours à l'avortement, voire à l'infanticide, s'il s'agit de nouveau-nés de sexe féminin.
Il y avait 350 millions d'Indiens en 1951 et 700 millions en 1981, soit un doublement de la population en 30 ans, malgré des campagnes de contrôle des naissances qui ont commencé précisément en 1951. Dans un premier temps, le gouvernement a choisi l'incitation, à grand renfort de campagnes de sensibilisation. Néanmoins, il y a eu des dérives, qu'elles aient pris la forme de la motivation financière des couples ou de la stérilisation à grande échelle : des rabatteurs étaient chargés d'amener à des médecins les hommes à stériliser (8 millions l'ont été, entre 1975 et 1977). Depuis, on favorise la contraception, à laquelle ont recours 45 % des femmes. Cependant, la natalité reste élevée (25 ‰), alors que la mortalité est en baisse sensible : ainsi, le taux d'accroissement naturel est de l'ordre de 1,5 % par an.
Dans les années 1950, Mao Zedong, leader d'une Chine devenue communiste, encourage la natalité par pure idéologie et sous le prétexte de se préparer à une guerre. À partir de 1978, Deng Xiaoping impose la politique de l'enfant unique, en même temps que le mariage tardif (25 ans pour les hommes, 23 ans pour les femmes), l'interdiction des naissances hors mariage (sinon, l'avortement est obligatoire), la planification des naissances par les unités de travail et la pénalisation financière des familles nombreuses. La natalité, dont le taux était de 38 ‰ en 1954, tombe alors à un taux de 18 ‰, en 1996. Au cours de la même période, la mortalité passe d'un taux de 18 ‰ à un taux de 6,5 ‰. Le taux d'accroissement naturel régresse donc de 2 à 1,15 %, ce qui représente encore 14 millions de Chinois de plus chaque année (soit, en quatre ans, la population de la France). Il est aujourd'hui de 0,7 %, alors que les femmes du baby-boom des années Mao sont en âge de procréer, et que les premières femmes de la génération 1978 arrivent à l'âge du mariage.
Le poids démographique de la Chine et de l'Inde, garant d'une main-d'œuvre bon marché et d'une consommation intérieure en expansion, leur vaut d'occuper une place grandissante dans l'économie mondiale. Mais il faut encore que ces deux pays surmontent de difficiles obstacles : nourrir une population en augmentation constante, mettre en œuvre un développement durable sans gaspiller les ressources, offrir des emplois aux habitants des campagnes déjà en surnombre, développer le secteur industriel et celui des services sans surcharger les villes, élever le niveau d'instruction de la population en général, protéger les hommes et l'environnement de risques naturels et technologiques (par exemple la pollution entraînée par la catastrophe de Bhopal, en Inde, en 1984).
La croissance économique de la Chine a atteint 12 % par an dans les années 1990. Mais cette moyenne dissimule de profondes disparités : le rapide développement des régions côtières a fait de celles-ci des pôles d'attraction, suscitant de vastes mouvements de migration que l'État ne parvient plus à contrôler. En Chine comme en Inde, où une nouvelle classe moyenne s'est formée, les inégalités dues au développement risquent d'opposer plus fortement la bourgeoisie en plein essor de villes comme Shanghai ou Bombay, qui sont les deux plus dynamiques dans les domaines de la banque et de l'industrie, aux nombreux pauvres vivant avec un revenu de 1 dollar par jour (près de 50 % de la population en Inde et 30 % en Chine). En Inde, les tensions intercommunautaires sont importantes. Les minorités sont formées par les musulmans (plus de 100 millions de personnes, réparties sur tout le territoire), par les Sikhs, présents dans le Nord-Ouest, et par quelques peuples aborigènes en rébellion contre le pouvoir central. Le conflit le plus grave, aujourd'hui, concerne le Cachemire, région de l'Himalaya peuplée de musulmans, mais berceau de la dynastie Nehru et de l'hindouisme, et partagée en 1949, après une guerre, entre l'Inde et le Pakistan.
En Inde, la « révolution verte » a permis de doubler les superficies irriguées en 40 ans et, malgré la croissance démographique, d'éradiquer les famines. La malnutrition existe toujours, mais elle résulte davantage d'une répartition inégalitaire des revenus que d'une production insuffisante (l'Inde, en effet, est devenue exportatrice de blé). Le pays a adopté la voie d'un « socialisme prudent », en laissant subsister un secteur privé dynamique. C'est dès les années 1980 que l'économie a été libéralisée, afin de pallier le manque de compétitivité des produits indiens. L'Inde est devenue un N.P.I. (nouveau pays industrialisé) : les produits manufacturés, qui représentent 76 % de ses exportations, trouvent des débouchés dans de nombreux pays en développement, où ils sont mieux adaptés que les produits occidentaux. L'Inde est le premier producteur mondial de films, elle possède des centrales nucléaires (ainsi que la bombe atomique), des satellites, une industrie aéronautique. La croissance y entraîne moins de déséquilibres spatiaux qu'en Chine. Les quatre grandes métropoles (Calcutta, Bombay, Delhi et Madras) forment un réseau urbain équilibré, qui s'appuie sur une vingtaine d'autres villes de plus d'un million d'habitants. Il n'y a pas de région totalement vide et la densité moyenne est élevée (315 habitants/km2). Le problème de l'Inde reste la persistance d'une forte pauvreté, qui touche de 300 à 400 millions de personnes, surtout dans les campagnes, où elle est moins visible qu'en ville.
Il a fallu 40 000 ans, depuis l'homme de Cro-Magnon, pour en arriver à 2,5 milliards d'individus. Il a fallu 37 ans pour que la population du globe double, entre 1950 et 1987, passant de 2,5 à 5 milliards d'habitants. Selon l'O.N.U., il faudra plus de temps pour qu'elle double à nouveau et l'hypothèse d'une explosion démographique paraît exclue. La Division de la population des Nations unies fait, tous les deux ans, une série de prévisions fondées sur trois hypothèses très différentes quant à la fécondité future des femmes des pays en développement. Dans presque tous les pays industrialisés, cette fécondité est désormais inférieure au taux de renouvellement des générations et, dans leur majorité, les pays européens s'orientent vers une diminution de leur population.
Dans le cadre de son hypothèse moyenne, l'O.N.U. suppose que l'indice synthétique de fécondité de tous les pays convergera vers le niveau de remplacement de 2,1 enfants par femme au milieu du XXIe s. La population mondiale pourrait alors passer à 11 milliards de personnes et se stabiliser.
L'hypothèse basse suppose que les ménages du monde entier n'auront en moyenne que 1,6 enfant, soit le taux actuel de fécondité générale en Europe. La population mondiale commencerait à diminuer, après avoir atteint un maximum de 8 milliards de personnes, car le remplacement de tous les ménages ne serait pas assuré.
Toutes ces hypothèses induisent que les taux de natalité baisseront à un rythme régulier et qu'ils deviendront plutôt faibles. Mais cette évolution n'est pas uniforme. Elle varie d'un pays à l'autre, et parfois d'une région à l'autre au sein d'un même pays. En Inde, par exemple, la diminution de la fécondité, dont le taux est actuellement de 3,5 enfants par femme (au lieu de 5,5 dans les années 1970), est due en grande partie à la baisse observée dans les États du Sud, plus prospères et mieux alphabétisés que les grands États du Nord, dont l'Uttar Pradesh, qui compte plus de 130 millions d'habitants et dont la fécondité est de 5 enfants par femme.
La transition démographique procure un modèle d'interprétation des évolutions démographiques dans l'espace et dans le temps. Elle peut être définie comme le passage d'un régime démographique ancien, caractérisé par une natalité et une mortalité élevées (stade prétransitionnel), à un régime nouveau, caractérisé par une fécondité et une mortalité faibles (stade posttransitionnel). Dans les deux cas, l'accroissement naturel est modeste. La transition démographique commence quand la mortalité diminue de manière significative et durable, grâce aux progrès de la médecine.
Au début du XXIe s., tous les pays ont dépassé le stade qui précède la transition démographique, mais tous n'ont pas atteint le stade posttransitionnel :
– la transition est terminée dans les pays développés (Amérique du Nord, Europe et Russie, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande) : la natalité et la mortalité sont basses, et l'accroissement naturel est minime, parfois négatif ;
–
d'autres pays se trouvent au cours de la deuxième phase : la fécondité baisse, et l'accroissement naturel reste cependant très élevé. C'est le cas des pays de l'Amérique latine (Colombie, Venezuela, Argentine, Chili exclus), de ceux de la partie septentrionale de l'Afrique, du sous-continent indien, de la péninsule indochinoise, de l'Indonésie, des Philippines et de la Mongolie. Pour certains pays même (républiques musulmanes de l'ex-U.R.S.S., Argentine, Chili, Colombie, Venezuela), cette phase est bien entamée : la natalité baisse sensiblement et l'accroissement naturel se ralentit ; cette évolution peut être la conséquence d'une amélioration du niveau de vie, ou d'un contrôle des naissances coercitif, comme en Chine ;
– enfin, quelques pays sont encore dans la première phase de la transition : la mortalité a fortement baissé, alors que la natalité reste élevée. L'accroissement naturel est en forte augmentation en Afrique subsaharienne, dans une grande partie des pays musulmans du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Iraq, Iran, Afghanistan) ou en Bolivie.
En 1990, on recensait 10 pays de plus de 100 millions d'habitants. En 2025, le monde en comprendra 16, dont 3 seulement (États-Unis, Japon, Russie) appartiendront au monde « développé » d'aujourd'hui. Ces 16 pays rassembleront les deux tiers de la population mondiale. L'Afrique subsaharienne connaîtra une expansion sans précédent, passant en trente ans de 746 millions à 4,6 milliards d'individus ; en 2025, elle représentera 19 % de la population mondiale, au lieu de 12 % aujourd'hui.
La prévision retenue (8,47 milliards d'habitants) est une prévision moyenne, la plus forte étant de 12 milliards en 2025. Parallèlement, on envisage un net ralentissement de la croissance démographique mondiale. Le taux annuel moyen de croissance prévu, entre 2000 et 2025, serait de 1,3 % (contre 1,8 % pour la période précédente). Tous les ensembles, à l'exception de l'Afrique, qui maintiendrait le taux de 2,6 %, devraient accuser une baisse marquée. En Asie, le taux annuel moyen devrait descendre à 1,2 %, en raison de la régression de l'accroissement naturel en Chine (0,7 %) et en Inde (1,3 %).
La population mondiale serait donc redistribuée : en 2025, les pays d'Europe, ceux d'Amérique du Nord et ceux de l'ex-U.R.S.S. se classeraient, respectivement, aux quatrième, cinquième et sixième rangs. La population européenne se renouvellerait faiblement. L'Amérique du Nord et l'ex-U.R.S.S. auraient une croissance très faible (taux annuel moyen de 0,6 %) et ne regrouperaient plus que 15 % de la population mondiale, soit moitié moins qu'en 1950. L'Amérique latine devrait poursuivre sa croissance au taux moyen de la planète ; dans le sous-continent, les espaces de peuplement discontinu se rejoindraient sur les bordures maritimes. L'Asie resterait en tête, la population indienne augmentant plus vite que la population chinoise. Le continent africain aurait une population supérieure à celle de la Chine et un taux record de croissance, qui aurait pour conséquence une densification de son espace, en particulier sur les périphéries. Asie et Afrique totaliseraient alors plus des trois quarts de la population mondiale. Entre 1950 et 2025, la population africaine devrait être multipliée par 7, celle de l'Amérique latine par 4, celle de l'Asie par 3,5. La carte de la démographie mondiale traduirait une inégalité accrue entre riches et pauvres, lesquels formeraient les quatre cinquièmes de la population. Cette inégalité correspondrait aussi à de forts contrastes entre les populations vieillies et les populations jeunes. Une telle évolution, aboutissant à aggraver les disparités en matière de population et de richesse, constitue le principal enjeu des rapports Nord-Sud.
Chaque année, la planète se peuple de quelque 80 millions d'individus supplémentaires. Bien que le ralentissement de la croissance démographique atténue la crainte du surpeuplement, la question du rapport entre la charge humaine et les ressources terrestres demeure donc posée. Elle est indissociable d'un débat sur l'inégale utilisation de ces ressources, qui se fait principalement au profit des pays industrialisés du « Nord ». Ces derniers, qui représentent 20 % de la population mondiale, détiennent 80 % des richesses du globe, et les 7 pays les plus industrialisés produisent à eux seuls près des deux tiers de la richesse mondiale. La pauvreté, mesurée par le P.N.U.D. à partir de la durée moyenne de vie, du degré d'instruction et des conditions de vie, touche un quart de la population des pays en développement. En Afrique subsaharienne et en Asie, elle frappe 40 % de la population. Selon la F.A.O. (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), 800 millions de personnes souffrent de la faim. La pénurie n'est pas consécutive au surpeuplement, mais à la désorganisation politique et économique des pays ou, ponctuellement, à des dérèglements climatiques. La Terre offre, a priori, de quoi nourrir l'humanité. Mais l'excédent agricole est le fait des pays riches, qui se trouvent ainsi dotés d'une « arme verte ».
Les interactions entre croissance démographique et développement économique sont complexes. Si les grands pôles de richesse se situent le plus souvent dans des zones très peuplées, il existe aussi des pays denses mais pauvres, des pays riches mais peu peuplés (Australie ou Émirats arabes unis). La dimension d'une population pèse néanmoins sur l'économie, dans la mesure où elle détermine la taille des marchés. Mais le revenu national est mal réparti à l'intérieur d'un pays : les pays pauvres contiennent des minorités très riches, tandis que les pays industrialisés ont de larges couches de populations pauvres. L'approvisionnement en eau constitue l'impératif prioritaire des prochaines décennies, au point que l'eau, dont la consommation augmente rapidement, peut être, d'ores et déjà, considérée comme une matière première stratégique : les Nations unies relèvent 300 zones de conflits potentiels pour la maîtrise des fleuves internationaux, comme le Nil ou l'Euphrate, ou celle des nappes phréatiques, et la pénurie d'eau est une menace qui pèse sur 40 % de la population mondiale.
Déjà ancien dans les pays développés occidentaux et asiatiques, le vieillissement de la population est de plus en plus sensible dans les pays en développement et a donc tendance à devenir un phénomène planétaire. Ainsi, la structure de la population mondiale par âge se modifie rapidement, en raison de la baisse de la fécondité et de l'allongement de l'espérance de vie. L'âge médian est passé de 23,5 ans en 1950 à 26,4 ans en 1999 ; en 2050, il devrait atteindre 37,8 ans. Quant aux proportions de personnes âgées de moins de 15 ans et de plus de 60 ans, elles étaient, respectivement, de 34 % et de 8 % en 1950, alors qu'elles devraient être de 20 et de 22 % en 2050.
Dans les pays développés, le remplacement des générations n'est plus assuré depuis de nombreuses années : il faudrait, en effet, 2,1 enfants par femme, mais on n'en est, en moyenne, qu'à 1,6 enfant (1,15 en Espagne, 1,20 en Italie et 1,30 en Allemagne). La conséquence de cette évolution est inéluctable : une forte baisse de la croissance démographique, suivie d'une diminution en chiffres absolus. En 2050, l'Europe aura une population de 628 millions d'habitants, contre 729 millions en 2001, et ne représentera plus que 7 % de la population mondiale, au lieu de 12 %. Sur le « Vieux Continent », le vieillissement de la population posera de graves problèmes de financement de la sécurité sociale, tant en ce qui concerne le remboursement des soins que le versement des pensions de retraite. Tandis que le nombre de bénéficiaires ne cessera d'augmenter, celui des contributeurs se rétrécira. Cette évolution démographique pourrait aussi avoir des conséquences d'ordre politique : une population au corps électoral relativement âgé est censée être plus réceptive aux dépenses de santé ou de sécurité qu'aux dépenses d'éducation ou d'investissement.
Voir plus
Voir plus