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Évolution des zones semi-arides vers l'aridité complète des déserts.

La désertification correspond à une dégradation de la végétation puis à l'érosion de la couche de terre, qui met la roche sous-jacente à nu. Ce processus est dû à des conditions climatiques inhabituelles (absence de pluies, vents violents ou chauds, froids ou chaleurs excessifs) et à certaines activités humaines (incendies, surpâturage, agriculture intensive, etc.).
Les régions les plus exposées à la désertification, dites « sèches », reçoivent entre 150 et 750 mm d'eau (en deçà de 150 mm par an, les régions sont qualifiées de « désertiques »). Les régions sèches occupent environ 20 % des terres émergées, soit 30 millions de kilomètres carrés, sur lesquels vivent 150 millions de personnes. Elles bordent naturellement les déserts, qui s'alignent principalement sur les tropiques, mais elles existent aussi à l'abri de certaines montagnes car celles-ci arrêtent les pluies et/ou sont à l'origine d'un vent sec et chaud, le fœhn. Dans d'autres régions, l'aridité est due à des courants océaniques froids apportant donc peu de pluie aux côtes qu'ils longent, tel que le courant de Humboldt qui assèche le Chili.
Dans toutes ces régions sèches, les faibles précipitations concourent ainsi par endroits à la mort de la végétation, voire à sa disparition. Ces secteurs s'étendent peu à peu jusqu'à ne laisser que quelques « îlots » de couverture végétale qui disparaissent à leur tour si le processus se poursuit. En absence de végétation, l'eau des pluies, rares mais souvent violentes en zone subtropicale, ruisselle plutôt que de s'infiltrer et arrache des particules du sol nourricier, dont les tourbillons d'air et les vents achèvent l'érosion. Lorsque la roche apparaît, décapée de son sol, la désertification est irréversible.
Les déserts gagnent du terrain partout dans le monde et dans des proportions considérables. Au début des années 1990, les Nations unies estimaient à 60 000 km2 la surface transformée chaque année en désert. Par exemple, la frange méridionale du Sahara progresse sur la bande sahélienne à une vitesse moyenne de 2 km par an depuis plusieurs décennies. Dans cette région, pendant la grave sécheresse qui a sévi entre 1968 et 1985, les savanes sahéliennes se sont transformées rapidement en désert : une progression vers le sud de l'ordre d'une centaine de kilomètres a été observée certaines années, notamment au Soudan, au Tchad et en Mauritanie.
Si les sécheresses récurrentes jouent un rôle prédominant dans le processus d'aridification, l'action de l'homme amplifie le phénomène et donne un caractère irréversible à la désertification.
L'absence de pluies intervient régulièrement, à chaque fois que la mousson n'atteint pas cette bande africaine. Mais dès que survient une année plus humide, la végétation reprend. La grande différence entre sécheresse et désertification, c'est la présence de sol nourricier (la terre) : sans lui, rien ne pousse, qu'il pleuve ou non. L'érosion du sol de ces régions due aux activités humaines provient peut-être de changements de mode de vie.
Autrefois, les peuples étaient des pasteurs nomades, qui profitaient, quand les pluies étaient favorables, des graminées du tapis végétal du nord du Sahel et qui descendaient plus vers le sud en cas de sécheresse en emmenant, ou plutôt en suivant, leurs troupeaux. D'ailleurs, c'est ce que font les gazelles, les antilopes et autres ongulés sauvages depuis des millions d'années.
Aujourd'hui, ces peuplades sahéliennes se sont sédentarisées. Beaucoup y voient la raison de la détérioration de leur existence et de leur niveau économique. Cette sédentarisation est rarement volontaire ; elle est généralement dictée par les gouvernements, soucieux de fixer les populations errantes, comme au Niger et en Somalie, et trop souvent imposée par des conflits guerriers, comme au Tchad, au Soudan et en Éthiopie. Une fois fixées, les tribus exploitent au maximum les ressources locales. La déforestation permet de subvenir aux besoins en bois de chauffage et de mettre en place des cultures. Pour développer ces dernières, il faut puiser dans les réserves des eaux de surface et dans celles des nappes phréatiques. L'irrigation gorge les sols d'eau et dégrade ceux-ci par salinisation. L'accroissement des troupeaux, qui suit la croissance démographique, et le surpâturage qui en résulte détruisent le couvert végétal et érodent les sols. Ainsi hommes et bêtes ne laissent pas le temps à la biomasse de se régénérer. En contre-exemple, le Tibesti, après le conflit tchado-libyen, a reverdi, non pas en raison d'un climat plus clément, mais parce que la région, truffée de mines, a été désertée par les hommes.
L'action de l'homme menant à la désertification touche d'autres régions de la planète. C'est le cas du Rajasthan (État du nord-ouest de l'Inde), qui était encore couvert de steppes au XIXe siècle. Autre exemple, sous des latitudes tempérées : celui de la désertification des Grandes Plaines des États-Unis. La mise en culture céréalière des steppes semi-arides du Centre-Ouest (allant des Rocheuses à 100° de longitude ouest) ne prit pas en compte la faible épaisseur du sol, peu appropriée au défrichage. Lorsque survint la sécheresse des années 1930, l'érosion éolienne (par les vents) transforma les plaines en dustbowls (« cuvettes à poussières »), désertifiant des territoires couvrant jusqu'à 450 000 km2 et poussant les agriculteurs à l'exode vers la Californie. En pleine crise économique, cette catastrophe écologique fut considérable ; elle fournit à John Steinbeck le sujet de son célèbre roman, les Raisins de la colère.
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