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musicologie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Discipline, à multiples compartiments, dont l'objet est l'étude scientifique de la musique dans son histoire, sa théorie, ses formes.

Cette discipline, et le nom qui la désigne, s'est constituée comme telle à la fin du xixe siècle, notamment en Allemagne, où l'on parlait de Musikwissenschaft (« science de la musique »). Bien que le domaine de la musicologie couvre en principe tous les aspects du phénomène musical pouvant faire l'objet d'une investigation systématique (jusqu'à l'acoustique et la psychophysiologie de l'oreille), elle se consacre le plus souvent à une sorte d'inventaire et de reconstitution historique du « passé » musical, surtout pour les périodes les plus reculées, comme le Moyen Âge et la Renaissance occidentale, dont les traditions d'exécution s'étaient perdues et dont les monuments écrits étaient rares ou peu accessibles. Il n'est pas étonnant que le développement de la science musicologique, en Occident, coïncide avec un culte grandissant et une perpétuation exhaustive d'un passé que, avant le romantisme, on laissait beaucoup plus facilement sombrer dans l'oubli.

La musicologie fait à présent, dans le monde entier, l'objet d'un enseignement officiel (cf. Institut de musicologie, à Paris). Il va de soi que, devant l'énormité des connaissances que son champ de travail suppose, tout musicologue se spécialise rapidement dans un domaine : la musique pour luth, le « Moyen Âge » ou les musiques africaines.

Les musicologues se distinguent des simples musicographes par le fait que, contrairement à ces derniers qui s'adonnent à l'« écriture sur la musique » (compilation biographique, journalisme, vulgarisation, critique, etc.), ils font, eux, un travail « de première main », pour reprendre l'expression d'Armand Machabey. Ils recherchent les manuscrits, les documents, étudient les partitions, les redécouvrent, les restituent, etc., dans une investigation systématique. Parfois, ils font aussi de la musicologie de terrain, en allant étudier sur place des civilisations musicales, enregistrer leurs manifestations pour les étudier ensuite, etc. C'est l'objet, en particulier, d'une des sous-disciplines musicologiques, l'« ethnomusicologie », qui se propose, de manière très ambitieuse, de collecter tout ce qui concerne les musiques orales (et, plus rarement, écrites) de toutes les civilisations, en dehors de la musique occidentale savante, naturellement privilégiée par la musicologie traditionnelle.

Parmi les autres domaines de recherche musicologique, on peut encore citer l'« organologie », étude systématique des instruments dans leurs principes et leurs innombrables variétés ; l'« acoustique musicale », qui s'attache aux rapports entre les vibrations sonores et la perception musicale « brute » ; la « psychologie de la perception musicale », plus récemment apparue, et concernant, elle, la perception des « structures » musicales (et pas seulement la perception des éléments : hauteurs, durées, etc.). On a vu également naître ces dernières années, plus ou moins comme branches spécialisées des « sciences humaines », selon l'expression en vigueur, des courants comme la « sociologie musicale », et surtout, à la faveur du développement des disciplines linguistiques, dont elle s'inspire, selon l'axiome que la musique est une « sorte de langage », la « sémiologie musicale », c'est-à-dire l'étude de la musique comme système de signification. On peut citer encore les travaux, menés parfois dans des buts thérapeutiques, sur les « effets » de la musique, et constater enfin que toute nouvelle science humaine tend à développer une branche plus spécialement consacrée au fait musical : psychologie, sociologie, ethnologie, sémiologie, épistémologie, etc., de la musique.

Cependant, et même si en Allemagne avec des fondateurs comme Hugo Riemann on a vu se développer une tradition musicologique axée sur des problèmes d'esthétique, d'analyse des styles et des formes, l'objet principal de la musicologie, c'est encore l'inventaire de l'« ailleurs » : l'ailleurs dans le temps (le passé), et dans l'espace (les autres civilisations). Par goût, par habitude, on « oublie » toujours plus ou moins de faire la musicologie du présent musical, de l'ici et maintenant. Alors que, dans le domaine contemporain, les travaux musicologiques sont rares, et souvent, paradoxalement, mal informés (malgré l'accessibilité des sources), la musicologie du passé est souvent sérieuse, exhaustive, scrupuleuse. Le retentissement de ces recherches sur la vie musicale n'est pas mince, il est même de plus en plus important. Ces recherches contribuent beaucoup à ressusciter des répertoires oubliés, et à en rénover le style d'interprétation, par l'étude des partitions, le recoupement des textes et des traités de l'époque. Ce travail est d'ailleurs souvent le fait d'interprètes qui se forment ou s'improvisent musicologues pour fouiller les documents d'époque. On connaît aujourd'hui, mieux que la plupart de leurs contemporains, ces musiques du passé, avec leur génie propre, leur style d'interprétation, et le « champ de fouilles » ouvert depuis plus de cent ans paraît encore inépuisable.

Dans le domaine des musiques non européennes, particulièrement menacées de disparition par le choc de l'industrialisation, par la pénétration des modèles occidentaux (avec le transistor), et aussi par l'absence, le plus souvent, d'une transmission autre qu'orale, la musicologie a eu pour effet d'aider à leur survie le plus souvent, bien sûr, sous la forme de « pièces de musée » et d'enregistrements. Mais aussi, elle a donné l'occasion à certains musiciens de ces pays non européens de faire connaître et apprécier leur tradition musicale et leur identité culturelle.

Il va de soi que la musicologie n'est pas une discipline officiellement confinée dans une définition, et que ses diverses branches suivent étroitement l'évolution des méthodes de recherche et des multiples courants de la connaissance, dans la mesure où elle se rapporte à tout ce qui est « discours » et « savoir » sur la musique.