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Cet article fait partie du DOSSIER consacré aux droits de l'homme.
Cessation collective et concertée du travail en vue d'appuyer des revendications professionnelles dont l'employeur a connaissance.

La grève est un phénomène très ancien, que les Égyptiens auraient connu. Au Moyen Âge, des grèves éclatèrent en Europe, d'essence corporative. Ces actions, souvent violentes, faisaient l'objet d'une dure répression. En français, le mot « grève » apparaît au début du XIXe s. et provient du nom de la place de Grève – future place de l'Hôtel de Ville – sur laquelle les ouvriers se réunissaient en attendant l'embauche. La naissance du syndicalisme (1884) a fait de la grève une arme essentielle de la lutte ouvrière.
Le droit de grève est devenu un droit constitutionnel en France depuis la Constitution de 1946, où il est reconnu dans le Préambule, toujours en vigueur aux termes de la Constitution de 1958. Il a donc fallu près d'un siècle et demi de luttes ouvrières et de réformes, depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, pour qu'il soit considéré comme un élément essentiel des libertés publiques.
Le droit de grève reste fondamentalement de nos jours une arme de la classe ouvrière contre le patronat, bien que des tendances récentes poussent à dépasser largement ce cadre ; n'ayant d'autre ressource que leur capacité de travail, les salariés n'ont pas d'autre moyen pour faire pression sur leur patron que d'interrompre leur activité productive, indispensable à la bonne marche des affaires. Dans les pays où il a été reconnu, le droit de grève fait toutefois sans cesse l'objet de tentatives de restriction, d'empiétement ou même de suppression pure et simple. C'est à la lumière de cette difficulté à s'imposer qu'on doit apprécier la lenteur des réformes autorisant et protégeant la grève, particulièrement en France.
C'est un paradoxe que l'avènement de la démocratie en France, en 1789, ait entraîné pour si longtemps l'interdiction d'exercer un droit considéré aujourd'hui comme démocratique. Ce paradoxe s'explique en grande partie par l'adoption, en 1791, de la loi Le Chapelier, qui interdit les coalitions de citoyens pour préserver l'autorité de l'État et empêcher la reconstitution des corporations féodales ; mais, tout en assurant ainsi à la bourgeoisie industrielle naissante la liberté de recruter sa main-d'œuvre (l'embauche est définie comme un pacte librement consenti), cette loi refuse tout droit au travailleur (sauf celui de quitter son employeur) et rend donc la grève illégale.
Sous Napoléon Ier, la loi est encore renforcée par le Code pénal de 1810 ; la grève est interdite conjointement à l'association politique ou syndicale. Puis, le lent essor des mutuelles d'entraide ouvrière jette les bases du mouvement syndical, dont la croissance impose la modification de la loi Le Chapelier par le Second Empire en 1864. Après l'avènement de la IIIe République, la loi dite Waldeck Rousseau (21 mars 1884) reconnaît la légalité de syndicats strictement corporatifs, mais limite la constitution de fédérations ; le fait de grève est soumis non seulement à l'arbitraire patronal, mais à une juridiction compliquée et répressive. Les fonctionnaires seront soumis en particulier à la jurisprudence édifiée par le Conseil d'État, selon laquelle un gréviste dans la fonction publique se met « hors la loi ».
Malgré la loi Le Chapelier, de très nombreuses grèves éclatent en France au cours du XIXe s., avec pour motif principal des revendications salariales, et facilitent la révolution de 1848. On distingue alors encore mal entre grève, émeute et insurrection ; la plupart des grèves depuis 1815 ont pris un caractère révolutionnaire, la plus fameuse étant celle des canuts de Lyon en 1834. Avec le puissant essor du syndicalisme autour de 1900 dans les pays industriels, la confusion persiste entre grève et émeute, alimentée aussi par les peurs de la bourgeoisie et les espoirs des syndicalistes révolutionnaires qui versent dans la mystique de la grève générale insurrectionnelle. L'idée d'une grève de ce type a été lancée en 1889 par le congrès de fondation de l'Internationale ouvrière et socialiste (IIe Internationale). La date du 1er mai devient le symbole de ces espoirs, depuis l'écrasement sanglant de la grève générale de Chicago le 1er mai 1886. Si le mouvement ouvrier américain est étouffé par une police antigrève, en Russie, en Espagne et en Italie se développent des grèves violentes appuyées par des organisations ouvrières clandestines. Comme les grévistes de Chicago, les syndicalistes révolutionnaires français font de la journée de huit heures leur objectif central.
Préparée dans une atmosphère tendue, à la suite de la grève très dure des mineurs du Nord en mars 1906, imprégnée de l'exemple de la révolution russe de 1905, la grève générale « pour les huit heures » du 1er mai 1906 est un échec. L'intervention de l'État est refusée par le patronat ; l'industriel Schneider, du Creusot, dit en 1892 à un journaliste : « Je n'admets pas du tout un préfet dans les grèves » ; et un ouvrier déclare : « La grève ici ? On n'y pense seulement pas… C'est plein de mouchards. » Le patronat, ayant constitué ses propres syndicats, ne reconnaît le plus souvent que les syndicats ouvriers « jaunes » (dits ainsi à cause de leur insigne : gland jaune et genêt). Dans la plate-forme d'un de ces pseudo-syndicats, il est dit : « Les jaunes s'engagent à ne faire aucune grève sans avoir donné par écrit leurs revendications et attendu la réponse quinze jours au moins. »
L'essor du syndicalisme après 1918 est annoncé par les grèves de 1917, auxquelles, pour la première fois, des femmes participent activement, les hommes étant mobilisés. Dans les années 1920, l'Italie et l'Allemagne connaissent des grèves avec occupation, alors que le mouvement ouvrier français stagne après les émeutes de 1919 et l'échec des grèves tournantes de mai 1920, qui affaiblissent la principale organisation syndicale, la C.G.T.
Alors que les grèves de 1926 sont un échec en Grande-Bretagne, le raz de marée des grèves de mai-juin 1936 en France, suivi des accords Matignon, va enfin faire reconnaître les droits syndicaux et gagner en particulier les congés payés. Si les nombreuses occupations d'usine sont déclarées illégales, une concertation s'établit entre patronat et syndicats ; ces derniers freinent la spontanéité du mouvement, et doublent (au moins) leurs effectifs.
Dès le début de la guerre froide, les grèves en Occident sont taxées de « complots communistes » et isolées. En France, après l'exclusion du parti communiste du gouvernement et les grèves de l'automne 1947, la législation répressive réapparaît sous le prétexte classique de défendre la liberté du travail (loi du 6 décembre 1947). Il faudra les 8 millions de grévistes de mai 1968 pour consolider des droits acquis depuis 1936 (accords de Grenelle).
La montée du chômage, à partir des années 1970, conjuguée à l'affaiblissement des syndicats, contribue à une diminution des grèves dans le secteur privé, plus exposé à la précarisation du travail. La grève est ainsi majoritairement le fait de la fonction publique, et constitue l'un des principaux instruments de défense des acquis sociaux (en matière de retraite, de sécurité sociale ou encore d'éducation).
Avec le préambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958 – « le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent » – la grève est reconnue comme un droit. La loi du 11 février 1950 précise que la grève ne rompt pas le contrat de travail, sauf faute lourde du salarié. Celle du 31 juillet 1963 confirme la reconnaissance du droit de grève accordé (dès 1950) aux agents de la fonction publique ; l'exercice de ce droit est cependant encadré, et le droit de grève est toutefois restreint pour certaines catégories de fonctionnaires (notamment dans la police et dans l'armée).
C'est la jurisprudence qui a précisé pour l'essentiel les limites au droit de grève. Sont ainsi distinguées les grèves licites des grèves illicites. La grève est licite lorsque son objet principal concerne une augmentation des salaires, l'amélioration ou la modification des conditions de travail ou lorsqu'elle a pour but de contraindre l'employeur à remplir ses engagements, de s'opposer au licenciement d'un représentant du personnel ou à un licenciement collectif et de défendre l'emploi en général. Les grèves de protestation contre la politique économique et sociale du gouvernement sont, elles aussi, licites, dès lors que les salariés expriment des revendications précises d'ordre social ou professionnel. Au contraire, la grève peut être considérée comme une exécution fautive du contrat de travail et non comme l'exercice normal d'un droit lorsqu'elle consiste notamment à exécuter le travail au ralenti ou dans des conditions défectueuses (grève perlée, par exemple).
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