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Portrait d'une personne fait par elle-même.

Vasari rapporte que Giotto avait peint à Naples un cycle d'uomini famosi « parmi lesquels on reconnaissait Giotto lui-même ». Il mentionne de nombreux autres autoportraits, situés toujours en position marginale : ainsi, pour Masaccio, dans le Tribut de saint Pierre.
Dans la seconde moitié du XVe s., puis au XVIe s., ces insertions personnelles se multiplient, par exemple dans le Couronnement de la Vierge de Filippo Lippi, où le peintre, que l'on a souvent identifié à tort avec le donateur, est figuré dans la foule des spectateurs de gauche, puis dans l'Épiphanie de Botticelli (vers 1475), où ce dernier apparaît à la droite des Rois mages.
Autour de 1500, en Italie centrale, les autoportraits ostentatoires abondent dans les cycles monumentaux : Raphaël (l'École d'Athènes), il Pinturicchio, le Pérugin, Signorelli, le Sodoma. Il faut mettre à part le cas de Michel-Ange, dont l'autoportrait en Nicodème apparaît dans la Pietà de la cathédrale de Florence.
Van Eyck a eu recours, au moins deux fois (les Époux Arnolfini ; Madone du chancelier Van der Paele), au cryptoportrait ; Van der Weyden s'est très probablement figuré en saint Luc, inaugurant une pratique que reprendront Dirk Bouts et Gossart.
Mais le peintre de loin le plus attentif à ses propres traits, celui qui manifeste une véritable obsession de son visage, et qui se représente tour à tour en gentilhomme, en Ecce homo, en Homme de douleurs – sans compter son insertion marginale dans toutes ses grandes compositions (Madone du Rosaire) –, est Dürer. Il produit plus de cinquante autoportraits, solennels ou intimes. On n'en connaît qu'un ou deux de Grünewald et de Holbein le Jeune.
L'âge du maniérisme avait inauguré la présentation « aristocratique » (Salviati, A. Moro, Titien). Celle-ci a tout naturellement son prolongement au siècle suivant avec Rubens et Van Dyck d'une part, Poussin de l'autre. Le groupe familial est surtout cher au Nord : C. De Vos, Rubens, Rembrandt. Ce dernier est à part, avec plus de cinquante autoportraits, qui, comme pour Dürer, tiennent du journal intime et accompagnent toute sa carrière.
La représentation du peintre au travail est presque toujours associée, au XVIIe s., à une mise en scène « noble » (Le Brun, Rigaud). Dans le cas de Velázquez, l'autoportrait des Ménines est l'occasion d'une composition prodigieusement élaborée qui en fait une exaltation mystérieuse et savante de l'art de la peinture autant que du personnage même du peintre.
L'image tranquille de l'artiste devant son chevalet trouve avec Chardin sa formulation la plus pleine et la plus simple. D'innombrables tableaux la répéteront au XIXe s., avec des nuances diverses, jusqu'à Cézanne et Matisse. Aux XVIIIe et XIXe s., presque tous les peintres éprouvent le besoin de se représenter en faisant de l'autoportrait une sorte de démonstration de leur style et de leur tempérament, notamment Mengs, David, Ingres, Corot.
Avec Courbet, qui se représente volontiers, domine la revendication et la glorification sociales ; avec Van Gogh et jusqu'à Corinth et Beckmann, le tourment psychologique. On retrouve ainsi la polarité fondamentale du thème. Dans les autoportraits de Cézanne, on peut suivre la conquête de la sérénité et du style.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les peintres du mouvement surréaliste comme ceux de la « nouvelle objectivité » ne délaissent pas entièrement l'autoportrait, pratiqué dans un esprit assez différent de la tradition expressionniste, avec plus de réalisme critique : portrait de groupe de Max Ernst Au rendez-vous des amis (1922), autoportraits de Dix et de Bellmer. Puis, après une longue éclipse, l'autoportrait fait un retour dans les années 1960 avec plusieurs peintres de la « nouvelle figuration », du pop art et des divers réalismes. Si l'influence de la photographie se reconnaît chez Warhol, la composante expressionniste à caractère subjectif demeure vivace dans la vision de Bacon.
À partir de la fin des années 1960, certains artistes consacrent l'essentiel de leur activité à une investigation de leur propre réalité individuelle, sous la forme en particulier de l'art corporel.

L'éclosion du portrait individuel se situe entre 1360 et 1420, dans le milieu courtois du gothique international (Richard II, fin du XIVe s., Westminster Abbey) ; et son épanouissement, entre 1420 et 1460, simultanément en Flandre (R. Van der Weyden, P. Christus) et en Italie (Masaccio, Andrea del Castagno, Pisanello, Uccello). Le portrait en France est représenté surtout par Fouquet.
La fin du XVe s. marque une étape dans le développement du portrait : les rapports plus étroits entre la Flandre et l'Italie expliquent la diffusion dans la péninsule de la technique à l'huile et les progrès du réalisme. La référence religieuse ou antique s'efface devant le goût d'une caractérisation psychologique de plus en plus poussée. En Italie, on peut distinguer trois grands centres : Florence (Filippo Lippi, Piero della Francesca, Botticelli), Rome (Pinturrichio) et le Nord (à Venise, Giovanni Bellini, Gentile Bellini et Antonello da Messin ; à Mantoue, Mantegna ; à Ferrare, Ercole de' Roberti et Tura).
En Flandre, à la même époque, Memling est le plus grand portraitiste. En France, le Maître de Moulins campe des portraits objectifs et, en Provence, N. Froment fixe les traits du roi René.
Le portrait classique monumental, de lecture claire, est illustré, entre 1500 et 1520, par Léonard de Vinci, portraitiste des mouvements de l'âme (la Joconde, vers 1503-1507, Louvre), et par Raphaël, qui met l'accent sur le caractère de ses modèles (Angelo et Maddalena Doni, Offices), puis par par les grands Vénitiens (Giorgione, Titien, Tintoret, Véronèse, Lotto).
Le portrait maniériste naît à la cour de Florence, vers 1517-1520, avec Pontormo, Bronzino (peintre officiel des Médicis), Sebastiano del Piombo, Salviati. Le Parmesan met l'accent sur le merveilleux.
Le protestantisme supprimant la peinture religieuse, le portrait est, en Allemagne, un domaine refuge. Deux courants coexistent, l'un de tradition autochtone, avec Cranach l'Ancien et Dürer, l'autre plus international, avec Holbein le Jeune, portraitiste des humanistes de l'Europe du Nord ainsi que de la vie à la cour d'Angleterre (lesAmbassadeurs, 1533, National Gallery, Londres).
Outre l'influence de Dürer et celle de l'Italie (Lucas de Leyde), une particularité apparaît en Hollande : le portrait collectif, qui est l'expression des cités marchandes bourgeoises et protestantes du Nord, dont les forces sociales sont les guildes civiles (corporations) et militaires (milices), ou les associations charitables (régents et régentes).
Si J. Clouet excelle dans les portraits dits « aux trois crayons » (gris, brun et bleu ou vert pour les yeux), F. Clouet et les peintres de l'école de Fontainebleau représentent, en France, une tendance décorative, où prennent place des allégories complexes : ainsi, les maîtresses du roi se font souvent représenter en Diane (Diane au bain, F. Clouet, Rouen). Avec F. Clouet apparaissent aussi les portraits d'apparat, comme son Charles IX (Kunsthistorisches Museum, Vienne).
La puissante Espagne du XVIe s. connaît deux genres de portrait : le portrait de cour, surtout avec A. Moro (Marie Tudor, 1554, Prado), et le portrait mystique avec le Greco (Cardinal Niño de Guevara, Metropolitan Museum of Art, New York).
Le portrait, au XVIIe s., traduit les rapports de l'individu avec l'État : portrait de cour dans les monarchies de France, d'Angleterre et d'Espagne, portrait bourgeois et collectif en Hollande. L'influence du portrait de cour flamand est internationale à travers Rubens, qui surprend par son audace, et Van Dyck, qui a tendance à idéaliser davantage.
En France, Philippe de Champaigne, de formation flamande, crée le type du portrait janséniste, dont toute la vie est celle de l'âme. Puis le portrait va revêtir un aspect plus officiel avec les effigies d'apparat des grands dignitaires du régime : Turenne par R. Nanteuil, Séguier par Le Brun (Louvre). Mignard est le peintre de la femme, Rigaud, celui de la majesté royale (Louis XIV, Louvre), et Largillière, plus sensible au mouvement, celui de la bourgeoisie.
Le XVIIe s. est la plus riche période du portrait hollandais. Deux personnalités dominent dans le genre du portrait collectif : Hals, par la nouveauté de la technique (nombreuses Compagnies à Haarlem de 1616 à 1639), et Rembrandt, par la puissance de son imagination (la Ronde de nuit, 1642, Rijksmuseum, Amsterdam).
En Espagne, le portrait reflète le sens mystique (Zurbarán), le goût réaliste (Murillo) et la vénération monarchique (Velázquez).
En France, le portrait officiel est pratiqué par les Van Loo et De Troy. Le XVIIIe s. est le siècle de la femme, que célèbrent des portraits allégoriques (Nattier), d'apparat ou intimes (Boucher). La grande originalité de l'époque est le portrait psychologique (Quentin de La Tour, Fragonard). À côté des portraits de genre de Chardin, une nouvelle mode apparaît avec les figures monumentales et sentimentales de Mme Vigée-Lebrun.
En Grande-Bretagne, c'est Hogarth qui crée le style le plus original. En Espagne, l'art du portrait est superbement incarné par Goya, qui met au point un type de figure en pied (la Marquise de Pontejos, National Gallery of Art, Washington).
Le genre connaît un grand essor pendant toute la première moitié du siècle, puis une crise, qui est autant due à l'avènement de la photographie qu'au mouvement des idées accompagnant, dans les années 1870, la naissance de l'impressionnisme. Jusqu'en 1850, un grand nombre de portraits relèvent de deux esthétiques différentes : le portrait néoclassique, qui est celui de David et d'Ingres, et le portrait romantique, dans lequel brillent Géricault et Delacroix. Après 1850, le réalisme s'impose avec Millet et Courbet.
À l'époque de l'impressionnisme, chaque artiste (Corot, Manet, Degas, Monet) confère au portrait un style dont il développera l'élément le plus singulier. Renoir est le portraitiste du Tout-Paris et le monde du spectacle s'anime sous sa longue touche fluide et ses couleurs pures, que lui emprunteront B. Morisot et M. Cassatt. Une tendance naturaliste se manifeste avec les nabis (Vuillard étant le dernier peintre de la bourgeoisie) et une tendance caricaturale avec Toulouse-Lautrec.
L'art des années 1890 annexe le portrait à ses diverses recherches d'ordre technique, esthétique et psychologique, lui donnant ainsi des dimensions inédites, de Seurat et Signac (Félix Fénéon, 1890, MOMA, New York) à O. Redon, Van Gogh, Gauguin, Cézanne et Klimt.
Les fauves et les cubistes continuent dans la voie ouverte par leurs prédécesseurs : le portrait, désormais, importe moins que le tableau qu'il faut faire. Le portrait fauve (Matisse, Van Dongen, Derain, Vlaminck) existe ainsi au même titre que le portrait cubiste (Picasso, Gris, Gleizes), et Picasso comme Matisse consacrent une partie de leur longue carrière au portrait, peint ou dessiné. Chez leurs contemporains, le portrait est traité avant 1914 surtout en Allemagne (Die Brücke) et en Autriche (Schiele, Kokoschka). L'école de Paris a de véritables portraitistes avec Modigliani et, secondairement, Chagall.
Certaines interprétations novatrices sont dues aux peintres de la « nouvelle objectivité » allemande (Dix, Beckmann), plus rarement aux surréalistes en France (Ernst, Bellmer) et à leur compagnon Balthus, ou encore à des indépendants comme Soutine.
Après la révélation de Dubuffet, la vague de l'abstraction freine l'art du portrait. Celui-ci, cependant, inspire encore Appel et Bacon. Le pop art (Lichtenstein, Warhol, Hockney), le « nouveau réalisme » (« portraits-reliefs » de M. Raysse et Y. Klein), puis l'hyperréalisme sont les mouvements qui s'approprient encore dans leurs recherches la figure humaine. (→ autoportrait.)