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Israël

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Depuis la création de l'État d'Israël (1948), la musique a bénéficié de l'essor qu'elle a connu dès le début du siècle, puis entre les deux guerres, grâce à la fondation d'académies, d'écoles et d'orchestres, ainsi qu'à l'activité d'une radio également attentive à son expression populaire et artistique. L'arrivée d'immigrants formés dans des disciplines et des cultures différentes et se retrouvant alors face à un héritage commun a provoqué, chez les compositeurs, le désir de donner son identité à la musique israélienne en exaltant une unité qui a résisté à la diversité des temps et des lieux, soit par l'emprunt à l'élément folklorique, soit par l'homogénéité des formes et du langage. Il n'est donc pas surprenant qu'une gamme de styles exceptionnellement étendue traduise cette rencontre du passé et du présent, du chant israélien et des syntaxes enseignées dans les conservatoires de l'Europe et du Nouveau Monde. À une période d'acclimatation reflétant les problèmes posés par cette synthèse, le métier, l'instinct et la ferveur des compositeurs ont apporté des solutions généralement valables mais qui ont rarement atteint à une expression universelle. La plus courante, principalement chez les aînés (Paul Ben Haïm, Erich Walter Sternberg, Artur Gelbrun, Joachim Stutschewsky, Oedöen Partos ou Alexander Boskovich), consiste à s'inspirer des thèmes juifs, qu'ils soient ceux de l'Europe centrale ou orientale, dans une esthétique néoclassique ou néoromantique. L'héritage traditionnel s'y voit tour à tour confronté au langage tonal, aux éléments de modalité, au style polyphonique de la Renaissance ou de l'époque baroque, aux formules harmoniques des impressionnistes et de leurs successeurs, à une instrumentation ou à des formes musicales évoquant l'esprit slave ou oriental. D'autres créateurs, utilisant toutes les ressources de la musique occidentale de leur temps, n'ont pas craint, au contraire, de transposer les éléments mélodiques d'autrefois au cœur des tendances les plus modernes, expressionnisme, technique sérielle, aléatoire et même électro-acoustique. Mordecai Seter avec son ballet Judith et sa symphonie Jérusalem peut être considéré comme un des plus audacieux pionniers de cette esthétique ; mais il faut citer également Ben-Zion Orgad, Yehosha Lakner, Noam Sheriff (Chant des Degrés), Jacob Avni (Collage), Ami Maayani, Abel Ehrlich, Asher Ben Yohanan, Ram Da-Oz et surtout Sergiu Natra, dont Dedications, créé au festival d'Israël en 1972, est l'une des partitions maîtresses de ces dernières décennies. Il en résulte souvent des œuvres hybrides justifiant l'attitude d'autres compositeurs indifférents à toute idée de nationalisme et qui ont adopté le système dodécaphonique ou les moyens électroniques sans références, ni allusions à la liturgie juive. C'est le cas de Roman Haubenstock-Ramati, l'une des personnalités saillantes de l'avant-garde actuelle et qui a tenté une convergence particulièrement attachante de l'esthétique postsérielle et des tendances propres à l'école française contemporaine. Citons aussi Josef Tal, dont les premières partitions se rattachent à l'expressionnisme et qui a été le pionnier de l'électroacoustique en Israël (il a fondé à Jérusalem, en 1961, un centre de musique électronique), Yizchak Sadaï, Herbert Brün et Yaakov Gilbao, ainsi que le musicologue Peter Gradenwitz, dont l'activité comme auteur, compositeur et animateur de la Société internationale pour la musique contemporaine à Tel-Aviv est d'une extrême importance. Dans ce domaine, toutefois, aucune solution vraiment originale ne s'est présentée en marge des recherches auxquelles se livrent les jeunes générations, fût-ce dans l'attitude provocatrice de certains chefs de file (Yehuda Yannai, « supermoderne et hyperindépendant »).

Ces différentes expressions d'une école musicale, qui ne demande qu'à naître et à s'épanouir, sont cependant encouragées par une politique musicale plus efficace que dans aucun autre pays du monde et qui est parvenue à imposer une conception de la musique elle-même très différente de celle que partagent Orientaux et Occidentaux. Un dixième de la population de Tel-Aviv suit régulièrement les concerts de l'orchestre et les différents festivals organisés depuis vingt-cinq ans, auxquels participent, du reste, plus ou moins bénévolement, les plus grands artistes internationaux.