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Jean de La Fontaine

fable

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fable
nom féminin
(latin fabula)

Cet article fait partie du DOSSIER consacré aux genres et registres littéraires.

 Apologue, récit allégorique d'où l'on tire une moralité.

La fable est un court récit, généralement en vers, qui se conclut par un enseignement clairement énoncé, appelé moralité.

Caractéristiques et fonctions de la fable

La fable est une narration, qui, sous le ton de l'anecdote, met en scène un univers symbolique. L'aventure relatée est destinée à faire passer, sous une forme ludique et imagée, un message de portée générale, une leçon de morale, ou une réflexion critique.

Fable et apologue

À l'origine, Aristote distingue trois genres proches les uns des autres : la fable, l'apologue et l'exemple. « Quand on raconte des choses advenues autrefois », on se situe dans le domaine de l'exemple mais lorsqu'« on les feint et récite comme advenues », on est dans la fable ou dans l'apologue. Il différencie ensuite la fable de l'apologue : la première met en scène des animaux, et le second des hommes ou des plantes. Par ailleurs, l'apologue, souvent plus court que la fable, insiste davantage sur la démonstration ; la fable, elle, met la narration au premier plan et la démonstration découle de cette narration. Aujourd'hui, si les deux termes sont utilisés indifféremment, le mot fable est d'un usage plus courant.

La valeur didactique de la fable

Le terme de « fable » a désigné l'ensemble de la mythologie gréco-latine, voire l'ensemble des récits fictionnels (par opposition aux récits « vrais »). Il s'est spécialisé pour qualifier un récit bref, proche de l'apologue, à valeur allégorique et démonstrative. D'une petite histoire, mettant souvent en scène des animaux ou des êtres inanimés, on tire une moralité, c'est-à-dire une vérité générale sur le comportement des hommes, ou un conseil moral. Genre éminemment didactique, la fable livre un enseignement de façon indirecte. Comme le dit Jean de La Fontaine dans « le Pâtre et le Lion » (Fables, VI, I) :

« Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être ;

Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.

Une morale nue apporte de l'ennui :

Le conte fait passer le précepte avec lui. »

Cette théorie, formulée par La Fontaine, semble avoir été celle de tous les peuples qui, dès les temps les plus anciens, « se sont servis d'animaux pour instruire les hommes » et ont usé de la fable, en décrivant les aventures de personnages imaginaires ou réels, d'animaux, de plantes, ou encore en mettant en scène les forces de la nature, des objets qui parlent et agissent comme ces hommes qu'on veut instruire. La Bible est pleine de traits de ce genre, et les paraboles sont de véritables fables.

Le récit doit être concis et clair afin de rendre le message le plus éloquent possible. La narration sert la démonstration et rend saillant le message contenu dans la morale afin que celle-ci puisse se détacher clairement du reste du récit. Tantôt placée en tête comme dans « le Lièvre et la Tortue » qui débute sur la célèbre formule « Rien ne sert de courir, il faut partir à point », la morale est souvent donnée en conclusion, comme dans les « Animaux malades de la peste » (« Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »). Il arrive aussi que la morale se glisse à l'intérieur du récit (« la Cigale et la Fourmi », « le Corbeau et le Renard ») ; mais, même lorsqu'il demeure implicite, le message reste toujours facilement perceptible.

L'univers de la fable

C'est la société humaine que la fable évoque par le biais d'une personnification de la nature. Qu'ils soient des animaux, des plantes, ou encore des humains (« la Laitière et le pot au lait »), les personnages de la fable correspondent toujours à des types : chez les animaux, le lion symbolise la puissance, le renard la ruse, l'agneau la douceur et l'innocence, etc. Chez les végétaux, le chêne, imposant et fort, nargue le roseau, petit et faible. Chez les hommes, chaque personnage correspond à un type facilement reconnaissable : la servante, le berger, le sage, la veuve… Les protagonistes sont une transposition allégorique de l'homme, dont ils miment les attitudes, les comportements, les caractères. Les situations qu'ils vivent permettent de percer à jour la nature humaine et ses travers. Afin d'examiner l'homme sous toutes ses facettes, la fable aborde une thématique très large : elle dépeint aussi bien la vie sociale et politique (abus, conflit collectif, lutte pour le pouvoir, justice, liberté…) que les rapports humains (rivalité, amour, amitié, vanité…). Parce que la dimension allégorique de la fable atténue sa portée critique, ce genre a permis d'aborder de multiples sujets de débats en échappant à la censure.

Petite histoire de la fable

L'origine de la fable remonte à l'Antiquité. Il semble que l'Inde antique ait créé le genre même de l'apologue. La fable orientale est représentée dans un premier temps par le nom de l'auteur indien (fictif ?), Bidpai, qui compila le recueil sanskrit du Pañcatantra (fin du Ve s. et diffusé en Europe au XIIe s.) mettant en scène des animaux personnifiés doués de pouvoirs surnaturels. Ces fables furent traduites en persan puis en arabe. La fable brilla en Grèce. Au VIIe siècle avant J.-C., Hésiode, dans les Travaux et les Jours, introduisit la fable « l'Épervier et le Rossignol ». Au début du e siècle, Ésope reprit les thèmes développés dans les fables de son prédécesseur Archiloque. La plupart des fables ésopiques ont été recueillies par Démétrios de Phalère (IVe siècle avant J.-C.). Compilées en prose grecque par le Byzantin Maximos Planude, elles mettent presque toujours en scène des animaux et concluent à une morale populaire : fidélité, amour du travail, résignation, etc. À Rome, Horace introduisit quelques fables dans ses œuvres, notamment une version du « Rat de ville et le Rat des champs » (reprise par Jean de La Fontaine), et le recueil d'Ésope fournit la matière des fables versifiées de Phèdre. Plus tard, Flavius Avianus écrivit également un recueil de fables (fin du IVe siècle).

Ces fables traversèrent le Moyen Âge sous le nom d'ysopets (terme forgé sur le nom d'Ésope), et Marie de France, au XIIe siècle, en donna un recueil. Les fabliaux, les bestiaires et le Roman de Renart peuvent être considérés comme des variantes de la fable. Chez les premiers fabulistes, seul importait le fond et ils lui sacrifiaient la forme. Avec les fables de Rutebeuf (« Renart le Bestourné ») et de Clément Marot (« le Lion et le Renard reconnaissant »), le souci de la forme, que l'on retrouve encore chez Des Périers et Mathurin Régnier, devient plus sensible. Au XVIe siècle, Rabelais insère dans son œuvre quelques fables (en prose). Cependant, avec les humanistes, qui reprennent trop volontiers les textes latins et grecs, on assiste à un déclin du genre.

Au XVIIe s., Jean de La Fontaine, surpassant ses contemporains (Fénelon, entre autres), porta à sa perfection ce genre devenu scolaire. Il y introduisit la mesure, la variété de ton (drame, comédie, idylle, satire, conte merveilleux, etc.) et, surtout, étoffa l'action et les personnages afin de plaire avant d'instruire : « Le corps est la fable ; l'âme, la moralité ». Empruntant la plupart de ses sujets à ses prédécesseurs de l'Antiquité, notamment à Esope, Phèdre et même Bidpai, La Fontaine, maître de toutes les ressources du vers libre, rénove complètement le genre. Après une exposition claire et concise, pleine d'humour et de malice, il noue promptement une intrigue à l'aide de procédés stylistiques audacieux tels que la répétition (« En plein pays de cerfs un cerf tomba malade » ; « Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où, / Le héron au long bec, emmanché d'un long cou »), pour conduire le lecteur au bref exposé d'une morale qui, parfois, devient proverbe (« Aide-toi, le ciel t'aidera ») mais dont on a diversement apprécié la valeur éducative (nocive selon Jean-Jacques Rousseau et Alphonse de Lamartine cette moralité relève souvent d'un pessimisme cynique). Les Fables de La Fontaine exerceront une immense influence, en France et à l'étranger. Après lui, il faut citer, en prose : Charles Perrault et Fénelon, qui introduisit la fable pédagogique à l'intention de son élève, le duc de Bourgogne ; en vers : Houdar de La Motte et surtout Jean Pierre Claris de Florian qui, malgré de nombreux emprunts à des auteurs étrangers, réussit à faire œuvre personnelle en créant à la fois des fables morales, politiques et littéraires. Rappelons également que Voltaire (« le Loup moraliste »), Jean-Jacques Rousseau, Fontenelle, André Chénier, Nicolas de Chamfort, etc., furent également des « fabulistes d'un jour ».

La fable a aussi été cultivée à l'étranger : en Italie, par les humanistes italiens Gabriele Faerno et Laurentius Abstemius (en latin), et par Giovanni Verdizotti ; en Allemagne, par Gotthold Ephraïm Lessing, Christian Fürchtegott Gellert, Gottlieb Conrad Pfeffel ; en Angleterre, par John Gay, Samuel Johnson, Thomas Moore ; en Espagne, par Tomás Iriarte. Mais les fables de l'Allemand Friedrich von Hagedorn et du Russe Ivan Andreïevitch Krylov au XIXe s. sont restées les plus célèbres. Krylov emprunte ses thèmes à Ésope et à La Fontaine, mais il renouvelle les sujets en puisant dans le monde populaire russe, auquel, selon le mot de Joukovski, il a révélé son âme. Le XXe s. revisite les fables, avec Franc-Nohain, Alphonse Allais (Fables-express), Jules Supervielle ou encore Robert Desnos (Trente Chantefables pour les enfants sages, 1944). George Orwell a retrouvé la personnification animale dans sa satire politique la Ferme des animaux (1945).

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