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Irlande

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Avant d'être, au vie siècle, l'un des plus brillants foyers de civilisation chrétienne, l'Irlande réserva sans doute, dès les temps les plus anciens, une place importante à la musique. Liée aux cérémonies religieuses et profanes, cette dernière participait même aux scènes de sorcellerie, où les harpistes, légendaires depuis les premiers âges de l'humanité, jouaient déjà leur rôle. Instrument de forme et de taille variables, la harpe triangulaire importée par les hordes septentrionales ne s'imposa pourtant qu'à partir du xie siècle, époque où les bardes adoptèrent une partie des accents poétiques pour noter leurs compositions (débuts de la notation musicale). À côté du clairseach dont l'origine se perd dans la nuit des temps, les trois autres harpes irlandaises étaient le Keirnine, le Cionar Cruit, et le Creamthine Cruit à six cordes, l'ancêtre du crwth.

Les anciens Irlandais utilisaient également, pour leurs cérémonies religieuses, une sorte de cor qu'ils suspendaient aux arbres sacrés, et connaissaient plusieurs trompettes, le Stuic, à large embouchure, pour convoquer les assemblées et proclamer les phases de la lune, le Corna, trompe de chasse ou de bataille, le Dudag, clairon aigu, le Gall-Trompa, probablement d'origine anglaise, et le Blasog, conque marine d'origine écossaise.

Parmi les chants nationaux, le Pharroh, en l'honneur d'un géant légendaire, est le plus connu de ceux qu'on chantait en allant au combat. La musique en est malheureusement perdue, de même que celle de l'ancien Ceanan, antérieur à la notation, et qui était différent selon les provinces, ou que celle des harpistes irlandais, célèbres dans toute l'Europe, et auxquels Dante et Galilée devaient rendre hommage, sans évoquer toutefois avec précision le genre de musique qu'ils faisaient entendre. Le seul témoignage nous en est fourni par un document du xviie siècle transcrit d'un manuscrit antérieur, musique d'une grande originalité harmonique comportant notamment des accords qu'on jugeait alors dissonants dans le reste de l'Europe et dont la saveur fait souvent penser à ceux des maîtres français de la fin du xixe siècle.

Cette originalité se retrouve, au même moment, dans la polyphonie en usage en Irlande comme en Écosse et au pays de Galles, et dont l'évolution devait être paralysée par les remous historiques. Pratiqué cependant dès le xie siècle en fonction des tierces et des sixtes, le chant à plusieurs voix se réclamait d'une tradition plus populaire que savante et les autres instruments typiquement irlandais (cithare, tympanon, fidil ou piopai, sorte de cornemuse) ne tardèrent pas à s'emparer des transcriptions de chansons et madrigaux en attendant les « fantaisies » d'un Dowland pour ensemble de violes de gambe.

Lionel Power (xve s.) et Thomas Bateson (1570-1630) sont les plus anciens compositeurs connus ayant vécu en Irlande, le premier par ses pièces polyphoniques et son traité qui condamne les octaves, quintes et quartes successives, le second par ses madrigaux. L'illustre Dowland (1562-1626), revendiqué par l'école anglaise, n'en est pas moins natif de Dublin et pourrait être considéré, à ce titre, comme le créateur le plus important de son pays. Et c'est paradoxalement à Turlough Carolan (1670-1738) que cette renommée se trouve réservée pour ses 220 compositions de poète-harpiste où l'élégie le dispute à la gaieté et le style traditionnel (gammes défectives) à une manière bâtarde, largement influencée par la musique italienne.

Un riche folklore

L'Irlande a su garder sa personnalité en face de l'Angleterre et des différents éléments importés du continent, même quand la langue irlandaise fut bannie des écoles, au cours de la seconde moitié du xixe siècle. Les mélodies populaires, d'abord recueillies et éditées par Thomas Moore (1808-1834) avec des paroles nouvelles dont il était l'auteur, ont fait l'objet d'un certain nombre de publications (l'Irish Folklore Commission en a réuni plus de 3 000) et leur originalité n'a pas cessé de s'imposer, au mépris d'une désaffection qui les avait frappées parallèlement au déclin de la harpe : airs à boire, complaintes, berceuses ou chansons de métier, toutes les variétés d'expression s'y retrouvent dans des thèmes d'une grande séduction et d'une structure raffinée, construits le plus souvent sur l'échelle pentatonique, sans perdre pour autant leur caractère strictement majeur.

Pendant longtemps, cependant, la tradition s'en maintint seulement dans les campagnes, alors que la musique des citadins s'inscrivit, de près ou de loin, dans le sillage de l'Angleterre (accueil des musiciens anglais après la Réforme), quand elle eut échappé aux vicissitudes de l'histoire ou de sa propre destinée (sous le régime de Cromwell, par exemple, on détruisit instruments et partitions).

L'essor de Dublin

La seconde moitié du xviie siècle vit pourtant l'essor de Dublin comme centre d'activité musicale. L'Hiberian Catch Club, fondé en 1680, organisait des concerts et des représentations d'opéras, suivi, au début du siècle suivant, par la Charitable Music Society (1716), les Santa Cecilia Celebrations (1723) et l'Anacreontic Society (1729). L'apport de ces différents organismes fut tel que, en quelques années, l'Académie de musique fit construire deux salles nouvelles, le Crow Street Hall (1730) pour la musique italienne, et le New Musick Hall (1741), où Haendel devait conduire la première du Messie.

Les compositeurs, anglais ou italiens, visitaient alors volontiers l'Irlande : Arne, Geminiani. Et, quand une chaire de musique fut annexée à l'université de Dublin (1764), les premiers créateurs natifs du pays (lord Mornington, Philip Cogan ou Garrett Colly Wellesley) n'hésitèrent pas à se faire connaître, même à l'étranger. Ainsi John Field (1782-1837) connut-il une carrière internationale de pianiste avant de devenir, pour la postérité, l'inventeur du nocturne dont Chopin allait reprendre la coupe et l'expression. Après lui, Michael Balfe (1808-1870) et W. V. Wallace (1812-1865) purent être considérés comme les pionniers de l'école irlandaise, bientôt suivis de R. Prescott Stewart (1825-1894), qui fut professeur à l'université de Dublin, et de Ch. V. Stanford (1852-1924), qui publia un certain nombre de chansons populaires et s'en inspira (Irish Symphony, rapsodies irlandaises, etc.). Rares sont, cependant, ceux qui ont su dépasser le stade d'imitateurs de Mendelssohn ou de Brahms, qu'ils soient Th. S. Cooke, auteur d'opéras, G. A. Osborne, qui fut l'ami de Chopin et de Berlioz, ou Francis Robinson. Plus près de nous, E. J. Moeran (1894-1950) s'est fait une réputation en tentant de redonner la vie au matériau folklorique, à la suite de sa rencontre avec James Joyce, et Hamilton Harty (1879-1941) a mis son expérience de chef d'orchestre au service de plusieurs pages symphoniques également inspirées de la terre natale. Citons, dans la même génération, Herbert Hugues, Norman Hay, C. Hardebeck, J. Larchet, Arthur Duff et Brian Boydell.

Vie musicale et festivals

En faisant la part belle aux œuvres contemporaines, le festival de Dublin a révélé, depuis sa fondation, nombre de compositeurs de talent, dont les techniques compositionnelles admettent les différents courants de leur génération : John Kinselle, Aloys Fleischmann, Maeve Foxworthy, Edgar M. Deale ou Gerard Victory, directeur de la musique à la radio de Dublin et qui s'est souvent inspiré de la littérature française (son opéra Chatterton d'après Vigny, Voyelles d'après Rimbaud, etc.).

Si l'audience de ces musiciens a rarement dépassé les limites de l'Irlande, la vie musicale à Dublin et dans les grands centres (Belfast, Cork, etc.) n'en est pas moins active et les festivals donnent temporairement à certaines villes l'occasion de servir brillamment la cause de la musique : Killarney avec son festival Bach, Kilkenny avec sa « Semaine » musicale d'août, Waterford avec son festival international d'opéra-comique, Cork avec son festival international de chant choral et de danse folklorique, les manoirs géorgiens de Headfort, Castletown, Carton et Slane avec leurs programmes de musique de chambre, et surtout Wexford avec son festival d'opéra.