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Suède

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Les origines musicales suédoises sont confondues avec les fonds culturels communs germano-nordiques qui ont dominé jusqu'à la christianisation survenue en l'an 1000. Cette christianisation va, en quelque sorte, coloniser culturellement la Scandinavie, à l'intérieur de laquelle les échanges vont s'accélerer à partir de 1389, lorsque, par l'Union de Kalmar, les pays scandinaves, la Suède (et son satellite, la Finlande), le Danemark et la Norvège, tenteront une unité qui ne survivra pas au règne de Gustaf Vasa. De là naît une similitude de développement qui permet de retrouver, en Suède comme ailleurs, les lekare ambulants ainsi que les musiciens au service des villes qui jouent de la mungiga (« guimbarde ») et de la nyckelharpa (« vièle à archet ») et chantent les ballades de l'époque de la chevalerie. C'est sous le règne de Gustaf Vasa (1523-1560) que les premiers musiciens de cour sont engagés ; 3 tout d'abord, vite rejoints par 13 autres, tous étrangers, dont le rôle est avant tout de participer aux cérémonies officielles. En même temps, à l'église, si la pratique du plain-chant moyenâgeux continue, la réforme impose peu à peu ses structures et le premier recueil de chorals, de A. Gutterwitz, paraît en 1586.

En 1611 commence le règne de Gustaf II Adolf et avec lui l'époque de la « Grande Puissance » qui durera jusqu'à la mort de Karl XII, en 1718. La situation géographique et historique de la Suède lui permet d'ouvrir de nombreux marchés avec les villes hanséatiques et baltes alors sous son contrôle. Ces échanges entraînèrent l'importation de l'influence culturelle de l'Allemagne du Nord et la venue de nombreux compositeurs et musiciens germaniques, qui, comme la famille Düben, vont jouer un rôle essentiel dans le développement musical suédois. Période culminante de cette ère, le règne de la reine Christine (1644-1654) entraîne une accélération des échanges culturels qui s'étendent à l'Italie (avec, par exemple, le compositeur Albrici) et à la France (représentée, entre autres, par le violoniste Pierre Verdier et la cantatrice Anne de la Barre). La noblesse participe au mouvement et le succès des instruments de salon, à clavier, à cordes frottées ou pincées (des années 1700 nous reste aujourd'hui le livre de luth de Per Brahe « le Jeune ») concurrence les musiques militaires. Dans les campagnes, les spelmän (« ménétriers ») abandonnent progressivement la nyckelharpa pour le violon et adoptent des danses nouvellement importées, comme la polska, et à la ville la musique militaire se transporte sur la scène de l'opéra où elle participe à l'évocation des grands personnages de l'histoire suédoise. L'Église continue parallèlement à jouer son rôle formateur ; le directeur de l'université d'Uppsala O. Rudbeck (1630-1702), J. Columbus, I. Leinontinus, N. Hiller et L. Dijkman sont les plus actifs à former les étudiants qui participent souvent aux fêtes de rue (les djäkneganger), à développer la musique d'orgue et à mettre à jour les recueils de chorals. La musique savante occupe une place qui, de modeste, va prendre de plus en plus d'ampleur dans la capitale. Andreas Düben II (Miserere, 1660) et son frère Gustaf (Veni sancto spiritus, 1651) sont rejoints par de nombreux étrangers ; on édite et on joue des œuvres de C. Geist, G. Carissimi et D. Buxtehude, et, à partir de 1720, sous l'impulsion de forts mouvements politiques, on assiste à une nouvelle expansion de la vie musicale. J. H. Roman (1694-1758), le premier compositeur important qui soit né en Suède, dénommé le « père de la musique suédoise », écrit une Messe suédoise (1751-52) et importe le style de G. F. Haendel ; à ses côtés, il faut retenir Erik Philip Johnsen (1717-1779), Arvid von Höpken (1710-1778), tandis que l'âge classique commence avec J. Agrell (1701-1765) et se poursuit avec A. Wesström (1720/21-1781), J. Wikmanson (1753-1800), Olof Ahlström (1756-1835), J. F. Berwald (1787-1861) et L. A. E. Passy (1789-1870). C'est en 1771 que l'Académie royale de musique est créée sous le règne de Gustaf III ; la scène lyrique brille alors d'un éclat tout particulier auquel contribuent F. A. Uttini (1723-1795), F. Zellbell (1698-1765), l'Allemand J. G. Naumann (1741-1801) avec ses deux opéras Gustaf Vasa et Cora et Alonzo et surtout J. M. Kraus (1756-1792), talent exceptionnel qui disparaîtra avant de pouvoir assister à la création de son opéra Aeneas i Cartago.

Il faut également parler d'un genre particulier, la parodie, forme mineure si elle n'était transcendée en Suède par le génie du poète-chansonnier C. M. Bellman (1740-1795), dont l'œuvre a aujourd'hui gardé toute sa jeunesse.

Le xixe siècle a été celui de la vraie naissance du nationalisme musical en Suède, sous l'impulsion de Carl Stenborg (1752-1813), puis d'Erik Gustav Geijer (1783-1847), d'Arvid August Afzelius (1785-1871) et Johann Christian Friedrich Haeffner (1759-1833), tandis que l'historien finlandais Adolf Ivar Arwidson (1791-1858) se livre à d'importants travaux sur la chanson populaire qui aboutissent à une édition classifiée en 3 volumes : Svenska fornsanger (1834-1837). Pendant cette période transitoire, à côté du Finlandais Henrik Bernhard Crusell (1775-1838) et d'Edouard du Puy (1770/71-1822), Jacob Axel Josephson (1818-1880) écrit des lieder que défend, avec son incomparable talent, la grande Jenny Lind (1820-1887). C'est le début du règne de la mélodie nordique qui s'affirme avec l'œuvre d'Adolf Frederik Lindblad (1801-1878). Il revient à Franz Berwald (1796-1868) de tourner définitivement la page. Avec lui s'imposent les idées du romantisme national et commence le règne du style de l'école de Leipzig, que prolongeront Ludvig Norman (1831-1885) et Albert Rubenson (1826-1901), tandis qu'Ivar Hallström (1826-1901), Per August Ölander (1824-1886) et Johan August Söderman (1833-1876) transposaient l'art national dans la musique dramatique. À vrai dire, il aura alors manqué à la Suède une personnalité de la puissance de Grieg, Nielsen ou Sibelius pour mener à son terme le processus engagé, et ce rôle sera dévolu à Wilhelm Stenhammar (1871-1927), Hugo Alfvén (1872-1960) et Kurt Atterberg (1887-1974) et, à un degré moindre, à Andreas Hallén (1846-1925), Emil Sjögren (1853-1918), Gustaf Wilhelm Hägg (1867-1925), Wilhelm Petterson-Berger (1867-1942), Ruben Liljefors (1871-1936), Tor Aulin (1866-1914), Josef Eriksson (1872-1957) et Lars Fryklund (1879-1965), qui négocièrent le virage conduisant au xxe siècle sans que soient modifiées les habitudes esthétiques romantiques.

Le xxe siècle survient donc dans des conditions très particulières, et peut-être aussi parce qu'en Suède on répugne aux solutions radicales, l'évolution esthétique va se faire avec de profondes intrications stylistiques. À la charnière se situe l'œuvre d'Edvin Kallstenius (1881-1967) et, à sa suite, ceux de Ture Rangström (1884-1947), Dag Wirén (1905-1986) et Lars Erik Larsson (1908-1986), qui représentent parfaitement une dualité qui apparaît différemment dans l'œuvre de Hilding Rosenberg (1892-1985), Gösta Nystroem (1890-1966) et Moses Pergament (1893-1977). À des titres divers, il en est de même avec Natanael Berg (1879-1947), Otto Olsson (1879-1964), Algot Haquinius (1886-1966), Knut Håkanson (1887-1927), Oskar Lindberg (1887-1955), John Fernström (1897-1957), Gustaf Paulsson (1898-1966), Erland von Koch (1910), Ingemar Liljefors (1906-1981), Hilding Hallnäs (1903-1984) et Ingvar Wislander (1917-1963). La situation est un peu différente avec les trois immigrés : l'Estonien Eduard Tubin (1905-1982), l'Autrichien Hans Holewa (1905-1991) et l'Allemand Werner Wolf Glaser (1910), et, si Allan Pettersson (1911-1980) occupe une place très particulière, Sten Broman (1902-1983) est un moderniste qui ne désavoue pas ses racines. Il faudra attendre les années 40 pour voir s'affirmer chez les élèves de Hilding Rosenberg réunis au sein du groupe du Lundi (Måndagsgruppen) les nouvelles idées esthétiques venues d'Europe occidentale ; à leur tête, Karl Birger Blomdahl (1916-1968), mais aussi Sven Erik Bäck (1919), Ingvar Lidholm (1921), Sven Eric Johanson (1919), Torbjörn Lundquist (1920) et Göte Carlid (1920-1953). À leurs côtés, il faut citer, en un trop rapide amalgame, Maurice Karkoff (1927), Hans Eklund (1927), Jan Carlstedt (1926), Laci Boldeman (1921-1969), Bo Linde (1933-1970), Gunnar Bucht (1927), Ulf Björlin (1933), Eskil Hemberg (1938) et les sérialistes Siegfried Naumann (1918) et Carl Olof Anderberg (1914-1972). Plus récemment, le cosmopolitisme esthétique a trouvé ses défenseurs en Bengt Hambraeus (1928), Bo Nilsson (1937), Torsten Nilsson (1920), Åke Hermanson (1923), Lars Johan Werle (1926), Arne Mellnäs (1933), Karl Erik Welin (1934-1992), Jan Bark (1934), Folke Rabe (1937) et Jan W. Morthenson (1940).

La jeune génération présente le même éventail stylistique que dans les autres pays : les tenants de la « nouvelle simplicité » avec Pär Ahlbom (1942) voisinent non seulement avec les électroacousticiens Bengt Hambraeus, Åke Hodell (1919), Knut Wiggen (1927), Lars Gunnar Bodin (1935), Ralf Lundsten (1936), Sten Hansson (1936), Bengt Emil Johnson (1936), Leo Nilsson (1939), Akos Rózmann (1939), Miklos Maros (1943), Bengt Enryd (1943) et Ragnar Grippe (1951), mais aussi avec le dodécaphoniste Gunnar Ahlberg (1942), le « kafkaïen » Daniel Börtz (1943), le répétitiviste Lars Erik Rosell (1943), le graphiste Johnny Grandert (1939), le mystique Anders Eliasson (1947) et les compositeurs socialement engagés Gunnar Valkare (1943) et Bengt Enryd. Citons encore Tommy Zwedberg (1946), Mikael Edlund (1950), Sven Ahlin (1951), Rolf Enström (1951), Pär Lindgren (1952), Anders Hillborg (1954), Lars Sandberg (1955), Anders Blomquist (1956), Karin Rehnquist (1957), Bo Rydberg (1960).

La vie musicale en Suède est également d'une grande richesse, et de gros efforts ont été faits dans le domaine de la diffusion musicale, alors que le système d'enseignement, par un excès de soucis de démocratisation, enregistre un certain échec. Les orchestres, la radio consacrent temps et efforts pour la musique contemporaine, soutenus par des organismes dynamiques comme le Rikskonserter, le centre d'information musicale de la STIM, la société des droits d'auteurs, compositeurs et éditeurs et les associations Fylkingen, Nutida musik et Samtida musik. Historiquement, la Suède est également un pays ou l'école de chant a produit de remarquables interprètes. Depuis les sopranos Jenny Lind, Henriette Nissen (1819-1879) et Christine Nilsson (1843-1921), nous avons connu Birgit Nilsson et Elisabeth Söderström ; après le ténor Julius Gunther (1818-1904), sont venus Jussi Björling et Set Svanholm, les barytons et basses Sigurt Björling et Ingvar Wixell et les mezzo-sopranos et altos Helena Ahnsjö, Kerstin Meyer, Kerstin Thorborg, Birgit Finnilä et Anne-Sofie von Otter. Dans un domaine différent, il faut également citer les musicologues C. F. Henneberg (1871-1932), C. A. Moberg (1896), Ingmar Bengtsson (1920-1989) et Bo Wallner (1923).