Consulter aussi dans le dictionnaire : dépression
Cet article fait partie du DOSSIER consacré au système nerveux.
État pathologique marqué par une tristesse avec douleur morale, une perte de l'estime de soi, un ralentissement psychomoteur. → Larousse Médical

La dépression est un trouble de l'humeur caractérisé par la tristesse, la douleur morale, le désinvestissement de toute activité et une inhibition psychomotrice plus ou moins marquée.
La psychanalyse aborde la dépression sous plusieurs aspects : la mélancolie (Freud et Abraham), le deuil (Freud), et la position dépressive (Melanie Klein). L'axe commun à ces trois abords de la dépression est la notion de perte : perte de l'objet dans le deuil, et la position dépressive, perte du moi dans la mélancolie.
Dans le deuil, l'objet perdu est repérable. Qu'il s'agisse d'un être cher, d'un projet ou d'un idéal, cet objet entre dans le registre du symbolique et peut être mis à distance puis remplacé en tant que pôle d'investissement. La dépression est alors transitoire et dure le temps nécessaire à ce « travail de deuil ». En revanche, la mélancolie est le deuil impossible d'un objet imaginaire. Elle renvoie à une défaillance beaucoup plus ancienne qui se situe dans une phase pré-œdipienne. À propos de la mélancolie, Freud évoque l'image d'une « hémorragie interne de la libido » qui ne cesserait de s'écouler par un trou, une sorte de béance, un évidement du moi. En 1924, il classe la mélancolie parmi les névroses narcissiques. C'est une régression qui entraîne un désinvestissement général du monde extérieur et un état de prostration. L'originalité de la conception freudienne et abrahamienne de la mélancolie est l'hypothèse d'une introjection de l'objet perdu qui se confondrait avec le moi. Les autoreproches et l'autodépréciation du mélancolique s'adresseraient en fait à l'objet perdu qui aurait pris toute la place du moi. Le suicide représenterait alors l'ultime tentative pour se débarrasser de cet objet. Tandis que le dépressif maintient avec autrui une relation affective qui s'exprime par la plainte et l'agressivité, le mélancolique est entièrement tourné vers la mort.
Si Freud et Abraham situent la dépression-mélancolie du côté des névroses narcissiques (c'est-à-dire des psychoses), Melanie Klein fait de la position dépressive une phase normale du développement psychique de l'enfant. Située après la phase schizo-paranoïde au cours de laquelle l'enfant fait l'expérience du « bon » et du « mauvais » objet sans savoir encore qu'il s'agit des deux aspects du même objet, l'angoisse dépressive surgit au moment où il fait la synthèse entre ces deux aspects, entre ses sentiments d'amour et de haine. La haine et les fantasmes destructeurs engendrent une crainte de perdre l'objet d'amour (la mère), et une culpabilité face aux pulsions destructrices dirigées contre cet objet. L'introjection de la mère comme objet total, à la fois bon et mauvais, fait donc naître la position dépressive qui remplace l'angoisse de persécution de la phase schizo-paranoïde. La culpabilité génère alors un besoin de réparation caractéristique de la position dépressive. Il s'agit d'un deuil précoce et positif qui montre que l'enfant a élaboré la mère comme objet total séparé de lui et acquis la capacité de réparation qui lui permet de reconstruire son monde intérieur. La position dépressive sera réactivée durant toute la vie chaque fois qu'un chagrin surviendra. Si l'enfant ne l'a pas bien négociée, cette défaillance constituera le point d'ancrage possible de la mélancolie ou de la psychose maniaco-dépressive.
C'est la forme de dépression la plus typique, la plus grave, la plus rare. La tristesse est remplacée par une douleur morale intolérable, la fatigue devient une inhibition psychique et motrice intense, le moindre geste requiert un effort, le sentiment de culpabilité devient un délire d'indignité, accompagné d'auto-accusation. Les idées de mort sont constantes, cette issue représentant pour le malade, persuadé de ne pouvoir guérir, le seul recours. Le risque de suicide est donc considérable.
Il survient à la suite d'un traumatisme psychique ou physique important : abandon du conjoint, deuil, maladie grave. Le malade n'étant pas toujours conscient du traumatisme causal, ce type d'état dépressif est de gravité moyenne et le suicide, rare.
C'est le type le plus fréquent. Il correspond à la décompensation dépressive d'une personnalité névrotique ancienne, qui ne parvient plus à contrôler l'angoisse que provoque en elle sa névrose. Le suicide existe en tant que tentative, dont la réussite n'est qu'accidentelle. Le traitement des états dépressifs fait appel aux médicaments psychotropes et notamment aux antidépresseurs, ainsi qu'à la psychothérapie et à la psychanalyse ; la sismothérapie (ou électrochoc) est exclusivement réservée aux états dépressifs mélancoliques graves.
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