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Finlande

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Pays longtemps isolé du reste du monde, sous domination tantôt suédoise, tantôt russe, la Finlande n'atteint son indépendance artistique qu'au xixe siècle, et politique au début du xxe siècle.

Les habitants primitifs, les Lapons, s'expriment par le chant pentatonique (joiku) dont 2 000 ans d'oppression n'ont pas réussi à éteindre la vitalité. Les envahisseurs finno-ougriens, venus de l'Oural, s'établissent en Finlande, en Estonie et en Hongrie et importent leur musique qui s'exprime sous des formes diverses : l'appel chanté du troupeau ; la musique instrumentale des flûtes et des cors d'écorce de bouleau ou de corne animale, instruments qui disparaissent les premiers et cèdent la place au kantele à 5 cordes, l'instrument national. À l'est, les pleureuses se transmettent les itkuvirsiä (« chants de pleureuse »), les chamans ont le privilège des chants magiques (loitsu) et les runonlaulajat (« chanteurs de vers ») récitent les poèmes inspirés des vieilles légendes (Kalevala, Kanteletar).

La colonisation suédoise en 1150 apporte avec la christianisation une forme de plain-chant originaire du diocèse de Cologne, mais ce n'est qu'en 1488 que le premier missel est édité (Missale Aboense) où transparaît la tradition dominicaine de Paris. La diffusion musicale s'effectue alors par le moyen des écoles religieuses et il nous en reste les précieuses Piæ cantiones ecclesiasticæ et scholasticæ veterum episcoporum recueillies par Ruutha Theodoricus (né en 1560) et dont la deuxième édition date de 1625. La musique savante profane naît à la cour du duc Johan, au château de Turku (Åbo) en 1557, mais il faut attendre 1790 pour assister simultanément à la création de la Turun Soitannollinen Seura (« Société musicale de Turku ») et à l'établissement d'une bibliothèque musicale, riche de près de 2 000 ouvrages. Erik Tulindberg (1761-1814), conseiller à la Chambre royale, est le premier nom de l'histoire de la musique finlandaise (6 quatuors à cordes, 1 concerto pour violon), et Henrik Crusell (1775-1838), le premier compositeur et musicien à entreprendre une carrière internationale.

En 1809, le pays passe sous domination russe, et Helsinki devient capitale en 1828 ; c'est alors que la conjonction des idées romantiques et des sentiments nationalistes nés à l'occasion de la libération de la domination suédoise et ensuite de la lutte contre l'oppression russe crée un mouvement irréversible et profond. Celui-ci, à travers l'édition du Kalevala (1re éd. 1835, éd. augmentée 1849) et du Kanteletar (1840) par Elias Lönnrot en passant par l'œuvre littéraire de Runeberg et de Snellman, se poursuit jusqu'à la libération en 1917 et donne naissance à une identité nationale qui s'exprime notamment dans toutes les formes artistiques.

Les premières bases d'une vie musicale

Tandis que naît une nouvelle expression musicale populaire qui part d'Ostrobotnie et se diffuse avec les pelimannit (du suédois spelman, « ménétrier ») et participe de la vie sociale finlandaise, à Helsinki, un Allemand, Frederik Pacius (1809-1891), élève de Ludwig Spohr, établit les premières bases d'une vie musicale. Ses successeurs, Richard Faltin (1835-1918), également allemand, et les Finlandais Axel Gabriel Ingelius (1822-1863) et Filip von Schantz (1835-1865) sont les pionniers d'un mouvement musical nationaliste (ouverture de Kullervo de von Schantz, 1860). Dès lors, les compositeurs découvrent la richesse de leur patrimoine ; ils s'intéressent non seulement aux textes mais également aux formules mélodiques et rythmiques de la musique des runonlaulajat. En témoigne l'édition, commencée en 1893 et qui se prolonge jusqu'en 1933, des Anciens poèmes du peuple finlandais, 33 volumes, qui réunit 1 270 000 pièces religieuses, danses, mélodies, fragments poétiques, œuvres pour kantele ou jouhikko (sorte de cithare à archet qui se trouve également en Estonie et en Suède : stråkharpa). Dès lors s'affirme et se développe une riche école de composition, esthétiquement tournée vers Leipzig et l'Allemagne : elle compte notamment parmi ses représentants Ernst Fredrik Fabritius (1842-1899), Martin Wegelius (1846-1906), fondateur de l'Institut de musique de Helsinki en 1882 (aujourd'hui l'Académie Sibelius), Robert Kajanus (1856-1933) qui crée en 1882 la Société orchestrale de Helsinki et va influencer le jeune Sibelius, Karl Flodin (1858-1925), Jean Sibelius (1865-1957), Ilmari Krohn (1867-1960), musicologue et spécialiste du folklore dont il édite près de 7 000 mélodies (Suomen kansan sävelmiä, 1893-1933), Oskar Merikanto (1868-1924), auteur de mélodies à succès, Armas Järnefelt (1869-1958), également chef d'orchestre réputé, Erkki Melartin (1875-1937), Heikki Klemetti (1876-1953), critique et créateur de la tradition chorale actuelle en Finlande, Selim Palmgren (1878-1951), surnommé le « Chopin du Nord », Toivo Kuula (1883-1918), trop tôt disparu, Armas Launis (1884-1959), dont plusieurs œuvres sont créées en France, Leevi Madetoja (1887-1947), symphoniste et auteur d'un des opéras nationaux Pohjalaisia (1923) et Heino Kaski (1885-1957).

Autour du style sibélien

Après la Première Guerre mondiale, la Finlande indépendante découvre de nouveaux horizons et se tourne vers l'Europe. Les plus jeunes et les plus doués des compositeurs de la nouvelle génération ne trouvent plus dans la vie de tous les jours la nécessité d'affirmer l'esprit nationaliste qui avait préoccupé leurs aînés. Deux tendances se dessinent alors. D'abord celle des traditionalistes qui se réfèrent à Sibelius et au Kalevala : Bengt von Törne (1891-1967), Ilmari Hannikainen (1892-1955), Taneli Kuusisto (1905), Nils-Erik Ringbom (1907-1988), Olavi Pesonen (1909-1993), Kalervo Tuukkanen (1909-1979), Ahti Sonninen (1914-1984), Nils-Eric Fougstedt (1910-1961), également chef d'orchestre apprécié, Tauno Pylkkänen (1918-1980), compositeur d'opéras véristes, et un musicien plus marginal, Sulo Salonen (1899-1976), compositeur apprécié de musique religieuse. L'autre tendance, plus diversifiée, a lutté contre la prééminence du style sibélien et de ce fait n'a pas toujours réussi à s'exprimer pleinement dans un pays où le culte du maître de Järvenpää a trop souvent tenu lieu de critère infaillible ; elle a pour représentants Ernest Pingoud (1888-1942) et Väinö Raitio (1891-1945), tournés vers les esthétiques de Scriabine, R. Strauss et Debussy, à la frontière de l'impressionnisme et de l'expressionnisme, Yrjö Kilpinen (1892-1959), auteur exclusif de lieder dans une tradition à la fois germanique et finnoise, et qui a été adopté par la propagande du troisième Reich, Aarre Merikanto (1893-1958), qui voit se fermer toutes les portes devant ses plus authentiques chefs-d'œuvre, et, notamment, son opéra Juha (1920-1922) qu'il n'a jamais entendu et qui est aujourd'hui considéré comme l'opéra national, ainsi que son Concert pour 9 instruments (1925), qui ouvre des voies nouvelles pour l'époque. Appartiennent également à cette génération Uuno Klami (1900-1961), qui réussit un intéressant amalgame de style de ses goûts cosmopolites, et Einar Englund (1916), qui, bien que reconnu après 1945, représente encore cette riche période musicale. Signalons aussi Sulho Ranta (1901-1960), Elmer Diktonius (1896-1961), progressiste plus connu encore par ses écrits que par sa musique, et Helvi Leiviskä (1902), femme compositeur à l'écriture et à la pensée musicale d'une grande fermeté.

À l'heure du modernisme

La rupture causée par la Seconde Guerre mondiale apporte à la vie musicale finlandaise un bouleversement comparable à celui de 1917. Entre 1940 et 1960, tous les représentants marquants de deux générations essentielles vont disparaître et, du fait du retard causé par six années de guerre, deux autres générations vont presque simultanément éclore : celle des sacrifiés de la guerre qui n'ont pas encore pu être joués et les jeunes musiciens nés entre 1930 et 1940. Comme partout en Europe, les années 50 apportent avec elles un monde nouveau : on découvre l'école de Vienne et, pour rattraper le retard dû à la guerre, on accepte indifféremment tout, pourvu que ce soit du nouveau. La génération qui arrive à maturité entre 1945 et 1950 est représentée par Bengt Johansson (1914-1989), Tauno Marttinen (1912), Usko Meriläinen (1930), Joonas Kokkonen (1921), Matti Rautio (1922-1986), Gottfried Gräsbeck (1927), Sakari Mononen (1928), Einojuhani Rautavaara (1928), Osmo Lindeman (1929), qui se tourne vers les techniques électro-acoustiques, Leonid Bashmakov (1927), Pentti Raitio (1930), Seppo Nummi (1932-1981), compositeur de lieder, Ilkka Kuusisto (1933), Jouko Linjama (1934), qui s'intéresse surtout à la musique religieuse, Aulis Sallinen (1935) et surtout Erik Bergman (1911), qui apparaît comme la grande personnalité de cette période. Si le modernisme de ces années s'assagit à la fin de la décennie, ce n'est que pour mieux repartir dès 1960 sous l'impulsion d'un groupe de jeunes compositeurs qui vont devenir les enfants terribles de la vie musicale du pays. Dans le sillage d'Erkki Salmenhaara (1941), Kari Rydman (1936), Henrik Otto Donner (1939) et de Reijo Jyrkiäinen (1934), la Finlande découvre L. Nono, T. Riley, J. Cage, K. Stockhausen et G. Ligeti, s'ouvre aux expériences de Darmstadt et aux happenings. À leurs côtés, Pehr Henrik Nordgren (1944) réussit une intéressante synthèse entre le folklore et ses instruments aussi bien finnois que japonais, Paavo Heininen (1938) construit un système qui, dans ces années, doit encore beaucoup à Lutoslawski, et Leif Segerstam (1944) s'impose plus encore comme chef d'orchestre que comme compositeur.

La vitalité et la diversité de la vie musicale finlandaise se confirment dans les années 70 avec Jukka Tiensuu (1948), avant-gardiste au langage très international, Kalevi Aho (1949), symphoniste attardé dans la lignée de Chostakovitch et avec le remuant groupe Korvat auki (« Ouvrez les oreilles ») ; la musique électroacoustique se développe avec les studios expérimentaux de la radio finlandaise et de l'université de Helsinki, principalement fréquentés par Osmo Lindeman, Herman Rechberger (1947), Jukka Ruohomäki (1947), Jarmo Sermilä (1939), Antero Honkanen (1941), et, accessoirement, par Paavo Heininen. Citons encore Eero Hämeenniemi (1951), Kaija Saariaho (1952), Jouni Kaipainen (1956), Magnus Lindberg (1958), Tapio Tuomela (1958), Veli-Matti Puumala (1965). Tout reste possible en Finlande. L'éclatement des styles est identique à celui des autres pays occidentaux, et la vitalité du mouvement musical se nourrit de ses contradictions mêmes, favorisée par les structures musicales officielles.

La vie musicale

Il y a en Finlande, pays de moins de 5 millions d'habitants, 30 orchestres symphoniques, dont 2 à Helsinki, des milliers de chorales, 1 Académie supérieure de musique, fondée en 1882 par Martin Wegelius et rebaptisée Académie Sibelius en 1939, 7 conservatoires supérieurs de musique, 20 instituts et près de 55 écoles de musique. Dans le domaine universitaire, il y a 5 départements de musique. Cette richesse se retrouve dans la musicologie avec Ilmari Krohn (1867-1960), Heikki Klemetti (1876-1953), Otto Andersson (1879-1969), Armas Otto Väisänen (1890-1969), John Rosas (1908), Jouko Tolonen (1912-1986), Erik Tawaststjerna (1916-1993), Timo Mäkinen (1919) et Erkki Salmenhaara (1941), et, surtout, dans le domaine de l'interprétation : les chefs d'orchestre dont les plus célèbres depuis H. Crusell sont Robert Kajanus (1856-1933), Georg Schneevoigt (1872-1947), Armas Järnefelt (1869-1958), Tauno Hannikainen (1896-1968), Jussi Jalas (1908-1985), Nils-Eric Fougstedt (1910-1961), Paavo Berglund (1929), Leif Segerstam (1944), Okko Kamu (1946), Jukka-Pekka Saraste (1956), Esa-Pekka Salonen (1958), Osmo Vänskä (1953), Sakari Oramo (1965). Non moins nombreux ont été les chanteurs célèbres sur les scènes internationales : les cantatrices Johanna von Schoultz (1813-1863), le « rossignol de Finlande » du Théâtre-Italien de Paris, Aino Ackté (1876-1944), Aulikki Rautavaara (1906-1992), les basses ou barytons-basses Kim Borg (1919), Tom Krause (1934), Martti Talvela (1935), Matti Salminen (1945), Jorma Hynninen (1941), etc. Un théâtre d'Opéra, le premier construit en Finlande en tant que tel, a été inauguré à Helsinki en décembre 1993.

Il y a en Finlande de nombreux festivals souvent spécialisés, dont ceux de Helsinki, Savonlinna (opéra), Naantali et Kuhmo (musique de chambre), Viitasaari et biennales de Tampere et d'Helsinki (musique contemporaine), Lahti (orgue), Jyväskylä, Turku, Kaustinen (ménétriers), Pori (jazz), Ruissalo (pop-rock). Tous les cinq ans a lieu le concours international de violon Jean-Sibelius. Un concours de direction d'orchestre Jean-Sibelius, destiné à se tenir tous les cinq ans, a été inauguré en 1995.