SERVICES
Article Larousse
Taille du texte Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Imprimer Envoyer par e-mail
Wolfgang Amadeus Mozart

Wolfgang Amadeus Mozart

En double cliquant sur chacun des mots, vous accéderez aux définitions Larousse

Wolfgang Amadeus Mozart

Compositeur allemand (Salzbourg 1756 – Vienne 1791).

Fils de Leopold Mozart (1719-1787) et de Anna Maria Pertl (1720-1778), il fut baptisé Johannes Chrysostomus Wolfgang Theophilus, mais ce dernier prénom fut rapidement transformé en Gottlieb, son équivalent allemand, puis en Amadeus, traduction italienne de Gottlieb. Par son père, violoniste dans l'orchestre du prince-archevêque de Salzbourg, Mozart descendait d'un relieur d'Augsbourg, Johann Georg Mozart (1679-1736). Du côté maternel, il était petit-fils d'un fonctionnaire, Wolfgang Nicolaus Pertl († 1724), ancien étudiant en droit de l'université de Salzbourg, qui appréciait la musique et avait même été professeur de chant et choriste.
   Des sept enfants de Leopold Mozart et Anna Maria Pertl nés entre 1749 et 1756, cinq moururent en bas âge. Seuls survécurent une fille, prénommée Maria Anna Walburga Ignatia (1751-1829), et Wolfgang Amadeus, qui était le dernier. Dès l'âge de trois ans, celui-ci manifesta une attirance et des dons exceptionnels pour la musique. Il en avait quatre lorsque son père lui donna ses premières leçons de clavecin.

Les voyages de l'enfant prodige

En 1762, Leopold inaugura par un premier voyage à Munich l'invraisemblable série de tournées européennes qu'il allait effectuer, pendant plusieurs années, avec ses enfants. Au cours de ce séjour à Munich ­ pendant le carnaval ­, le frère et la sœur se produisirent devant Maximilien III, Électeur de Bavière. À cette époque, Wolfgang composait déjà de petits morceaux (Menuets K.2, 4 et 5 ; Allegro K.3) que son père transcrivait sur le papier. Le 18 septembre 1762, la famille au complet se mit en route pour Vienne, où elle arriva le 6 octobre ­ lendemain de la « première » de l'Orfeo de Gluck ­ et elle y demeura jusqu'au 10 décembre. Wolfgang et sa sœur Nannerl (ainsi appelait-on la petite fille) furent reçus par la comtesse de Thun, par l'ambassadeur de France et, à Schönbrunn, par l'impératrice Marie-Thérèse.

   Au début de 1763, Sigismond von Schrattenbach, prince-archevêque de Salzbourg, s'occupa de la réorganisation de sa chapelle. Il nomma Giuseppe Francesco Lolli Kapellmeister en remplacement de Johann Ernst Eberlin, décédé le 21 juin 1762, et confia le poste de vice-Kapellmeister à Leopold Mozart. Celui-ci, qui avait espéré mieux, sollicita un congé que son employeur accorda ; ce qui lui permit d'entreprendre, avec sa femme et ses enfants, une longue tournée de trois ans dans plusieurs pays européens. Partie de Salzbourg le 9 juin 1763, la famille passa par Munich, où elle fit la connaissance de Luigi Tomasini, ami de Joseph Haydn, et Konzertmeister, à Eisenstadt, de Nicolas Esterházy ; par Augsbourg, où les enfants donnèrent 3 concerts et que la famille quitta le 6 juillet ; par Schweitzingen, non loin de Mannheim, où Wolfgang eut un premier contact avec le célèbre orchestre de l'Électeur palatin Karl Theodor ; par Francfort, où eut lieu l'unique rencontre entre Goethe et Mozart ; par Bruxelles enfin, ville atteinte le 4 octobre et qui était alors, sous le gouvernement de Charles de Lorraine, frère de l'empereur François Ier, capitale des Pays-Bas autrichiens.

   Le 18 novembre 1763, les Mozart arrivèrent à Paris, où ils restèrent pendant cinq mois, et où, grâce aux talents de claveciniste de Nannerl et ­ surtout ­ au côté « enfant prodige » de Wolfgang, ils suscitèrent la curiosité, puis l'engouement. Il est vrai qu'à leur propos, Friedrich Melchior Grimm, qui résidait dans la capitale française depuis 1748 et qui assurait les fonctions de secrétaire du duc d'Orléans, allait, par un article publié dans sa Correspondance littéraire (1er décembre 1763), se livrer à ce qu'on appellerait maintenant une efficace opération publicitaire. À Paris, les Mozart furent reçus, fêtés par les notabilités : entre autres, par le comte Van Eyck, ambassadeur de Bavière, chez qui ils demeurèrent, et par Mme de Pompadour. Ils eurent même l'honneur d'être invités à Versailles, où l'on exhiba le très jeune Wolfgang, comme on l'aurait fait d'un aimable singe savant. Tout cela eût été de peu de poids pour la formation artistique du futur auteur de Don Giovanni s'il n'y avait eu, durant ce séjour parisien, la rencontre avec des musiciens tels que Eckard, Le Grand, Hochbrucker et, surtout, Schobert, claveciniste et compositeur du prince de Conti. De cette époque datent les 2 Sonates pour clavecin avec accompagnement de violon K.6 et 7 dédiées à Mme Victoire de France, fille de Louis XV, ainsi que les 2 Sonates K.8 et 9 ­ pour la même formation ­ dédiées à Mme de Thésé.

   Le 10 avril 1764, la famille Mozart partit, via Calais, pour Londres, où elle arriva le 23 avril, et où elle fut reçue, dès le 27, par le roi et la reine à Saint James Park. Elle y resta pendant seize mois et Wolfgang s'y fit un ami et un conseiller en la personne de Johann Christian Bach, dernier fils du cantor de Leipzig et fondateur, avec Karl Friedrich Abel, des célèbres concerts Bach-Abel. Il s'y exerça dans le genre, nouveau pour lui, de la symphonie, avec une œuvre en mi bémol majeur (K.18), dont Abel était le véritable auteur et qu'il se contenta de recopier, puis avec la partition en mi bémol majeur K.16, portant le numéro 1 dans la liste officielle de ses propres symphonies. Celle en si bémol majeur K.17 est en toute probabilité de son père Leopold. Il participa aux concerts par souscription de Johann Christian Bach et rédigea, en novembre 1764, les six Sonates K.10 à 15 pour clavecin et violon ou flûte traversière, dédiées à la reine Charlotte.

   Le 24 juillet 1765, les Mozart quittèrent Londres pour la Hollande. Ils passèrent par Douvres, Calais, Lille, Gand, Rotterdam, et arrivèrent le 11 septembre à La Haye, où, après Nannerl, Wolfgang tomba très sérieusement malade. L'espèce de fièvre cérébrale dont il fut atteint, et dont il ne se remit que fin 1765-début 1766, résultait vraisemblablement, pour une large part, du surmenage insensé imposé, pour des raisons nettement mercantiles, à un enfant de moins de dix ans. Leopold, dont les dons de pédagogue ne sauraient être mis en doute, n'était sans doute pas l'être obtus et étriqué que fustigent les biographes. Mais il eut certainement une importante part de responsabilité dans la disparition prématurée de son fils. Mozart composa en Hollande au moins deux symphonies, celles en si bémol majeur K.22 et en sol majeur K.45a, peut-être aussi celles en K.19 et en fa K.19a, et, à peine rétabli, dut se remettre en route. Toujours accompagné de sa famille, il revint à Paris, où il arriva le 10 mai 1766, il y assista aux réceptions organisées par le prince de Conti, et chez qui il fit la connaissance de Philidor et de musiciens allemands comme Raupach, Honnauer, Becke et Cannabich. De ce deuxième séjour parisien, qui dura jusqu'au 9 juillet, date le Kyrie en fa majeur K.33 (12 juin 1766). Ce fut ensuite le retour à Salzbourg par Dijon, où l'on rencontra le président de Brosses, par Lyon, Genève, Lausanne, Berne, Zurich, Winthertur, Ulm, Dillingen et Augsbourg. Dans la ville du prince-archevêque, les Mozart ne demeurèrent que neuf mois. Wolfgang en profita pour étudier Fux, Eberlin, pour composer l'« opérette spirituelle » Die Schuldilgkeit des ersten Gebotes K.35 (le Devoir du premier Commandement), la comédie latine Apollo et Hyacinthus seu Hyacinthi Metamorphosis K.38 (la Métamorphose de Hyacinthe), ainsi que les quatre Concertos pour clavecin K.37, 39, 40 et 41 tirés d'œuvres de Carl Philip Emanuel Bach, Raupach, Schobert, Honnauer, Eckard.

   L'année 1768 fut, à compter du 10 janvier, celle du second séjour à Vienne. Ce fut également celle de La Finta Semplice K.51, opera buffa en 3 actes sur un livret de Marco Coltellini (auteur italien dont Joseph Haydn allait, cinq ans plus tard, mettre L'Infedeltà delusa en musique) et de Bastien und Bastienne K.50, singspiel en 1 acte commandé par le docteur Anton Messmer et monté, chez ce dernier, le 1er octobre. Par suite d'intrigues diverses et malgré les démarches de Leopold Mozart, La Finta Semplice ne fut pas représentée à Vienne, mais à Salzbourg le 1er mai de l'année suivante. Le 5 janvier 1769, les Mozart rejoignirent une fois de plus la ville archi-épiscopale. Wolfgang y écrivit plusieurs œuvres instrumentales relevant du genre divertimento (Cassations nos 1 et 2 K.63 et 99 ; Sérénade en ré majeur K.100), la Messe en ut majeur K.66. le Te Deum K.141.

Les périples en Italie

Ayant obtenu un nouveau congé du bienveillant Schrattenbach, Leopold décida de partir avec son fils pour l'Italie. Ce premier périple, qui débuta le 11 décembre 1769, dura une quinzaine de mois et fournit à Wolfgang l'occasion de fréquenter des représentants essentiels du monde musical. Parmi ceux-ci : Giambattista Sammartini, que les deux Mozart rencontrèrent à Milan chez le comte Firmian, et, surtout, le Padre Martini, dont ils firent la connaissance à Bologne, fin mars 1770. Le voyage se poursuivit par Florence, Rome, Naples, Rome de nouveau, où, le 8 juillet, Leopold et Wolfgang furent reçus par le pape Clément XIV ; par Bologne encore, où le jeune compositeur se vit proposer le livret, dû à Vittorio Cigna-Santi, de Mitridate, re di Ponto K.87. Après Bologne, où ils eurent aussi la possibilité de connaître l'excellent compositeur Joseph Myslivecek, Mozart père et fils se rendirent à Milan pour la création de Mitridate. L'événement se produisit le 26 décembre 1770 et suscita, selon Leopold (lettre du 2 janvier 1771 au Padre Martini), un « accueil des plus favorables ». En février 1771, les voyageurs atteignirent Milan. En mars ils étaient à Padoue, où Wolfgang se vit confier la commande de La Betulia liberata, oratorio en 2 parties, qui allait représenter son unique contribution dans un genre si magnifiquement exploité par Haendel et Haydn.

   Par Vicence et Vérone, Leopold et Wolfgang regagnèrent Salzbourg, où ils arrivèrent le 28 mars 1771 et d'où ils repartirent le 13 août pour un deuxième voyage en Italie qui n'allait durer que quatre mois. À Milan, où ils séjournèrent, fut donnée, pour le mariage de l'archiduc Ferdinand (fils de Marie-Thérèse) et de la princesse Marie-Béatrice de Modène, la « première » de la sérénade théâtrale Ascanio in Alba K.111. Les Mozart se retrouvèrent à Salzbourg le 16 décembre, jour de la mort de Sigismond von Schrattenbach. Élu le 14 mars 1772, solennellement intronisé le 14 avril, Hieronymus Colloredo (1732-1812), le nouveau prince-archevêque, allait se montrer, vis-à-vis de ses employés, beaucoup moins compréhensif et beaucoup moins facile à vivre que son prédécesseur. Il nomma Domenico Fischietti au poste de Kapellmeister que Leopold briguait en vain depuis longtemps. Le 15 août, Wolfgang devint Konzertmeister titulaire, avec des honoraires de 150 florins. Cette année-là, qui vit naître la Symphonie no 15 K.124, la no 16 K.128, la no 17 K.129, la no 18 K.130, la no19 K.132, la no 20 K.133 et la no21 K.134, fut celle du troisième et dernier voyage en Italie, lequel eut lieu du 24 octobre 1772 au 13 mars 1773. Ce fut aussi celle de l'opera seria Lucio Silla K.135, créé à Milan le 28 décembre 1772.

Mozart à Salzbourg

Se limiter aux faits strictement matériels de la biographie de Mozart, c'est un peu, comme dans le cas de Brahms, énumérer une interminable suite de voyages. Il y eut pourtant, de 1773 à 1777, une relative accalmie. Avec, néanmoins, deux nouvelles « excursions » : l'une à Vienne, de juillet à fin septembre 1773 ; l'autre à Munich, de décembre 1774 à mars 1775. Lors du séjour dans la capitale autrichienne, Mozart composa l'importante Sérénade K.185 pour les noces du fils d'Ernst Andretter, lequel était, à Salzbourg, conseiller aulique pour la guerre, et, surtout, les six Quatuors à cordes K.168 à 173 (nos 8 à 13 de la classification habituelle), dits Quatuors viennois et manifestement influencés par le nouveau style instrumental de Joseph Haydn. À cette époque, le Kapellmeister d'Eszterháza ­ qui avait écrit les deux magnifiques séries de quatuors op. 17 (1771) et op. 20 (1772) ­ situait la majorité de ses créations dans la perspective passionnée, mélancolique et formellement insolite du Sturm und Drang. Chez Mozart, les caractéristiques essentielles de cette esthétique préromantique allaient se retrouver dans la Symphonie no 25 K.183 en sol mineur de décembre 1773.

   De la production de l'année 1774, il convient d'isoler, en priorité, la très importante Symphonie no 29 en la majeur K.201, le Concerto pour basson en si bémol majeur K.291, la Sérénade en ré majeur K.203 et les cinq premières Sonates pour piano K.279 à 283. Toujours accompagné de son père, Wolfgang se rendit à Munich, où, le 13 janvier 1775, eut lieu la « première » de La Finta Giardiniera. Le 6 mars, il reprit la route de Salzbourg, où il demeura jusqu'en septembre 1777. Pour la visite de l'archiduc Maximilien-Franz, dernier fils de Marie-Thérèse et futur patron de Beethoven, Colloredo lui commanda la festa teatrale Il Re pastore (livret de Métastase), qui ne fut représentée qu'une fois, le 23 avril 1775.

   Au catalogue mozartien de cette année 1775, il convient d'inscrire, outre Il Re pastore, plusieurs chefs-d'œuvre : la Sonate pour piano no 6 K. 284, dite Sonate Durnitz ; la Sérénade en ré majeur K.204 ; et les quatre derniers Concertos pour violon et orchestre K.211, 216, 218 et 219 composés de juin à décembre (le premier, K.207, est sans doute de 1773). L'année 1776, que Wolfgang vécut tout entière à Salzbourg, fut celle de plusieurs divertissements et sérénades (dont la délicieuse Serenata notturna K.239 et l'imposante Sérénade Haffner K.250), des Concertos pour piano no 6 K.238, no 7 K.242 (3 pianos) et no 8 K.246, de la Missa longa K.262, de la vigoureuse Messe du Credo K.257 et de la Messe de Spaur K.258. Jusqu'alors, le genre concerto pour piano, que Mozart allait mener à son plus haut point de perfection, n'avait pas inspiré au compositeur de pages véritablement " définitives ". Tout changea avec l'extraordinaire Concerto no 9 en mi bémol majeur K.271 terminé en janvier 1777, pour l'auteur lui-même, ou, plus probablement, pour Mlle Jeunehomme, pianiste française de passage à Salzbourg. Dans l'histoire de la musique instrumentale, cet ouvrage prémonitoire occupe une position charnière aussi " fondamentale " que les Quatuors op. 20 de Haydn et la Symphonie héroïque de Beethoven. Avec lui s'ouvrait, quant au contenu affectif et aux relations entre le soliste et l'orchestre, l'ère du grand concerto " moderne ", tel que nous le concevons encore de nos jours.

Mannheim et Paris

En mars 1777, Leopold sollicita, pour son fils et lui-même, un congé que Colloredo refusa. Le 1er août, Wolfgang envoyait une lettre de démission. Exaspéré, le prince-archevêque fit répondre par son secrétaire que le père et le fils pouvaient aller chercher fortune ailleurs. Leopold se soumit et resta. Mais Wolfgang profita de la liberté qui lui était brutalement accordée pour quitter Salzbourg le 23 septembre et pour entreprendre, en compagnie de sa mère, un voyage qui allait le mener à Munich, Augsbourg, Mannheim et Paris. Chez l'Électeur de Bavière, où il aurait aimé se fixer, il n'y avait pas de poste vacant. Du moins se dispensa-t-on de lui en proposer un. À Augsbourg, où, le 22 octobre, il donna un unique concert (avec, notamment, le Concerto pour trois pianos et la Sonate Durnitz), il rencontra le facteur d'orgues et de pianos Johann Andreas Stein, qu'il avait déjà vu en 1763. Le 30 octobre, il arriva à Mannheim et y resta jusqu'au 14 mars 1778, avec, cependant, un bref séjour à Kircheim-Boland (janvier 1778) chez la princesse d'Orange. Ce fut à cette époque qu'il fit la connaissance de la jeune cantatrice Aloysia Weber, dont il tomba amoureux et dont, renouvelant l'erreur commise par Joseph Haydn, il épousa la sœur quelques années plus tard.

   Le 23 mars 1778, après douze ans d'absence, Mozart foulait de nouveau le pavé parisien. Mis en rapport, par Grimm en particulier, avec Jean Le Gros, directeur du Concert spirituel et avec Jean-Georges Noverre, maître des ballets de l'Opéra, il écrivit, pour le premier, la Symphonie no 31 K.297 et la Symphonie concertante K.297b; pour le deuxième, le ballet des Petits Riens K.299b. Parmi les principales compositions mozartiennes rédigées à Paris, figurent également le Concerto pour flûte et harpe K.299 commandé par le duc de Guisnes, la pathétique Sonate pour piano en la mineur K.310 (une des plus denses et des plus poignantes). Les quatre Sonates K.330-333 ne sont pas de 1778, comme on le crut longtemps, mais de 1783.

   Anna Maria Mozart mourut le 3 juillet 1778. Seul, désormais, pour poursuivre son voyage, Mozart quitta, le 26 septembre, un Paris qu'il n'aimait décidément pas. Le retour à Salzbourg s'effectua par Nancy et par Strasbourg, où le jeune compositeur s'arrêta près d'un mois où il put rencontrer Franz-Xaver Richter, l'un des principaux représentants de l'école de Mannheim.

   Dans la chronologie de la vie de Mozart, il faut maintenant évoquer sa nomination (17 janvier 1779) au poste d'organiste de la cour. Wolfgang reprenait donc du service auprès d'un maître copieusement détesté ­ non sans raisons ­ et avec lequel, de toute façon, la rupture définitive ne pouvait qu'intervenir un jour ou l'autre. Adepte des Lumières, Colloredo n'avait sans doute pas tous les défauts que lui prêtent les biographes. Mais il était sûrement moins intelligent, cultivé et diplomate qu'un Nicolas Eszterházy, chez lequel Joseph Haydn allait, sans trop de problèmes, vivre quelque trente ans.

La rupture avec Colloredo

À la fin de l'été 1780, Mozart reçut du prince-électeur Karl Theodor la commande d'un opera seria pour le carnaval de Munich. Telle fut l'origine de Idomeneo, re di Creta K.366, représenté pour la première fois le 29 janvier 1781. À cette occasion, le compositeur dut naturellement entreprendre de nouveau un voyage à Munich. Il s'y rendit dès novembre 1780 et en repartit en mars 1781 pour rejoindre, sur ordre, Colloredo à Vienne. En mai et juin, divers incidents se produisirent, qui envenimèrent les rapports déjà fort tendus entre l'employeur et l'employé. Mozart quitta alors définitivement le service de Colloredo et choisit de rester à Vienne comme musicien indépendant. Chez la veuve Weber, où il s'installa, il y avait la sœur cadette de cette Aloysia ­ qui avait mis un terme à ses projets matrimoniaux en épousant l'acteur Joseph Lange ­ Constance ; il ne tarda pas à s'enflammer pour elle et l'épousa le 4 août 1782. Constance devait être une bonne fille… Mais pas très futée, dépensière, et qui aurait eu besoin d'être gentiment, mais fermement, dirigé par un mari doté, pour les questions financières et administratives, d'un solide sens pratique. Ces qualités, Mozart ne les possédait pas, contrairement à Georg Nikolaus Nissen, lequel, dix-huit ans après la mort du compositeur, allait officialiser ses relations avec Constance et faire de celle-ci une épouse modèle.

   De 1781 datent le Rondo pour violon et orchestre K.373 (probablement composé pour le violoniste Brunetti) ; 4 Sonates pour piano et violon K.376 à 379 ; l'ample Sonate en ré majeur K.448 pour deux pianos. Au second semestre de cette année se rattachent les premiers travaux sur Die Entführung aus dem Serail K.384 (l'Enlèvement au sérail), opéra allemand commandé par l'empereur Joseph II et dont le livret était dû à Gottlieb Stephanie, dit Stephanie le Jeune.

   La première de l'Enlèvement eut lieu le 16 juillet 1782 au Burgtheater et suscita des réactions assez contradictoires. Joseph II reprocha-t-il vraiment à Mozart d'avoir mis trop de notes dans sa partition ? Pour le Magazine de la musique de Cramer, en tout cas, l'œuvre regorgeait de beautés (ce qui est strictement vrai), tandis que pour le comte Karl Zinzendorf, c'était tout simplement " un ramassis de choses volées « !

Les succès à Vienne

En 1782, Mozart commença de fréquenter, à Vienne, la maison du baron Van Swieten, futur librettiste des deux derniers oratorios de Haydn (la Création et les Saisons), et qui, contrairement à la quasi-totalité de ses contemporains, se passionnait pour Bach et pour Haendel. Chez lui, Wolfgang découvrit les fugues des Bach, " aussi bien de Sébastien que d'Emanuel et de Friedemann ". C'est précisément au début de cette année 1782 que se rattache chronologiquement, le Prélude et fugue pour piano en ut mineur K.394. C'est le 31 décembre que fut achevé, avec son merveilleux finale en fugato, le premier des six Quatuors à cordes en sol majeur K.387, dédiés à Joseph Haydn. Avec, entre ces deux œuvres capitales, des pages aussi importantes que la Sérénade en ut mineur K.388, la Symphonie no 35 " Haffner ", les Concertos pour piano nos 11, 12 et 13 K.413, 414 et 415.

   Il y a lieu d'évoquer ici, les relations privilégiées, qui, dans les années 1780, s'établirent entre Joseph Haydn et Mozart. On ne connaît pas la date précise à laquelle ces deux génies, foncièrement différents, mais d'égales statures, se virent pour la première fois. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que l'amitié sans arrière-pensées et l'admiration qu'ils éprouvèrent l'un pour l'autre ­ sans rien abdiquer de leur propre personnalité ­ constituent l'un des chapitres les plus sympathiques et les plus " exemplaires " de l'histoire de la musique. Mozart avait été vivement impressionné par la " densité expressive " des Quatuors op. 20 du Kapellmeister d'Esterháza. Il le fut tout autant, sinon davantage, pour la modernité des Quatuors op. 33 de 1781. Et l'hommage somptueux qu'il offrit à son aîné par la dédicace des 6 Quatuors K.387, 421, 428, 458, 464 et 465 représente tout à la fois un témoignage d'estime respectueuse et une réponse au " défi artistique " qui lui avait été lancé. Ces quatuors furent longuement, soigneusement élaborés. Avant leur achèvement, plus de deux années s'écoulèrent, qui, dans la vie de Mozart, correspondent à la naissance de nombreux chefs-d'œuvre : Messe en ut mineur K.427, Symphonie no 36 " Linz ", Fugue pour deux pianos K.426 (1783) ; Concertos pour piano no 14 K.449, no 15 K.450, no 16 K.451, no 17 K.450, no 18 K.456, no 19 K.459, Sonate pour piano et violon K.454, Sonate pour piano no 14 K.475 (1784).

   Pour assurer sa vie matérielle et celle de sa famille, Mozart n'avait d'autres possibilités que de donner des leçons et des concerts (qu'on appelait alors des " académies "). D'élèves et, par conséquent, de leçons, il n'y eut jamais pléthore. Trois noms pour janvier 1782 : la comtesse Rumbeck, Mme von Trattner, la comtesse Zichy. Inaugurées le 23 mars 1783 pour un concert dont on a conservé le copieux programme (10 numéros, dont la nouvelle Symphonie pour Haffner, 2 concertos pour piano, des extraits de la Posthorn-Serenade !), les académies furent, au début, plus rentables. Pour s'y produire comme virtuose du clavier (aspect de son talent que les Viennois appréciaient le plus), le compositeur rédigea, de février 1784 à décembre 1786, l'admirable série des 12 Concertos pour piano numérotée 14 à 25 dans la classification couramment adoptée. Le Concerto no 14 K.449 est d'ailleurs la première partition inscrite ­ à la date du 9 février 1784 ­ dans le catalogue que Mozart allait tenir de ses œuvres, jusqu'au 15 novembre 1791.

   Il y avait aussi, avec les amis, des scéances privées de musique de chambre. Au cours de l'une d'elles on exécuta ­ avec Dittersdorf au premier violon, Joseph Haydn au second, Mozart à l'alto et Vanhal au violoncelle ­ trois des nouveaux quatuors dédiés à Haydn. Leopold Mozart, qui, en février 1785, rendit visite à son fils et eut la chance d'assister à l'événement, fut tout fier de rapporter à Nannerl (lettre du 14 févr.) les paroles élogieuses de Haydn sur Wolfgang : " Le samedi soir Joseph Haydn et les deux barons Tindi sont venus chez nous ; on a joué les nouveaux quatuors, mais seulement les trois nouveaux que Wolfgang a ajoutés aux trois autres que nous avons déjà. Ils sont un peu plus faciles mais remarquablement composés. M. Haydn m'a dit : je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom. Il a du goût et, en outre, la plus grande science de la composition. "

   Comme le Kapellmeister d'Eszterháza ­ et comme beaucoup d'esprits cultivés en Europe ­, Mozart adhéra à la franc-maçonnerie. Il le fit en 1785, année où il écrivit la Maurische Trauermusik K.477 (Musique maçonnique funèbre), laquelle fait partie des nombreuses compositions de premier plan nées d'un choix philosophique beaucoup plus important pour lui que pour Haydn.

   Mozart travaillait aux Noces de Figaro (sur un livret de Lorenzo da Ponte tiré du Mariage de Figaro de Joseph Beaumarchais), lorsque, début 1786, il reçut de Joseph II la commande d'un sinsgpiel en 1 acte destiné à être donné dans le cadre des festivités en l'honneur d'Albert de Saxe, gouverneur des Pays-Bas. Ce Schauspieldirektor K.486 (le Directeur de théâtre), dont Stephanie le Jeune avait rédigé le livret, fut représenté à l'Orangerie du palais de Schönbrunn, le 7 février 1786.

   Moins de trois mois plus tard, le 1er mai, eut lieu, au Burgtheater, la " première " des Noces de Figaro. Relativement bien accueilli, représenté neuf fois à Vienne en 1786, ce chef d'œuvre fut repris l'année suivante, à Prague, avec un succès beaucoup plus affirmé. Ce fut justement pour Prague que Mozart écrivit ce qu'on peut, à bon droit, considérer (sans rien ôter à Tristan, à Pelléas, à la Flûte enchantée) comme l'opéra des opéras : l'immortel Don Giovanni.

   À Prague, où il avait été invité dès la fin de 1786 et où il arriva le 11 janvier 1787, Mozart assista, le 17 janvier, à la reprise des Noces. De retour à Vienne, le 10 février, il se consacra à la composition de Don Giovanni, travail qui l'occupa presque entièrement durant les mois de juillet et août. Entre-temps, le 28 mai, Leopold Mozart était mort presque subitement à Salzbourg à l'âge de soixante-huit ans.

   Contemporaine de Don Giovanni ­ lequel fut créé à Prague le 29 octobre 1787, et pour cette circonstance, Mozart avait de nouveau effectué le voyage ­, la célèbre Kleine Nachtmusik K.525 (Petite Musique de nuit) est, dans le catalogue du compositeur, répertoriée à la date du 10 août. Neuf mois plus tôt (déc. 1786), Mozart avait offert aux mélomanes de Prague la primeur de sa monumentale Symphonie no 38 K.504. Avec la Symphonie no 86 de Haydn (écrite la même année), cet ouvrage marquait l'un des sommets de l'art symphonique de tous les temps. À 1787 encore se rattachent le Quintette à cordes en ut majeur K.515, le Quintette en sol mineur K.516, la Sonate pour piano à quatre mains K.521 (dernière du genre chez Mozart), la Sonate pour piano et violon no 42 K.526.

Des années difficiles

Mozart revint à Vienne à la mi-novembre 1787. Le 7 décembre, Joseph II lui conféra, assorti d'un traitement de 800 florins, le titre de " compositeur de la chambre impériale et royale ". Pour le même emploi Gluck en avait eu 2 000. De plus en plus incompris des Viennois, de plus en plus assailli par des problèmes d'argent, Mozart vécut dans la capitale autrichienne la totalité de l'année 1788. Pour survivre, il dut se livrer à des travaux alimentaires : réorchestration, pour le baron Van Swieten, d'Acis et Galatée et du Messie de Haendel (tâche achevée en mars 1789 pour ce qui concernait ce dernier oratorio). En juin, juillet et août, il composa ses trois ultimes symphonies : no 39 K.543, no 40 K.550, no 41 Jupiter K.551. C'est un des épisodes les plus tristes, mais aussi les plus significatifs de l'histoire de la musique que cette mise à l'écart, par une société frivole, d'un génie de première grandeur, qui, sur le plan de l'esprit, est pourtant l'une des gloires de son siècle. Joseph Haydn s'indignait à juste titre lorsque, répondant à Franz Roth qui lui demandait un opéra (lettre de décembre 1787), il formula l'avis très net selon lequel c'était à Mozart et non à lui-même qu'il fallait s'adresser. " Si seulement, écrivit-il, je pouvais graver dans l'esprit de tout ami de la musique, mais surtout dans l'esprit des princes de cette terre, les inimitables travaux de Mozart, les leur faire entendre avec la compréhension musicale et l'émotion que j'y apporte moi-même, par Dieu, les nations rivaliseraient pour avoir ce joyau chez elles… Je m'étonne que Mozart, cet être unique, ne soit pas encore appointé dans une cour royale ou impériale. Pardonnez-moi si je m'échauffe : c'est que j'aime tant cet homme ! "

   Le 8 avril 1789, Mozart entreprit, dans la voiture de son élève le prince Karl von Lichnowski, un nouveau voyage qui le mena à Prague, Dresde, Leipzig, Postdam. À Leipzig, où Jean-Sébastien Bach avait vécu pendant de nombreuses années, il " se fit entendre gratuitement sur l'orgue de la Thomaskirche " et joua " une heure entière devant un nombreux auditoire d'une manière pleine de bonté et d'art " (déclaration d'un contemporain citée par Reichardt). À Postdam, il fut reçu par Frédéric-Guillaume II, bon violoncelliste amateur pour lequel il écrivit, en juin 1789, mai et juin 1790, les trois Quatuors à cordes K.575, 589 et 590 (pour le roi de Prusse, Haydn avait composé ses Quatuors op. 50).

   Après son retour à Vienne, le 4 juin 1789, Mozart reçut, de la cour impériale, la commande d'un nouvel opéra pour le prochain carnaval. À l'époque, il affrontait les pires difficultés matérielles, ainsi qu'en témoigne la poignante lettre du 12 juillet adressée à Michaël Puchberg : " Me voici dans une situation telle que je ne peux la souhaiter même à mon pire ennemi ! Et si vous, mon excellent ami et frère, vous m'abandonnez, je suis " aussi malheureusement qu'innocemment " perdu, moi, ma pauvre femme malade et mon enfant. " On imagine ce que, d'un tel désarroi moral, un compositeur romantique eût tiré d'exhibitionnisme complaisant… Chez Mozart, comme chez tout " honnête homme " de la fin du XVIIIe siècle, il n'était pas question d'exposer ses problèmes personnels sur la place publique. C'est pourquoi il composa un Cosí fan tutte plein de fraîcheur, de tendresse et dont tous les aspects tragiques (car, dans l'argument bâti par Da Ponte, il y en a !) ne nous sont jamais crûment violemment présentés. La première répétition avec orchestre de Cosí fan tutte eut lieu le 21 janvier 1790 en présence de Puchberg et de Joseph Haydn. Donnée, cinq jours plus tard, en " première mondiale ", l'œuvre obtint un succès correct, sans plus… Cette fois-ci, le comte Zinzendorf, qui, sept ans et demi auparavant, n'avait pas apprécié l'Enlèvement au sérail, alla jusqu'à noter dans son journal que " la musique (était) charmante et le sujet fort amusant ".

La fin

Nous en arrivons à cette année 1791 au cours de laquelle Mozart écrivit tant de chefs-d'œuvre ­ comme si des forces nouvelles et inépuisables lui avaient été accordées ­ et dont, pourtant, il ne vécut pas les derniers jours. Le Concerto pour piano et orchestre K.595, le Quintette à cordes en mi bémol majeur K.614, l'Ave verum K.619, la Clémence de Titus, la Flûte enchantée, le Concerto pour cor inachevé K.412, terminé par Süssmayr, le Concerto pour clarinette K.622, le Requiem inachevé K.626 : tel est, réduit à ses composantes essentielles, le bilan de cette étape ultime sur le chemin de la beauté et de la vérité. Au printemps, Mozart commença à travailler à la Flûte enchantée (Die Zauberflöte), dont le livret avait été rédigé par Emmanuel Schikaneder, directeur du théâtre Auf der Wieden, im Freihaus. Début août, le théâtre national de Prague lui commanda, sur le sujet imposé de La Clemenza di Tito (livret de Métastase), un opera seria pour les fêtes du couronnement de Léopold II comme roi de Bohême. La " première " devant avoir lieu le 6 septembre et, par conséquent, disposant d'un très court délai, il se fit aider, dans la rédaction des récitatifs, par son élève Franz Xaver Süssmayer. C'est avec ce dernier, qui, quelques mois plus tard, allait terminer le Requiem, qu'il se rendit à Prague, où il resta peu de temps. L'histoire anecdotique veut que, au moment du départ pour Prague, certain inconnu l'ait abordé pour lui demander où en était la messe de requiem qu'il lui avait récemment demandée. On sait maintenant ­ depuis pas mal de temps, d'ailleurs ­ que les histoires mystérieuses sur l'origine du Requiem relèvent de la légende et que la commande de l'œuvre en question (laquelle émanait du comte Walsegg) fit l'objet d'un contrat en bonne et due forme passée par devant le notaire.

   Le 30 septembre 1791, la Flûte enchantée était représentée pour la première fois à Vienne avec, notamment, Schikaneder dans le rôle de Papageno. Le premier acte déconcerta les auditeurs, mais la suite déchaîna les applaudissements. Et pourtant, selon la Berliner Musikalische Zeitung (1793) : " L'admirable musique de Mozart fut massacrée à tel point qu'elle vous aurait fait fuir de dégoût. On ne pouvait y entendre ni un seul chanteur ni une seule chanteuse qui sorte seulement de la médiocrité. " Ces déplorables conditions d'exécution ­ à supposer qu'elles fussent aussi mauvaises ! ­ n'influèrent pas négativement, semble-t-il, sur un succès qui, au contraire, se confirma les jours suivants.

   Mais de ce succès, qui aurait pu relancer sa carrière, Mozart n'en profita pas beaucoup. Car, le 5 décembre 1791, à minuit cinquante-cinq, il avait cessé de vivre. L'événement fit peu de bruit, l'enterrement fut des plus modestes. Le temps n'était pas mauvais, mais seuls quelques amis suivirent le corbillard, et l'on égara, dans l'anonymat de la fosse commune, le corps de cet homme exceptionnel. Haydn était à Londres lorsqu'il apprit la nouvelle. Il mesura aussitôt, lui, la perte irréparable que l'humanité venait de subir. " Pendant quelque temps, écrivit-il en janvier 1792 à Michaël Puchberg, je fus hors de moi à cause de sa mort. Je ne pouvais croire que la Providence eût si tôt repris la vie d'un homme indispensable. Par-dessus tout, je regrette qu'avant sa mort il n'ait pu convaincre les Anglais, qui marchent dans les ténèbres à ce propos, de ce que je leur prêche jour après jour… Soyez assez aimable, mon cher ami, pour m'envoyer une liste de ses œuvres inconnues ici : je consacrerai tous mes efforts à les promouvoir au bénéfice de sa veuve. J'ai écrit, il y a trois semaines, à la pauvre femme et lui ai dit que lorsque son fils préféré atteindrait l'âge nécessaire, je consacrerai toutes mes forces à lui donner des leçons de composition, gratuitement, de telle sorte qu'il puisse, d'une certaine manière, remplacer son père. "

   De Constance Weber, Mozart avait eu six enfants, quatre garçons et deux filles. Quatre d'entre eux, Raymond-Leopold, Thomas Johann-Thomas-Leopold, Thérèse, Anna-Maria, étaient morts en bas âge, ce qui n'avait rien d'étonnant compte tenu de l'effroyable mortalité infantile de l'époque. Après la disparition de Wolfgang, Constance se retrouva avec un fils de sept ans, Karl Thomas, et un tout petit Franz Xaver né le 26 juillet 1791. Par la suite, le premier devint fonctionnaire à Milan, où il mourut en 1858. Quant au second (c'est probablement à lui que Joseph Haydn fait allusion dans sa lettre à Puchberg), il eut des maîtres tels que Neukomm, Hummel (ancien élève de son père), Albrechtsberger, Vogler, Salieri, vécut comme musicien professionnel ­ pianiste et compositeur ­ et termina sa vie à Karlsbad, le 29 juillet 1844. Ce fut, semble-t-il, un créateur estimable, que la postérité eût peut-être mieux traité si le génie paternel ne l'avait doté d'un terrible handicap.

   Dans sa musique, Mozart n'a rien d'un révolutionnaire comme Schönberg ou d'un expérimentateur comme Haydn. À l'instar de Schubert, quelques années plus tard, il se satisfait des formes et des structures établies par ses devanciers ou par ses contemporains. Mais, par la perfection de son écriture, la richesse, l'originalité, le renouvellement quasi permanent de son inspiration, l'acuité d'une sensibilité toujours en éveil, il " transcende " tous les schémas, toutes les organisations à l'intérieur desquels il se meut. Contrairement à Joseph Haydn, grand magicien de la musique instrumentale, il trouve dans le théâtre chanté l'expression la plus directe, la plus pure de son génie dramatique. Mais il partage aussi, avec Jean-Sébastien Bach, le privilège de réussir souverainement dans tous les genres qu'il aborde. La symphonie, par exemple, n'est pas vraiment au centre de ses préoccupations principales. Mais il écrit des symphonies sublimes qui, pour l'époque, sont les seules qu'on puisse mettre en parallèle avec celles du Kapellmeister d'Eszterháza.

   De Haydn, dont la pensée discursive et poétique tout à la fois le remplit d'admiration, il apprend l'art du développement thématique, des enchaînements logiques et irréfutables. Mais, plus que Haydn qui, pour échafauder une construction grandiose, se contente souvent d'un thème, voire d'un motif banal, Mozart compte aussi sur le pouvoir expressif, sur la puissance de séduction du beau chant, du cantabile souple, généreux, tel qu'il l'a découvert en Italie. C'est pourquoi, sans doute, il a tant d'estime pour Johann Christian Bach (le Bach de Londres) et pour sa délicieuse musique " galante ". L'inconvénient avec lui ­ si l'on peut dire ! ­ c'est qu'il n'a pas de véritable descendance. Sans Joseph Haydn et sa prodigieuse évolution esthétique, Beethoven et ­ quoi qu'on en ait dit ­ une bonne part du romantisme sont inexplicables, impensables. Mozart, auquel d'aucuns se sont longtemps référés pour évoquer les notions restrictives de grâce, de raffinement, de " joliesse ", demeure unique, inclassable. Est-ce cela qui nous le rend si précieux ?

Cet article est extrait de l'ouvrage ci-dessous:
Dictionnaire de la musique Dictionnaire de la musique Voir sa fiche
Plan de l'article
À voir aussi dans Larousse
Médias
  • Joseph Quaglio, esquisse de décor pour <I>Don Giovanni</I>
  • Michel Barthélemy Ollivier, <i>[…] la cour du prince de Conti écoutant le jeune Mozart</i>
  • Partitions de Wolfgang Amadeus Mozart
  • Wolfgang Amadeus Mozart
  • Wolfgang Amadeus Mozart, <I>Ah, lo previdi</I>, air de concert, KV 272
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette en la majeur, K. 622 (2<SUP>e</SUP> mouvement, adagio)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour piano et orchestre n° 20 en ré mineur KV 466 (2<SUP>e</SUP> mouvement, romanza)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, costume pour <I>Idoménée, roi de Crète</I>
  • Wolfgang Amadeus Mozart, <I>Don Giovanni</I> : air « Or sai chi l'onore » (Donna Anna)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, <I>Don Giovanni</I> : ouverture
  • Wolfgang Amadeus Mozart, <I>la Flûte enchantée</I> : air « Ach, ich fühl's » (Pamina)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, <I>la Flûte enchantée</I>
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Sérénade n° 13, « Une Petite Musique de Nuit », KV 525 (finale. Rondo : allegro)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, K. 543 (finale : allegro)
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Symphonie n° 40 en sol mineur, K. 550 (1<SUP>er</SUP> mouvement, allegro molto)

Voir plus