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maîtres chanteurs

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

À la fin du xiiie siècle, certains poètes gnomiques, particulièrement fiers de la complexité à laquelle était parvenu leur art, se firent désigner du nom de maîtres. La légende veut que l'un d'entre eux, dit Frauenlob (celui qui s'entend à louer la femme), se fixa à Mayence et y fonda la première confrérie de maîtres chanteurs. Progressivement, le mouvement s'amplifia en même temps que l'invention poétique disparaissait au profit d'un dogme rigide : seule fut bientôt autorisée l'utilisation des strophes et mélodies créées par l'un des douze grands maîtres, règle que des marqueurs surveillaient étroitement en s'appuyant sur la tabulature, sorte de manuel, de code poétique. Composées pour l'essentiel de bourgeois et d'artisans (la petite noblesse disparaissait peu à peu), et donc expression d'un art urbain et non plus de cour, les confréries se dotèrent d'un cursus honorum aux multiples étapes, qui permettait de s'élever à la fois artistiquement, socialement et religieusement. Les sujets abordés, en effet, traités uniquement grâce à des combinaisons pédantes des innombrables modes officiels, aux noms plutôt fleuris, tournaient presque exclusivement autour de questions morales et théologiques. Animant les offices de leurs chants, les maîtres escomptaient mieux s'attirer les bonnes grâces de Dieu ; ils organisaient également des concours, sur le modèle des « disputes » alors en honneur dans les universités. À partir du xvie siècle, leur art se fixa essentiellement à Nuremberg, Augsbourg et Breslau. Sous l'impulsion du réformateur Hans Foltz, barbier de son état, on essaya de rompre avec le rigorisme des confréries rhénanes, en autorisant à nouveau la création de chants et de bars neufs. Mais cette réaction, sans doute trop tardive, ne permit pas de ranimer un art dont la complexité et la lourdeur étaient bien loin des exercices brillants auxquels se livraient, à la cour de Bourgogne, les grands rhétoriqueurs. Le plus connu des maîtres, le cordonnier Hans Sachs (1494-1576), emphatiquement célébré par Goethe et Wagner et auteur d'environ 4 000 chants, est d'ailleurs passé à la postérité moins en raison de son talent, ou de sa foi, que de la verve de ses farces populaires, souvent assez vertes, véritables mines pour les amateurs de traditions et de folklore. L'art des maîtres chanteurs disparut progressivement au cours du xviie siècle, sans jamais avoir été très connu des masses ni très apprécié des humanistes.