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République argentine

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La musique européenne, connue et pratiquée très tôt en Argentine, se mêla, au début, aux musiques autochtones, cependant qu'instruments indigènes et instruments importés coexistaient. Le mélange des deux cultures peut être symbolisé par le charango, petite guitare construite avec la carapace d'un tatou. Les missionnaires musiciens ­ parmi lesquels on compte au moins un grand compositeur, Domenico Zipoli, qui mourut à Córdoba en 1726 ­ répandirent la musique d'orgue et l'ensemble de la musique sacrée. L'opéra fut introduit plus tard, mais connut dans la deuxième moitié du xixe siècle un essor exceptionnel. Un peu avant 1900 et au début du xxe siècle, le Teatro Colón de Buenos Aires eut peut-être les plus brillantes distributions du monde entier. Mais entre-temps avait commencé à se constituer, très lentement, l'école argentine. Celle-ci a recherché son orientation dans l'utilisation d'un folklore exceptionnellement riche et varié. J.-P. Esnaola (1808-1878), qui fonda l'Académie de musique de Buenos Aires, pourrait en être le premier représentant. Mais c'est à l'époque d'Alberto Williams (1862-1952) et d'Arturo Berutti (1862-1938) que cette école doit son essor décisif. Le premier, élève de Durand, Godard, Guiraud et Franck à Paris, directeur du conservatoire de Buenos Aires et animateur de la vie musicale, a laissé une œuvre considérable, souvent inspirée de motifs populaires (notamment 9 symphonies), et de nombreux ouvrages didactiques. Le second, formé à Leipzig, fut un éminent professeur et un compositeur fécond (7 opéras, dont plusieurs d'inspiration nationale). L'intérêt qu'ils ont, l'un et l'autre, suscité auprès des jeunes musiciens pour une exploitation de la veine folklorique a conditionné toute la production argentine de plusieurs générations, chacun renouvelant sa technique d'écriture à la faveur des plus récentes découvertes : néoromantisme pour la plupart des compositeurs nés avant le siècle (Gaito, Ugarte, Aguirra, Sicardi, Drangosch, Gilardi, Gómez-Carrillo), esprit franckiste pour d'anciens élèves de la Schola ou de d'lndy (Celestino Piaggio, Juan José Castro), néo-impressionnisme pour Carlo Lopez Buchardo, disciple de Albert Roussel, pour Arnaldo d'Esposito, Carlos Guastavino ou Elsa Calcagno.

C'est grâce à Juan Carlos Paz (1897-1972) que l'atonalisme et le dodécaphonisme ont été connus en Argentine. Fondateur des groupes Renovación (1929) et Nueva Música (1944), professeur, pianiste et animateur, il a profondément influencé l'activité musicale à Buenos Aires en révélant les grandes œuvres contemporaines ; ses propres compositions restent, pour la plupart, fidèles à l'orthodoxie schönbergienne. Secondé, après la dernière guerre, par l'Autrichien Michael Gielen, chef d'orchestre au Theatro Colón, il a été l'un des maîtres à penser de Mauricio Kagel, alors élève de Ginastera. Né en 1931, fixé en Europe depuis 1957, Kagel, l'un des aventuriers les plus intrépides de l'avant-garde internationale, représente beaucoup moins l'Argentine contemporaine que son maître, dont l'éclectisme va du nationalisme objectif, fondé sur le folklore, à l'utilisation des techniques les plus aptes à traduire le monde fantastique qu'il rêve d'évoquer par des sons. C'est que l'école de Buenos Aires poursuit, aujourd'hui encore, les traditions d'Alberto Williams et de ses disciples. Rodolfo Arizaga (élève de Nadia Boulanger et de Messiaen), Valdo Sciammarella, Roberto Caamano ou Silvia Einsenstein n'ont pas trahi l'esprit d'un art national.