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Étienne, dit Stéphane Mallarmé

Claude Debussy, Prélude à l'Après-midi d'un faune
Claude Debussy, Prélude à l'Après-midi d'un faune

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Poète français (Paris 1842 – Valvins, Seine-et-Marne 1898).

Stéphane Mallarmé a exercé une influence fondamentale sur la littérature, mais aussi sur la musique moderne. Il mène une activité très monotone de bureaucrate et de professeur d'anglais à Tournon, Besançon et Avignon, avant de s'installer définitivement à Paris et d'y vivre très retiré jusqu'en 1884. Il consacre sa vie à la création du Livre, « instrument spirituel » se proposant « l'explication orphique de la Terre ». Très attiré par la poésie des parnassiens, bouleversé par les Fleurs du mal de Charles Baudelaire et par les poèmes d'Edgar Allan Poe (qu'il traduit en 1888-1889), il proclame dès 1862 la nécessité d'une œuvre complexe et difficile d'accès parce qu'ambitieuse. Après ses premiers poèmes qui reprennent des thèmes baudelairiens, il écrit Hérodiade (1864-1869), poème tragique de la difficulté d'être, de l'absence, du monde abstrait, de l'idée pure. Parallèlement, il compose l'Après-Midi d'un faune (1865-1876), que Claude Debussy transpose en musique (1894). Après une période de doute (1866), Mallarmé redéfinit sa conception de la poésie, expérience métaphysique transposant les objets sur le plan de l'esprit : il s'agit de « peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit », en cherchant à bannir à jamais le hasard de la création artistique. Le conte particulièrement dense d'Igitur ou la Folie d'Elbeknon (1867-1880), les Tombeaux, hommage à Poe et Baudelaire (1877), enfin la Prose pour des Esseintes (1885) sont considérés par le poète comme des fragments énigmatiques du « grand œuvre auquel ne suffit pas une vie », comme des bribes victorieusement arrachées au « vieux monstre de l'impuissance ». Consacré par Paul Verlaine (cf. les Poètes maudits, 1883) et Joris-Karl Huysmans (À rebours, 1884), Mallarmé devient brusquement en 1884 « chef de file », maître de la génération symboliste qui commence à se réunir chez lui, rue de Rome : là ont lieu les lectures du Livre. Il meurt une année après avoir écrit le poème Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (1897), chef-d'œuvre de sa pensée poétique. La subtilité musicale des poèmes mallarméens a été particulièrement attrayante pour les compositeurs sensibles à son univers imaginaire et à la substance proprement phonique de son langage poétique.

Après sa première mise en musique d'un poème de Mallarmé ­ Apparition pour voix et piano (1882-1884) ­, Debussy écrit le Prélude à l'après-midi d'un jaune pour orchestre (1892-1894), mais aussi Trois Ballades de Mallarmé (Soupir, Placet futile et Éventail, 1913) pour voix et piano. Sainte pour voix et piano (1896) et Trois Poèmes de Mallarmé pour voix, piano, quatuor à cordes, deux flûtes et deux clarinettes (1930) forment l'hommage de Maurice Ravel à l'art poétique de Mallarmé. La musique des trente dernières années témoigne d'un grand intérêt pour l'art poétique et les visées théoriques de Mallarmé. Ainsi, deux œuvres capitales de Pierre Boulez, Pli selon pli/Portrait de Mallarmé (qui met en musique les sonnets le Vierge, le Vivace et le bel Aujourd'hui, Une dentelle s'abolit et À la nue accablante tue) et la Troisième Sonate pour piano (qui cherche la transposition musicale du projet mallarméen du Livre) s'inspirent directement de la recherche mallarméenne, car « dans le domaine de l'organisation de la structure mentale de l'œuvre, certains écrivains sont allés beaucoup plus loin que les musiciens » (P. Boulez). Fasciné par l'art poétique mallarméen, par la technique de la « croissance continue » dans l'œuvre conçue comme un « univers en expansion » (P. Boulez), par « l'espacement de la lecture », par la permutabilité des fragments, par « les symétries créatrices » et par « les particularités formelles, visuelles, physiques et décoratives » du Livre mallarméen, Boulez cherche à réaliser avec les moyens du musicien contemporain les projets partiellement menés à bien par Mallarmé. L'orientation structuraliste de l'époque postsérielle, ainsi que la recherche de « l'œuvre ouverte » dans laquelle « il y a et il n'y a pas de hasard » rejoignent curieusement les aspirations mallarméennes. Le parallélisme entre les principes formels des œuvres de Boulez inspirées directement par Mallarmé, d'une part, et ceux des œuvres « ouvertes », réalisées au cours des années 1960-1970 indépendamment de l'influence du poète, d'autre part, prouve la contemporanéité incontestable des recherches mallarméennes.