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prologue

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Situé après l'ouverture (ou sinfonia), il s'agit de la première scène, rattachée ou non à l'action principale, qui sert d'introduction à un opéra. La majeure partie des opéras à l'époque baroque comporte un prologue. Une introduction apparemment banale peut, au moyen de l'allégorie, transformer le livret en un sujet d'actualité, comparant les exploits du héros à ceux du dédicataire de l'ouvrage, qui, le plus souvent, est l'objet même de sa création. C'est le cas des premiers opéras, ou favole in musica, créés à Florence ou à Mantoue. Le prologue, en imitation des deux pastorales dramatiques qui ont mené directement à l'opéra (Aminta du Tasse ; Il Pastor Fido de Guarini) prend d'abord la forme d'un air strophique, chanté par une voix seule. Ainsi, dans l'Euridice de Rinuccini/Peri (1600), la tragédie s'adresse à Marie de Médicis, à l'occasion de son mariage avec Henri IV, et lui demande d'écouter le chant du Thracien Orphée. Au cours des années, le prologue se développe, incorporant d'autres personnages allégoriques qui veillent sur le déroulement de l'action (la Nature, l'Éternité, le Destin). Cependant, en Italie, le prologue, après l'ouverture des théâtres publics, et l'éloignement de l'opéra des cours princières vers un nouveau centre (Venise), ne jouera plus son rôle glorificateur. Désormais, il se lie davantage à l'action. Par exemple, dans le prologue de l'Egisto (1643) de Cavalli, la Nuit, puis l'Aurore introduisant la scène initiale de l'acte I et la rencontre baignée de soleil des amants : Ecco l'alba, ecco Clori.

En France, le prologue joue un rôle politique pendant plus d'un siècle. Celui d'Ercole amante (1662) associe les victoires glorieuses d'Hercule à celles de Louis XIV et bénit son mariage de paix avec Marie-Thérèse d'Autriche. Puis, à l'Académie royale de musique, les ouvrages lyriques de Lully et Rameau continueront cette tradition : le triomphe de l'amour et du pouvoir absolu de la monarchie sur toutes les adversités. Contrairement à ce qu'on a longtemps prétendu, le prologue possède toujours un rapport avec le sujet de l'opéra. Zoroastre (1749) de Rameau est le premier opéra français dépourvu de prologue mais, encore en 1777, J.-J. Rousseau précise que « les opéras français sont… les seuls où l'on ait conservé des prologues ». Sa description du terme mérite d'être citée : « Comme le sujet des prologues est ordinairement élevé, merveilleux, ampoulé, magnifique et plein de louanges, la musique en doit être brillante, harmonieuse, et plus imposante que tendre et pathétique » (Dictionnaire de musique).

La période classique (Gluck, Haydn, Mozart) abandonne le prologue presque entièrement. Au xixe siècle, il réapparaît occasionnellement, mais, cette fois, il sera purement dramatique. Chez Wagner, l'Or du Rhin forme un prologue à l'ensemble du Ring. Puis, chez Leoncavallo, on retrouve le prologue sous forme de monologue, comme à ses débuts Paillasse. Les opéras avec un prologue ne sont pas rares au xxe siècle ; citons, de R. Strauss, Ariane à Naxos, 1912 ; de Prokofiev, l'Amour des trois oranges, 1921 ; de Berg, Lulu ; de Britten, Peter Grimes, 1945 ; de Poulenc, les Mamelles de Tirésias, 1947 et, de Dallapiccola, Ulysse, 1968.