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littérature syriaque

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature des Églises de langue syriaque, trop souvent traitée en parente pauvre auprès des littératures chrétiennes grecque et latine, a néanmoins dans l'histoire de la pensée une place de première importance, révélée surtout depuis une centaine d'années par les éditions de textes jusqu'alors inconnus. Édesse (auj. Urfa, en Turquie), capitale de l'Osrhoène, fut un centre important de cette littérature par la valeur de ses productions et de ses maîtres.

Si l'on admet que le christianisme se répandit tout d'abord en Mésopotamie et dans les régions avoisinantes – en particulier l'Osrhoène – grâce à des communautés judéo-chrétiennes, il va de soi que les premiers documents littéraires furent la traduction des Écritures hébraïques dans la langue courante, c'est-à-dire l'araméen moyen. Plusieurs versions existèrent, dont la plus connue est la Peshitta (la simple) attestée dès le iie s. Dans le même temps apparut vers l'an 172 le Nouveau Testament sous la forme du Diatessaron ou « Évangile concordant » et peu après, au iiie s., des Évangiles « séparés » dont l'usage prévalut à la longue et dont la version de la Peshitta devint obligatoire au ve s.

Dès les premiers siècles fleurit un art poétique destiné à s'opposer aux croyances païennes, gnostiques ou manichéennes de l'Orient, ainsi qu'aux déviations judéo-chrétiennes. Cet enseignement destiné au peuple était donné sous forme chantée ou récitée, dont le créateur du genre aurait été, au iie s., Harmonius, fils de Bardesane. Elle revêt plusieurs formes : hymnes (ou madrase), cantiques (ou sugite), récitatifs donnés aux fêtes (ou memra). Cet art fut porté à son apogée par Éphrem, le pur poète syrien du ive s., et il connaîtra encore un développement abondant jusqu'au vie s. avec, en particulier, Jacques de Saroug, Isaac d'Antioche et Narsaï, dont plusieures pièces passèrent dans la liturgie.

En prose, les premières œuvres, celles d'Éphrem encore et d'Aphraate dans ses Démonstrations, défendent elles aussi la divinité du Christ. Mais, à partir du ve s., apparaissent les grandes discussions dogmatiques concernant le Verbe incarné : les textes de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste furent traduits du grec en syriaque à cette époque à Édesse. D'autre part, la tendance séparatiste qui avait déjà commencé, surtout depuis que la Mésopotamie fut incluse dans l'Empire perse en 363, conduisait dès le concile de Ctésiphon de 410 à une organisation autonome : très vite, en conséquence, l'Église syriaque se scinde en deux, avec les monophysites à l'Occident, à la sensibilité plus intuitive et plus informelle, et les nestoriens à l'Orient, plus spéculatifs et perçant les secrets de la spiritualité.

Ces deux communautés avaient gardé, cependant, un même texte scripturaire, mais celui-ci montrait trop de différences avec la Septante des Pères grecs sur laquelle les théologiens devaient s'appuyer : la Peshitta fut donc révisée, dans sa totalité, en 508 par Philoxène de Mabboug, puis en 616 par Paul de Tella pour l'Ancien Testament à partir des Hexaples d'Origène et par Thomas de Harquel pour le Nouveau Testament.

On comprend ainsi qu'une part importante des œuvres littéraires syriaques ait été consacrée à des Commentaires de la Bible et plus particulièrement l'Hexaéméron qui remplissait souvent à l'époque le rôle de traité de géographie et de cosmographie : ceux d'Éphrem pour la Genèse et l'Exode, ceux de Philoxène de Mabboug pour les Évangiles, puis ceux de Jacques d'Édesse (mort en 708) et de Moïse Bar Képha (mort en 903), jusqu'aux ouvrages de Denys Bar Salibi (mort en 1171) et de Bar-Hebraeus (mort en 1286) résumant les positions monophysites ; dans le même temps, les Orientaux tels Babaï le Grand (mort en 610), Théodore Bar Koni et Isodad de Merv au ixe s. ou encore l'auteur anonyme du Gannat Bussame (le Jardin des délices), composaient des ouvrages similaires, dont plusieurs sont actuellement perdus.

Avec les Écritures, ces communautés avaient besoin de constitutions : à l'Occident, les plus anciennes furent les Règles de Rabboula d'Édesse (mort en 435), les autres se retrouvant dans le Synodicon occidental récemment découvert et dans le Nomocanon de Bar-Hebraeus (mort en 1286). Du côté oriental, nous sommes mieux informés par le Synodicon oriental, gardant les canons nestoriens de 410 à 876, et par le Nomocanon d'Abdiso (mort en 1318).

La production ascétique tient une place éminente, liée à l'existence de nombreux monastères en Mésopotamie. Les premières œuvres sont les 23 Exposés d'Aphraate, datées de 337-345, où est décrite l'existence des Fils et Filles du Pacte, les benay qeyama, puis les 13 Homélies sur la perfection de Philoxène de Mabboug (fin du ive s.). Plus tard, les vies des Pères égyptiens du désert et les ouvrages systématiques d'Évagre le Pontique exercèrent leur influence à travers des traductions, s'ajoutant aux conceptions propres, par exemple d'un Jean d'Apamée. Une synthèse s'élabora au moment de la grande production des viie-viiie s., en particulier chez Isaac de Ninive, dont les écrits sur la Perfection religieuse furent abondamment traduits, exerçant leur influence à la fois sur le soufisme et sur la spiritualité du mont Athos, ainsi que sur l'Église russe.

L'apogée cependant ne dura guère et très vite les luttes doctrinales conduisirent à un essoufflement de la pensée. Le vie s. vit alors le développement de l'historiographie, avec en particulier la Chronique d'Édesse relative aux années 131 av. J.-C.-540 apr. J.-C., puis la grande Histoire générale de Jean d'Éphèse (2e moitié du vie s.). Pour finir, deux ouvrages monophysites résumeront l'histoire en citant nombre de documents anciens : la Chronique de Michel le Syrien (mort en 1199) et les deux Chroniques de Bar-Hebraeus (mort en 1286), Syriaque et Ecclésiastique.

Un autre intérêt se portera sur la grammaire : Jacques d'Édesse codifia la prononciation et l'accentuation de sa langue menacée par l'arabe des nouveaux conquérants et désormais réservée presque exclusivement à l'usage liturgique ; Bar-Hebraeus composa une grande grammaire, le Livre des splendeurs.

Si les Syriens ne furent pas créateurs en philosophie – on ne peut guère citer que la Lettre de Mara Bar Sérapion et le Livre des lois et des pays du poète Bardesane –, ils furent les grands traducteurs de la philosophie péripatéticienne. Les œuvres monophysites de Denys Bar Salibi et de Bar-Hebraeus ont résumé toute la philosophie connue au viie s. La médecine syrienne, très liée à la mystique, fut illustrée par Serge de Resaïna au vie s., qui ajouta à ses traductions philosophiques celles de Galien.

Le syriaque joua d'une part un rôle d'intermédiaire entre la pensée hellénique et les autres civilisations orientales, en tout premier lieu musulmane, exerçant par là son influence jusqu'à l'Occident latin ; d'autre part, sans l'existence de traduction en syriaque, plusieurs textes grecs anciens seraient irrémédiablement perdus – comme l'œuvre de Sévère d'Antioche, Sophrone de Jérusalem, ou encore une partie du Contre les manichéens de Titus de Bosra.

Pour en savoir plus, voir l'article syriaque [linguistique].