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voix de basse

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La voix de basse fut employée pour d'importants solos dès la naissance de l'opéra et de l'oratorio, à l'aube du xviie siècle, et soumise aux mêmes exigences de virtuosité que les autres catégories vocales, mais sur une étendue souvent plus importante (1-mi 3 chez Caccini). Cette voix, principalement destinée à l'incarnation de divinités (Caron dans Orfeo de Monteverdi, 1607) ou de personnes âgées (Manoah dans Samson de Haendel, rôle colorature écrit pour Giovanni Boschi), servit aussi, notamment dans l'opéra français, à personnifier l'amoureux, souvent malheureux, antagoniste du ténor ou du haute-contre : Louis Chassé (1699-1786) interpréta dans les opéras du style de Rameau ces rôles d'une tessiture généralement plus élevée, proche de celle de notre baryton actuel. À la fin du xviiie siècle, Mozart écrivait encore pour ces deux types de voix : rôles graves tels que ceux d'Osmin dans l'Enlèvement au sérail, créé par Ludwig Fischer (1745-1825), ou de Sarastro, rôles plus aigus pour des emplois d'amoureux, tels que ceux du Comte dans les Noces de Figaro et de Don Juan. Rossini confia à Filippo Galli (1783-1853) des emplois bouffes ou tragiques (Mustafa dans l'Italienne à Alger, Assur dans Semiramis) d'une très haute virtuosité. Durant le romantisme, la voix de basse fut surtout assimilée aux personnages royaux ou ecclésiastiques, âgés, nobles, etc., mais, dès la fin du xixe siècle, elle servit à nouveau à personnifier des caractères très divers, jeunes ou vieux (opéras de Puccini, des compositeurs naturalistes, de R. Strauss, Rimski-Korsakov, Berg, etc.).

L'éventail des attributions de la voix de basse correspond à sa couleur et à sa tessiture : la basse noble ou profonde, assez volumineuse et de couleur sombre (étendue do 1 – fa 3) a pour exemples les rôles du Cardinal (la Juive de Halévy), de l'Inquisiteur (Don Carlos de Verdi), de Hunding (la Walkyrie de Wagner), d'Arkel (Pelléas et Mélisande de Debussy), etc. ; la basse chantante, de caractère plus lyrique (étendue fa 1-fa dièse 3) est illustrée par ceux de Silva (Ernani de Verdi), Philippe II (Don Carlos), Méphisto (Faust de Gounod, cet emploi étant parfois tenu par des barytons), etc. L'Allemagne et la Russie différencient plus les caractères que les tessitures : basse démoniaque (Kaspar dans le Freischütz de Weber, Alberich dans l'Or du Rhin de Wagner), basse héroïque (Wotan), etc. Notons que, si les chœurs slaves renferment des basses au grave exceptionnellement étendu, l'opéra russe fait au contraire plus volontiers appel à une voix aiguë ; Féodor Chaliapine (1873-1938) était plus proche du baryton que de la basse. La voix de basse convient également au concert pour l'interprétation des lieder, des oratorios et cantates classiques, sans exiger une spécialisation exclusive de la part du chanteur. En revanche, l'emploi de basse bouffe, qui peut se satisfaire d'une moins belle qualité vocale, réclame non seulement une grande virtuosité et une articulation rapide, mais aussi, au théâtre, un talent d'acteur sûr.

La voix de basse permet des carrières fort longues, les grands interprètes de cette catégorie quittant rarement la scène avant soixante-cinq ans. Parmi les grandes basses de notre siècle, on peut rappeler les Italiens Navarrini, De Angelis, Pinza, Pasero et Siepi, l'Espagnol Mardones, les Français Plançon, Delmas, Journet, Pernet, les Slaves Reizen, Pirogov, Kipnis, Christoff, et, dans des genres bien déterminés, S. Baccaloni, exemple type de la basse bouffe, et H. Hotter, aussi réputé dans l'interprétation du lied et de l'oratorio que dans celle du rôle de Wotan dans l'Anneau du Nibelung de Richard Wagner.