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Volkslied

(all. ; chant populaire)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

La notion de Volkslied appartient essentiellement au monde germanique et ne peut être confondue avec celle de chant folklorique. Il ne s'agit pas en effet de chants d'origine populaire issus d'un fonds collectif non identifiable, mais de chants traduisant les états d'âme collectifs (Stimmung) d'un peuple, et dont la caractéristique essentielle est de pouvoir être chantés ensemble par des gens aux voix peu préparées.

L'histoire du Volkslied est relativement complexe. La première définition en a été donnée par Herder, lorsqu'il a publié, en 1778-79, son répertoire de Volkslieder, le premier et l'un des plus grands qu'ait connus l'Allemagne. La définition donnée par Herder est très proche de celle qu'on peut appliquer à tout folklore : témoignage d'authenticité, excluant tout art élaboré, le Volkslied se caractérise, selon Herder, par son caractère de spontanéité ; il doit être ancien, anonyme (on ne saurait y admettre des compositions élaborées par des professionnels du chant ou de la poésie) et beau, d'une beauté qui exclut toute trivialité, conformément aux canons esthétiques du premier préromantisme allemand.

Cette définition est liée étroitement à une conception philosophique de l'Histoire qui fait du « peuple » une communauté d'ordre presque mystique déterminée par le terroir, le climat, la situation historique. C'est dans ce cadre de pensée, lié au mouvement du Sturm und Drang, que se situent les grands recueils de Volkslieder collectés à la jonction des xviiie et xixe siècles. Le plus célèbre est celui d'Arnim et Brentano, Des Knaben Wunderhorn (le Cor merveilleux de l'enfant), publié de 1805 à 1808 et qui comporte plus de sept cents pièces. Il faut remarquer que ce recueil a alimenté chez Mahler la plus savante et la moins populaire des musiques.

La notion idéalisée de la valeur morale du chant en commun rejoint la théorie et la pratique luthériennes qui ont été à l'origine du choral d'église. Dans l'histoire du xixe siècle, on trouvera dans l'utilisation du Volkslied une volonté de pédagogie collective qui s'accusera après l'échec des révolutions de 1848. Répandu par l'armée, par les Églises, par les écoles, le Volkslied deviendra un moyen de faire saisir à un peuple entier les lignes de force de sa sentimentalité propre. Dans ce cadre nouveau, les normes fixées par Herder perdront de leur valeur impérative. Un foisonnement de pièces lyriques sur un mode « populaire » sublimisé verra le jour ; les pièces purement anonymes céderont bien souvent la place devant des compositions élaborées dont les poètes et/ou les musiciens sont parfaitement identifiés.

Un exemple typique en est la célèbre Lorelei : le texte n'est pas celui de la vieille ballade populaire, mais est composé par H. Heine dans un style volontairement simplifié ; la musique en est de Fr. Silcher, dont l'activité dans ce domaine est abondante.

On en est ainsi ramené à un critère qui est avant tout celui de l'utilisation. La fonction du Volkslied est le chant en commun. Sa diversité correspondra à la diversité des groupes sociaux qui l'utilisent. On y retrouvera ainsi, suivant les couches de population, de simples chansons d'enfant, des romances sentimentales très proches par le goût du style Biedermeyer des années 1830, de très nombreuses chansons de route, dont le développement correspond à celui des mouvements de Wandervögel (oiseaux migrateurs) qui traversent à pied les paysages allemands. Les douze ans de l'aventure national-socialiste ne manqueront pas de donner au Volkslied une empreinte particulière, exaltation de certaines formes de jeunesse et de force.

Dans ces différents avatars, le Volkslied conserve un certain nombre de constantes, nécessaires à son utilisation en groupe : forme strophique avec éventuelle répétition de certains vers, rythmes accusés, simplicité tonale. Les grands thèmes de la poésie allemande telle qu'elle apparaît dans le lied se retrouvent tout naturellement dans le Volkslied : thèmes du voyageur, de l'arbre, de l'eau, de l'adieu et du retour, des amours impossibles ; dans un cadre légèrement différent, thèmes de la camaraderie et de la mort, de l'errance.

La source du Volkslied n'est pas épuisée ; on voit aujourd'hui encore se former de nouveaux chants autour des notions de contestation sociale et d'écologie. Le processus de création ne diffère vraiment pas d'une génération à l'autre.