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dorien

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Les Doriens constituaient une peuplade du sud de la Grèce continentale (au N.-O. d'Athènes), qui donna son nom à une échelle, puis à un ton de la musique grecque antique, ultérieurement au premier mode de la musique grégorienne et enfin, selon les écoles, au mode de ré, de do ou de mi dans la musique modale harmonique.

L'échelle dorienne primitive nous est connue par un musicographe du iie siècle, Aristide Quintilien. Elle correspondait à l'échelle enharmonique normale de l'octocorde, avec un degré supplémentaire au grave, et c'était explicitement à elle que, selon cet auteur, Platon faisait allusion lorsque, dans la République, il recommandait l'harmonie dorienne comme noble et grave, propre à exalter les vertus civiques. On en déduit que la musique dorienne devait avoir un tel caractère et se tenait dans une tessiture relativement grave. Quand s'élabora la théorie des tons de hauteur, le nom de dorien fut donné au ton le plus grave : un ton au-dessus venait le phrygien, puis le lydien. Plus tard on ajouta le mixolydien, puis le système s'accrut progressivement jusqu'à 7 ou 8 tons d'abord (7 pour Ptolémée ; 8 pour Boèce), 15 tons ensuite. Ces tons ayant principalement pour objet l'accord de la lyre, on se fonda sur la lyre octocorde, et on donna à chaque accord de cette lyre le nom du ton auquel renvoyait cet accord lorsque, de l'intervalle utilisé, on remontait au son d'origine de la gamme commune. Ce furent les noms topiques des espèces d'octave.

Ils n'ont eu qu'une existence éphémère, mais, par la confusion qu'ils ont introduite entre les « tons » et les « harmonies », baptisés « modes » par les musicologues du xixe siècle, ils ont induit ceux-ci dans une erreur qui n'est pas encore dissipée de nos jours. Ce fut dans cette seule nomenclature que l'octave de mi prit le nom d'octave dorienne, ce qui incita à tort l'helléniste Westphal, et, à sa suite, Gevaert et M. Emmanuel, à définir le dorien comme un mode de mi et à lui donner dans la théorie une prééminence factice.

Au ixe siècle de notre ère, un traité anonyme, dit Alia musica, en commentant Boèce, qui donnait une liste de 8 noms topiques des tons de la musique grecque, crut que cette liste s'appliquait aux 8 tons du plain-chant ; il en recopia la nomenclature sous celle des 8 tons d'église ; c'est ainsi que le premier ton (ou mode) ecclésiastique, qui est un mode authente de ré, puis par extension toute musique construite sur l'échelle modale de ré, se vit attribuer arbitrairement le nom de mode dorien, qu'il a conservé jusqu'à nos jours en acception commune, bien que concurrencée par les autres interprétations.

Du xvie au xviiie siècle, des théoriciens humanistes, conscients des inconséquences que contenait la théorie des modes telle que l'avait transmise l'Alia musica, mais insuffisamment documentés sur la question, entreprirent de la corriger à leur manière et introduisirent de nouvelles nomenclatures de leur cru qui ne firent qu'alimenter la confusion. Ce fut ainsi que pour Zarlino (1573) le dorien devint le mode de do, et c'était dans cette acception qu'il devait être entendu chez plusieurs compositeurs de cette période.