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Indonésie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Les nombreuses îles qui constituent l'Indonésie n'ont pas de tradition musicale commune, bien que les mêmes influences culturelles (hindoue et chinoise principalement, puis arabo-persane) y aient modifié peu à peu le fonds indigène. Chacune d'entre elles offre, du reste, une même variété entre le style pratiqué sur les côtes, plus sensible aux apports extérieurs, et celui des populations rurales, bien qu'une parenté évidente existe entre les instruments de musique qu'on y rencontre : familles des percussions (tambours, castagnettes, kendang, ketipoung, keprak, penountong), des gongs (kempoul, bendé, beri, kempyang, etc.), des xylophones (saron, gambang gongsa, gambang kayou, gender), des flûtes (souling, selompret), des cordes (rebab, gambus), des orgues à bouche ou des harpes (tjelempung).

Il n'existe pas de diapason fixe ­ les sons de référence admettant entre eux, suivant les régions, des différences d'une fraction de ton à deux tons ­ et pas davantage d'harmonie codifiée. Les mélodies que l'on joue à certaines occasions (repas, bienvenues, départs, mariages, fêtes ou combats) sont seulement réparties en trois catégories (laras), selon qu'elles sont exécutées aux heures du jour ou de la nuit. Une place de plus en plus grande est maintenant réservée aux instruments pour accompagner les danses, alors que la musique vocale fut longtemps suffisante pour ce rôle.

Les danses sont innombrables et régies tant par la tradition que par le droit coutumier indigène. Si Java et Bali se sont réservé, comme pour la musique, les manifestations les plus spectaculaires de l'Indonésie, d'autres îles (Sumatra, Célèbes, Nias) ont leurs danses propres, qui revêtent volontiers un caractère sacré (les « bissu » des Célèbes sont des prêtres).

Le gamelan javanais

Sur le plan musical et chorégraphique, c'est cependant à Java et à Bali que l'activité a été le plus développée et que l'on trouve les éléments les plus originaux. Avec l'orchestre occidental, le gamelan javanais est le seul ensemble instrumental constitué par différents groupes ou familles, mais pour chacun desquels une fonction particulière est dévolue. Il existe, du reste, différentes compositions de gamelans, suivant les lieux ou le rôle qu'ils doivent jouer : gamelan gong, le plus important, avec une majorité d'instruments de métal (le grand orchestre complet peut avoir plus de 75 instruments et de 36 musiciens) ; gamelan djoged, ne comportant que des instruments de bois ou de bambou ; gamelan gending, unissant les sarons aux rebabs, flûtes, gongs et tambours pour donner le schéma de la pièce musicale, que les genders (xylophones à 11, 12, 13 ou 14 lames de métal avec résonateurs auxiliaires en bambou) et les bonangs (timbales en métal posées sur des cordes tendues), kenongs et ketouks vont étoffer en paraphrasant le texte primitif. Si les mélodies ne sont que l'union de quelques notes dans des tonalités et des modalités déconcertantes pour l'oreille occidentale, les rythmes sont d'une grande souplesse (l'un des procédés rythmiques favoris des Javanais consiste à répéter une note importante en sextolets), et le contrepoint très complexe (Debussy les admire beaucoup lors de l'Exposition de 1889).

On distingue deux systèmes de tonalités : le pelog, aux intervalles inégaux et où les sons sont près les uns des autres, et le salendro, moins compliqué, où l'octave est divisée en cinq intervalles à peu près égaux, donnant naissance à des airs d'une plus grande amplitude. Le pelog, d'une expression mélancolique et féminine, accompagne les légendes du cycle javanais ; le salendro, plus sévère, violent et masculin, accompagne le pandji ou le wayang, dont les héros sont ceux du Ramayana hindou. Cette épopée a donné naissance à diverses interprétations modernes, dont le Langen Mandra Wanara (1890 ; œuvre du Pangeran Yudanegara, 1865-1933), opéra chanté par les danseurs eux-mêmes, avec accompagnement d'un orchestre gamelan et d'un chœur de femmes. Forme théâtrale d'une grande originalité, où les dialogues sont chantés sous la forme d'un récitatif permanent très orné, cependant que la chorégraphie est « cekengan » (position dominante accroupie sur les genoux ou assise).

Plus récemment, les influences orientales (Chine, Inde) et occidentales (Europe ou Amérique) ont donné naissance à différents styles, où l'authenticité de l'élément indigène se trouve fortement compromise, notamment par l'incursion de notes étrangères à la gamme pentatonique, sur laquelle sont accordés les instruments du gamelan. Cela confère à la musique vocale un curieux mélange de mélopées originales et de thèmes d'allure anglo-américaine.

La musique balinaise

À Bali, terre de riche culture musicale, la tradition a force de loi depuis des temps immémoriaux au nom d'une conception religieuse qui fait des instruments et des sons qu'on en tire des manifestations « pituron », c'est-à-dire « descendues du ciel ». Dans les plus petits villages, on rencontre des ensembles semblables aux gamelans javanais et dont les exécutants se transmettent le répertoire et la technique par le simple jeu d'une pratique à laquelle on participe dès le plus jeune âge. Les instruments y sont, à peu de chose près, ceux des Javanais : souling (flûte), rebab, gongs de différentes tailles, lames de métal et tambours coniques. Comme à Java également, la musique est pentatonique, malgré l'existence d'une gamme heptatonique dans la musique rituelle accompagnant le chant du kidung et à laquelle participe l'ensemble saron (ou tjaruk : 2 gangsas à 7 touches en bronze, 1 saron menanga à 7 touches de bambou et 1 saron pengulu à 8 touches), uniquement joué par des prêtres. Le même caractère sacré s'attache, du reste, aux autres ensembles (selunding, gamhang ou gong luang) spécialisés dans cette musique rituelle, riche d'éléments autochtones balinais.

Autrefois influencée par les gamelans javanais apportés par les émigrants hindous, la musique classique balinaise a évolué d'une manière originale qui la rend aujourd'hui bien différente de celle de Java, et les gamelans y sont beaucoup plus divers. Le gambuh est celui qui accompagne l'opéra balinais et comprend deux grandes flûtes (suling gambuh), le rebab et de nombreuses percussions. Le gong gédé est celui des cérémonies et ne comprend ni rebab ni suling, instruments peu conformes à son caractère solennel, même quand il accompagne le topeng (jeu de masques évoquant le passé des princes). Le gender wayang, utilisé pour illustrer le jeu d'ombres wayang kulit, où sont récitées les épopées du Ramayana et du Mahabharata, comprend quatre genders et des percussions, et le gamelan angklung, utilisé pour les cérémonies funèbres, se réserve une gamme de 4 sons répartis entre les différents genders, une petite flûte et des tambours minuscules.

Les dernières décennies ont vu, cependant, se modifier, sous des influences diverses, la musique traditionnelle de Bali. Le style kebijar a notamment imposé une violence d'accentuation et de rythmes qui en a altéré considérablement la physionomie, entraînant des innovations plus discutables, telles que le djoged grantang ou le djanger dérivé des cérémonies d'exorcisme.

D'autres îles, d'autres spécialités

En dehors de Java et de Bali, les autres îles ont gardé leurs spécialités. À Sumatra, suivant les régions, on distingue, par exemple, plusieurs orchestres rappelant le gamelan : le thouling (flûte, tambour à main et 2 cymbales), utilisé pour les jeux et les combats de taureaux ; le geundrang (tambour et 1 thronne, sorte de clarinette), pour les cortèges ; le bioula (rebab, 6 tambours et 1 gong) et l'harenbab (rebab et 2 tambours à main), pour la récitation des pantouns. D'autres ensembles, notamment chez les Bataks, obéissent à des formations différentes soit pour accompagner le chant, nasillard et guttural, qui est l'une des caractéristiques de Sumatra, soit pour soutenir les danses très variées, allant de l'hoda-hoda (danse de chevaux, primitivement danse funéraire) aux emportements extatiques avec transe ou poignard.

Nias a la spécialité des danses accompagnées d'instruments tels que la cithare en bambou, la flûte nasale, le doli-doli (clavier en bois) et les tambours, mais non de musique vocale, qui emploie comme seuls intervalles les tierces majeures et mineures. Bornéo a gardé un certain nombre d'instruments originaux, comme le gela (sorte de violon fait d'un labou tendu sur une peau de poisson), la flûte de jonc, le kromang (sorte de saron) ou le kledi (plusieurs tuyaux de bambou réunis dans une noix de coco), qu'on ne joue que lors des retours de combat. À Flores, on trouve les flûtes doubles ou triples, des xylophones dont les lames sont posées sur les jambes, des cithares et des guimbardes originales ainsi que des chanteurs, qui sont parmi les meilleurs d'Indonésie. Les Célèbes ont l'exclusivité du katjapi, luth à caisse naviforme, et du keso-keso, sorte de violon en forme de mandoline renversée, à 2 cordes ; Lombok a celle du méong, en bois en forme de chat portant sur son dos deux cymbales en laiton, qu'on frappe avec deux autres cymbales ; Roti celle du pesandon, guitare à 12 cordes qu'on joue entre les genoux ; Makian celle de l'iskilmaia, sorte de clarinette qui accompagne le lego, chant relatant les événements quotidiens ; Soumba celle de la guitare à 2 cordes, qu'on joue avec l'ongle du petit doigt ; Timor celle du dakado, guitare à 5 cordes, et d'une flûte de 70 cm avec embouchure au milieu ; Halmaheira celle du toutalo, baguette de 85 cm reposant sur une demi-coquille de coco avec une corde en laiton qu'on pince avec une aiguille attachée à l'index ; Wetter celle de la cithare de bambou à 10 cordes et de différents tambours, dont on se sert pour exorciser les malades ; Saparona celle du goumbang en bambou et de quelques flûtes, dont la réunion retrouve une sonorité d'orgue ; Céram celle du houé tahouri en bambou et de la corne-triton nommée metchoutoui.

Ajoutons qu'à Watoubela la musique se trouve prohibée, alors qu'à Amboine, pour accompagner les chants de jeunes filles, un accordéon, un violon et d'autres instruments d'importation se mêlent aux tambours, aux gongs et aux cymbales traditionnels et qu'à Leti, à Alor ou à Moa tout se passe en musique, la plus humble tâche quotidienne s'accomplissant en chantant.