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musique islamique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Les relations entre l'islamisme (religion) et l'islam (culture), d'une part, le chant et la musique, d'autre part, sont complexes et ont fait l'objet de nombreuses affirmations contradictoires. Le prophète Muhammad aurait été hostile aux gens touchés par l'inspiration poétique ou musicale et aurait considéré que les antagonistes de son œuvre étaient le vin, les chanteuses et les instruments. Mais il aurait recommandé le chant du Coran, se serait attendri à la vue de musiciens primitifs, et aurait fait accompagner ses secondes noces de réjouissances musicales. Le Coran ne fait pas d'allusion à la musique, mais les traditions (hadîth) et les prêtres de l'islam (par exemple Khomeiny en Iran) s'inquiètent périodiquement des effets captivants de la musique sur les foules, encore que le chant soit mieux toléré que la musique instrumentale. Tout au long de l'histoire de l'islam, on peut observer des luttes d'influences entre le rigorisme « mélophobe » des puritains, proscrivant même le chant du Coran et le laxisme « mélophile » des musiciens et autres artistes. Un moyen terme est représenté par les derviches et divers soufis qui estiment que des paroles religieuses ou mystiques rendent la musique licite. Néanmoins, la musique instrumentale (la musique des instruments à cordes plus que celle des instruments à vent) est généralement considérée comme un art antireligieux par excellence, et, de ce fait, elle a souvent été confiée à des représentants de minorités non musulmanes.

L'islamisme n'a pas de musique spécifique, mais la pratique religieuse quotidienne fait appel au chant sous deux formes dominantes. D'une part le rituel appel à la prière (adhân, azân, ezan) est repris cinq fois par vingt-quatre heures sur une formule littéraire, dont le début et la fin sont invariables (« Dieu est le plus grand. J'affirme qu'il n'y a d'autre Dieu que Dieu. J'affirme que Muhammad est le prophète de Dieu… … J'affirme qu'il n'y a d'autre Dieu que Dieu »), tandis que le milieu de la formule varie en fonction du pays, du rite ou de l'heure.

Traditionnellement, l'appel à la prière était fait par le muezzin ou azângû, du haut du minaret de chaque mosquée aux heures rituelles. Dans les mosquées prestigieuses comme les Omeyyades à Damas, un groupe de muezzin-s lançait un appel initial, qui allait être repris par tous les muezzin-s de la ville. Mais, désormais, la majorité des appels sont confiés à des disques, bandes magnétiques et haut-parleurs, ce qui en améliore la qualité artistique au prix d'une inévitable banalisation et d'une servitude par rapport à l'équipement sonore. En outre, on ne fait plus d'appels nocturnes dans les lieux nantis ou cosmopolites des grandes villes des pays les plus tolérants. La mélodie de l'appel à la prière varie selon les pays et les heures, allant de la psalmodie primitive au chant orné et mélismatique sur les grands modes musicaux (maqâm-s) de l'islam, le mode musical pouvant varier avec l'heure de l'appel.

D'autre part, le Coran peut être récité, psalmodié ou même chanté sur les modes musicaux, la concordance entre le mode et le texte étant fonction des usages. Il existe désormais des disques ou des cassettes sur les sourates du Coran, dont la diffusion a conféré à certains interprètes un nom illustre. Traditionnellement, l'appel à la prière et le chant du Coran doivent être interprétés en monodie, en voix de tête et avec une excellente diction. Ils se font en langue arabe, encore qu'il y ait eu certains mouvements en faveur des traductions en langues locales, plus particulièrement en Turquie.

Les chants propres à l'islamisme dépassent évidemment le cadre de l'appel à la prière et du Coran sans atteindre le volumineux répertoire des autres religions monothéistes. Il existe néanmoins des chants de pèlerinage, des récits sur la vie du prophète, d'innombrables chants à tendance religieuse, et des répertoires propres aux mois du jeûne (ramadhân) ou du deuil chez les chiites (muharrâm), avec, dans ce dernier cas, des cérémonies spécifiques (tachabî en Iraq, âzâdârî en Iran) ou des représentations scéniques (taziyè).

Le soufisme a développé des pratiques mystico-musicales particulières, perpétuées par les diverses confréries de derviches, reposant souvent sur un chant collectif accompagné par diverses percussions comparables à de grands tambours sur cadres (mazhâr-s, bandîr-s), par des clochettes et par des flûtes orientales obliques (nay-s ou ney-s) ou même, en Turquie, par des instruments à cordes plus classico-profanes, comme le tanbûr ou même le ûd. Variables selon les pays ou les sectes, les cérémonies « soufies » des derviches reposent sur les mêmes structures modales ou rythmiques que les musiques classiques, mais elles revêtent des formes spécifiques dont les principales sont le dhikr ou zikr consistant en la scansion lancinante du nom d'Allah, et l'ayîn ou le sema', danses des astres perpétuées par les derviches tourneurs dont les plus connus sont les « mevlevis » de Turquie. Enfin, des confréries ont assuré jusqu'au xxe siècle une certaine forme d'enseignement musical et ont parfois sauvegardé les traditions durant les périodes de décadence artistique.

Si l'on considère non plus l'islamisme en tant que religion, mais l'islam en tant que culture, le rôle joué par l'islam médiéval multinational arabo-irano-touranien dans l'essor de la musique est considérable. Si les califes n'ont pas toujours protégé les arts, du moins doit-on souligner le mécénat de nombreux califes de l'Iraq abbasside, qui, du viiie au xiiie siècle, ont hébergé ou encouragé la plupart des grands auteurs des traités musicaux de l'islam médiéval définissant une théorie musicale sur la touche du luth-ûd. De même, la cour musulmane des Grands Mogols de l'Inde et la cour des empereurs ottomans ont favorisé l'éclat de la musique.

Au xxe siècle, l'Islam est un vaste monde, dont les liens avec la musique sont variables. D'un point de vue technique, le noyau médiéval arabo-irano-touranien de l'Iraq abbasside a induit les actuelles musiques arabes, de l'Iran et de la Turquie, tandis que la musique de l'Inde peut leur être apparentée par l'existence de modes heptatoniques. Mais avec l'islam du Sud-Est asiatique, de l'Indonésie, de l'Afrique noire ou de l'Amérique, on perd tout lien avec les traités musicaux de l'islam médiéval. On peut donc distinguer la musique de l'islam de la musique des musulmans.