En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques.
En savoir plus
Identifiez-vous ou Créez un compte

Jean-Claude Éloy

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur français (Mont-Saint-Aignan, Seine-Maritime, 1938).

Marqué dans sa jeunesse par la découverte de Debussy, de Messiaen, du Marteau sans maître de Boulez, il entra à douze ans au Conservatoire de Paris et y obtint de 1957 à 1960 les premiers prix de piano, de musique de chambre, d'ondes Martenot et de contrepoint. Il suivit également de 1957 à 1960 les cours de Henri Pousseur et de Hermann Scherchen à Darmstadt et de 1961 à 1963 ceux de Pierre Boulez à Bâle. En 1961, Chants pour une ombre pour soprano et 9 instruments lui valut un second prix de composition dans la classe de Darius Milhaud. De cette première phase créatrice marquée par le sérialisme et par l'influence de Boulez ­ mais aussi par celle de Varèse, rencontré aux États-Unis en 1964 ­ relèvent Étude III pour orchestre (1962) et surtout Équivalences pour 18 instrumentistes (1963). C'est moins vrai déjà de Poly-Chromies I et II pour orchestre à vent, 6 percussions et harpe (1964). En 1966, Éloy écrivit la musique du film la Religieuse de Jacques Rivette, dont il tira l'année suivante Macles pour 6 groupes d'instruments. En 1968 suivit celle de l'Amour fou, de Rivette également. Ce film dure quatre heures, et là se manifesta nettement, pour la première fois, l'attrait exercé sur le compositeur (qui dès 1960 avait visité l'Égypte) par l'Orient.

Deux années passées comme professeur d'analyse à Berkeley (1966-1968) lui firent prendre pleinement conscience de l'influence de certaines musiques de l'Orient et de l'Asie sur sa propre évolution. Faisceaux-Diffractions pour 28 instrumentistes (1970), commande de la Library of Congress, fut le reflet de cette rupture avec le sérialisme : dans cette musique violente, où les instrumentistes sont divisés en trois « orchestres », la notion de temps joue un rôle essentiel. « Après les rigueurs de Darmstadt, la musique indienne, où prime la naissance du son, la vie intrinsèque du son dans sa beauté sensuelle, avec mille détails à l'intérieur de ce son, me fascinait » (Éloy).

Mais c'est surtout dans Kamakala pour trois groupes d'orchestre, trois chefs et cinq chœurs de douze voix mixtes (1971) que se manifesta ce qui, de plus en plus, avait constitué un pôle opposé à ses conceptions de départ : l'Orient. Là fut tentée la synthèse ­ jugée par lui indispensable et inévitable ­ de l'Orient et de l'Occident. Éloy rejette à ce propos le mot « intégration » (de l'Orient par l'Occident), et préfère celui d'« hybridation », opposant par exemple la musique néosérielle et postsérielle « fondée sur l'utilisation du discontinu dans tous les plans » au « sens très fort de la continuité des événements sonores » des Orientaux. Invité par Stockhausen au Studio de musique électronique de la radio de Cologne, Éloy lui dédia l'œuvre qu'il y réalisa en 1972-73 : Shanti (« paix » en sanscrit), musique de méditation pour sons électroniques et concrets, créée à Royan en 1974 et considérée comme un élargissement de cette démarche. Cette œuvre longue (deux heures et demie) expérimenta de nouveaux rapports entre le timbre et le temps. Au Studio électronique de la N. H. K. à Tokyo fut réalisée une nouvelle œuvre de vastes dimensions, Gaku-No-Michi (« les Voies de la musique »), film sans images pour sons électroniques et concrets (1977-78) s'écartant de toute évocation d'événements ou d'émotions et tendant à faire sentir la réalité de l'infini.

À propos de Fluctuante-Immuable pour orchestre (1977), commande de l'Orchestre de Paris, le compositeur évoqua « l'immobilité sous-jacente et permanente d'un discours toujours varié et renouvelé en dehors de toute connotation philosophique ou extramusicale ». En effet, Éloy ne cherche nullement à intégrer une quelconque théorie « orientale » à un langage européen, mais bien plutôt à enrichir la tradition d'Occident par une perception neuve des choses et du temps, précisant avoir trouvé dans la musique orientale une sorte d'improvisation transcendée qui, fait remarquable, repose sur « une base toujours perceptible sur laquelle se développe l'esprit de la variation ». Sa démarche de compositeur, il n'est pas inutile de le préciser, ne fait appel ni à l'improvisation ni au hasard, et sa musique est entièrement « écrite ». Yo-In (« Réverbérations »), musique pour un rituel imaginaire avec bande magnétique, un percussionniste, un modulateur et des jeux de lumière (1979), fut créé au S. I. G. M. A. de Bordeaux en 1980. En 1980 fut réalisée sur l'U. P. I. C. de Yannis Xenakis Étude IV, œuvre sous-titrée « Points-Lignes-Paysages ». Ont suivi notamment À l'approche du feu méditant…, cérémonie bouddhique (1983), Sappho Hikétis pour 2 voix de femme et bande (1989), Rosa, Sonja… d'après Rosa Luxemburg (1991).

Personnalité ouverte à des activités fort diverses (il a été pendant un an directeur de la musique au Festival d'automne de Paris et a publié de nombreux articles) ainsi qu'aux autres arts, Éloy a reçu de la S. A. C. E. M. le grand prix de la musique de chambre en 1971 et le prix de la promotion de la musique symphonique en 1980. Il a reçu en outre le Prix national de la musique en 1981.