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fantaisie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Toute composition de structure assez libre et proche de l'improvisation, ce qui d'ailleurs n'exclut pas pour autant la rigueur ni les rapports avec des formes strictes en usage, ou dont la forme n'a qu'une importance secondaire, peut recevoir le titre de fantaisie.

Le genre est comparable au ricercare, à la toccata, au prélude. Selon S. de Brossard (Dict. de 1703) : « C'est à peu près comme capricio. » Enfin, la fantaisie est presque toujours une pièce instrumentale.

L'âge d'or de la fantaisie se situe au xvie siècle. En Italie, elle s'identifie alors avec le ricercar, de style contrapuntique. Partout en Europe occidentale on écrit des pièces appelées fantaisies, fancies, fantasie, pour les instruments à clavier (virginal, orgue, clavecin), pour le luth et la vihuela, et surtout, en Angleterre, pour ensemble de violes (pièces d'écriture imitative et fuguée, aux thèmes parfois populaires, et agrémentées d'épisodes variés alternant avec ceux en contrepoint). En France, Claude le Jeune et Eustache du Caurroy ont également laissé des fantaisies pour violes. Au xviie siècle, on retrouve la fantaisie en Italie (Frescobaldi), puis en France avec Louis Couperin et enfin Marin Marais.

Au xviiie siècle, J.-S. Bach, avec son goût de l'improvisation et sans le moindre esprit de système, a donné ce titre à certaines pièces traitées comme des préludes ou des toccatas, et souvent suivies d'une fugue : fantaisie en ut mineur pour orgue BWV 562, fantaisie et fugue en sol mineur pour orgue BWV 542, fantaisie chromatique et fugue pour clavier en mineur BWV 903. Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel Bach, en représentants typiques de l'Empfindsamkeit, ont écrit un grand nombre de fantaisies pour clavier. Mozart, malgré son respect de la forme qui lui fit rarement tenter l'aventure, a composé quelques fantaisies dont celle en ut mineur pour piano (K. 475). Haydn appela fantaisies les mouvements lents de ses quatuors op. 54 no 2 et op. 76 no 6. Beethoven appela quasi una fantasia ses deux sonates op. 27, et écrivit en outre une fantaisie pour piano (op. 77) et une autre pour piano, orchestre et chœurs (op. 80). Toutes ces pages de Mozart, Haydn et Beethoven sont d'une profonde cohérence, mais échappent à certains critères habituels du style " sonate ". Le terme fantaisie en effet implique parfois l'anormal, jamais l'anarchie.

L'époque romantique s'éprit de la fantaisie pour éviter les contraintes des formes " strictes " du classicisme. Mais elle utilisa le terme de façon de plus en plus arbitraire, y compris pour désigner une sonate comportant quelques " irrégularités ". Tous les grands musiciens de l'époque ont illustré la fantaisie, le plus souvent dans des œuvres pour piano : Schubert (Wanderer-Fantaisie, sonate D. 894), Chopin, Mendelsohnn, Brahms, et même Wagner avec une pièce pour piano en fa dièse mineur. Très significative est la fantaisie op. 17 de Schumann, qui dans cet hommage à Beethoven se garda bien d'avoir recours au cadre extérieur ni même aux principes de la sonate, mais en prit plutôt le contre-pied, aboutissant ainsi à un immense chef-d'œuvre. Inversement, et c'est tout aussi significatif, Liszt ne songea pas à appeler fantaisie sa sonate en si mineur, malgré sa structure en apparence si peu orthodoxe, ni plus tard Schönberg sa symphonie de chambre op. 9 (Sibelius l'envisagea, mais y renonça finalement, pour sa 7e symphonie). Liszt appela en revanche fantaisies les sortes de pots-pourris qu'il composa à partir des airs d'opéras de Verdi, Donizetti ou Mozart.

Les compositeurs du xxe siècle n'ont pas délaissé le genre. Après Debussy et Fauré (fantaisies pour piano et orchestre), D. Milhaud et A. Jolivet ont écrit des fantaisies pour formations instrumentales diverses. Il y a même des exemples où la voix humaine a été employée, mais ils demeurent exceptionnels. Vaughan Williams a composé sur une chanson populaire une œuvre bien connue (Fantasia on Greensleeves), et aussi une célèbre Fantaisie sur un thème de Thomas Tallis retrouvant l'esprit des œuvres anglaises du xvie siècle, et Schönberg une fantaisie pour violon et piano (op. 47). Depuis un siècle, c'est dans la musique d'orgue (Liszt, Franck, Reger) que le genre est le plus resté fidèle à l'ancienne tradition.