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littératures précolombiennes

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Avec les premiers conquistadors, la civilisation européenne pénétra dans un monde jusque-là inviolé, baptisé du nom de Nouveau Monde et pourtant vieux de plusieurs millénaires : celui de l'Amérique indigène. La Méso-Amérique et l'aire andine de l'Amérique du Sud constituent deux aires particulières qui tranchent sur le panorama culturel amérindien : ce sont les zones de « hautes cultures » où naquirent les brillantes civilisations aztèque, maya ou inca. Très hiérarchisées et étatisées, elles donnèrent naissance aux formes littéraires les plus élaborées que le continent américain ait jamais connues. Ces littératures, souvent officielles, chargées de perpétuer la mémoire des bases culturelles et la cohésion des structures sociales du groupe, furent fixées par écrit en Méso-Amérique : les Aztèques, les Mixtèques, les Mayas et les Zapotèques furent les seuls à développer des systèmes d'écriture, à la fois pictographiques, idéographiques et phonétiques, qui leur permirent de consigner certains aspects de leur production littéraire. Cet exemple méso-amérindien est unique dans toute l'Amérique précolombienne : les autres systèmes de représentation matérielle de la parole et de la pensée ne sont le plus souvent que de simples supports mnémoniques à des littératures exclusivement orales.

Le formidable choc de la rencontre entre deux mondes excessivement différents n'a laissé subsister que ruines et échos déformés de l'ensemble original de civilisations que constituaient les sociétés précolombiennes. Les gigantesques autodafés ordonnés par les conquistadors firent disparaître les témoignages écrits amérindiens : presque tous les codex aztèques, mixtèques, mayas et zapotèques furent perdus à jamais. L'essentiel de nos connaissances se fonde sur les travaux des missionnaires qui, parfois en collaboration avec des informateurs indigènes alphabétisés, recueillirent, recopièrent et transcrivirent à l'aide de l'alphabet latin des codex et des traditions menacées. Ce rôle fut assumé en Méso-Amérique par Andres de Olmo, Alonso de Molina, Toribio Motolinia et, surtout, Bernardino de Sahagun. Des traditions guaranis furent recueillies dès le xviie siècle par des jésuites au Brésil et au Paraguay, certains aspects de la culture quechua des Incas furent consignés par des religieux espagnols (Cieza de Leon, Cristobal de Molina). Les littératures précolombiennes, qu'elles appartiennent ou non à de « hautes cultures », qu'elles aient été écrites ou soient restées orales, témoignent de la puissance créatrice et de la richesse de pensée qui furent celles des Amérindiens. Des mythologies très élaborées, des panthéons complexes, une religiosité extrême, une perception aiguë de l'esthétique de toutes choses, un grand sens historique ont donné naissance à un foisonnement de mythes, de contes, de légendes, de chroniques, d'hymnes, de prières, de poèmes et de chants dont seuls de pâles reflets ont pu nous parvenir.