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Nature morte,
représentation d'objets inanimés (fruits et fleurs, gibier, nourritures, instruments, objets usuels ou décoratifs). [Pratiquée depuis l'Antiquité, la peinture de natures mortes a triomphé au XVIIe s. dans les Pays-Bas (les Hollandais Claesz., Heda, Van Huysum [fleurs], etc., les Flamands Snijders, Fyt…), en Espagne (bodegones), en Italie, en France (Desportes, Monnoyer). Chardin domine le XVIIIe s.]
État de nature, situation dans laquelle se serait trouvée la société humaine, comme telle, avant le moment où les hommes, tout en vivant ensemble, n'auraient créé aucune institution commune et, de ce fait, n'auraient subi aucune autorité politique. (L'état de nature est un lieu commun de la philosophie politique des XVIIe et XVIIIe s.)
Idée de nature, idée qui préside à l'organisation du cosmos, comme pour Aristote, ou à celle d'un être particulier.

L'appréhension de la nature comme puissance créatrice incréée, souveraine et impersonnelle est sans doute la première qui se soit imposée aux hommes, lorsqu'ils avaient à se mesurer constamment aux « éléments naturels ». En tout cas, dès le VIe s. avant J.-C. ont fleuri, en Grèce, les traités Péri Phuséôs (« De la nature ») : Anaximandre, Anaxagore de Clazomènes, Parménide d'Élée, Héraclite d'Éphèse, puis Empédocle d'Agrigente et Épicure ont tour à tour appelé phusis le principe infini et inaltérable de toutes les choses finies et périssables.
C'est Aristote qui a élaboré la plus ample systématisation de l'idée de nature, dans une cosmologie qui devait régner sans partage jusqu'à l'avènement de la physique de Galilée, et surtout de celle de Newton. Le mot grec phusis, que nous traduisons par « nature » (du latin nasci, natus: « naître », « né ») et qui a donné en français « physique », a la même racine que « ftus » et vient du verbe phuein, qui signifie « croître », « pousser », « faire croître » : en prononçant phusis, disait Aristote, on sent comme une poussée vivace de croissance. La nature est en effet la cause immanente qui « a en elle-même le principe de son mouvement ». Et, précise Aristote, « le dieu et la Nature ne font rien en vain ».
La nature est constituée de quatre éléments simples : eau, air, terre, feu. Au centre se trouve la terre (grave absolu et sec) ; à la périphérie, le feu (sec et léger absolu) ; dans l'intervalle, l'air (léger relatif et humide) et l'eau (humide et grave relatif). L'homme est un mixte composé de ces quatre éléments, appelés à rejoindre leurs « lieux naturels » dans le cosmos : géosphère (terre), hydrosphère (eau), atmosphère (air), pyrosphère (feu). Einstein ne cachait pas son admiration devant cette antique cosmologie qualitative, dont il subsiste des traces vivaces dans notre langage et nos mentalités, comme l'a montré Gaston Bachelard.
Héritier de Démocrite et d'Épicure, le Latin Lucrèce dresse à son tour dans son poème De natura rerum l'image d'une déesse « libre, affranchie de maîtres superbes, gouvernant elle-même son empire sans contrainte et sans l'aide des dieux ». Cette idée de la nature, perpétuel théâtre de générations et de corruptions, où rien ne naît de rien mais où tout se transforme, a influencé tous les « systèmes de la Nature » panthéistes, matérialistes et athées.
En 1616, l'humaniste Giulio Cesare Vanini publiait ses Discours sur les secrets de la nature, reine et déesse des mortels : traduit devant un tribunal ecclésiastique, il soutint que « Dieu se manifeste à chaque instant, mieux que par de rares miracles souvent contestés, par ce grand miracle incontestable, incessant et toujours nouveau que nous appelons la nature ». Cette déclaration, jugée impie, le fit condamner au bûcher, et il fut brûlé à Toulouse le 9 février 1619, à l'âge de trente-quatre ans.