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mémoires

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Selon Jacques Lecarme, « il faut assurément, dans le principe, maintenir une opposition commode entre les Mémoires et l'autobiographie, les premiers concernant le monde, l'histoire et les autres, c'est-à-dire une certaine objectivité de l'événement, la seconde, le moi, ses sentiments, ses souvenirs, autant dire une subjectivisation radicale des faits ». Les Mémoires, au masculin pluriel, sont des « relations de faits pour servir à l'histoire », ce sont des memoranda, des mémorables, sorte de memento. En fait, les frontières entre ces « liasses » qui servent de dossiers et les mémoires d'une vie ne sont pas si infranchissables que cela. Genres voisins et rivaux, l'histoire, les Mémoires, l'autobiographie ne cessent de s'annexer. Saint-Simon n'écrit-il pas « des espèces de mémoires de ma vie, qui comprenaient tout ce qui a un rapport particulier à moi, et aussi un peu en général et superficiellement une espèce de relation des événements de ce temps, principalement des choses de la cour » ? L'action du moi l'emporte ici sur la rétrospective. Car les Mémoires supposent une sectorisation du moi : c'est comme duc que Saint-Simon écrit, c'est en homme de conquête du pouvoir que Retz écrit ses Mémoires. C'est sa position dans la Fronde qui autorise Madame de Montpensier à se faire mémorialiste, comme Madame de Motteville et Rohan. L'action politique agie par le narrateur est ce qui légitime l'écriture mémorialiste aristocratique. Au xviie siècle, les déçus de l'entreprise guerrière des princes – le plus célèbre étant La Rochefoucauld – écrivent leurs Mémoires depuis cette déception même, dans le congé de la disgrâce, en témoins privilégiés d'une époque révolue. Car les Mémoires sont toujours ceux d'un homme ou d'une femme, pris dans une action, un état singulier, où il est le porte-drapeau de son rang, de sa génération, de son époque, cédant au vertige de l'exemplarité.