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galanterie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

L'« invention » du classicisme au cours de l'histoire littéraire et la minoration de tout ce qui ne paraissait pas conforme à sa définition ont occulté des courants de sensibilité et d'esthétique qui avaient pourtant, au yeux des contemporains, une place importante, voire centrale. Ainsi du courant galant. De nombreuses œuvres en relèvent, « par leurs titres, par les qualifications génériques dont elles sont nanties ou par la teneur des commentaires dont elles ont fait l'objet » (A. Viala), de C. Sorel (les Lois de la galanterie, 1644) à Fontenelle (Lettres galantes, 1683), en passant par les Recueils de poésies nouvelles et galantes de Pellisson et Mme de La Suze, les Annales galantes de Mme de Villedieu (1670), le Mercure galant fondé par Donneau de Visé, et des genres spécifiques comme la comédie galante, la lettre galante, la nouvelle galante...

Cette qualification esthétique renvoie dès l'abord à une éthique, à un mode de comportement social qui doit induire un mode d'écriture, fait d'ingéniosité et d'enjouement, d'urbanité et de « négligence diligente », union d'aisance et d'élégance (équivalant à la sprezzatura italienne définie par B. Castiglione). Elle récuse tant la pédanterie que l'affectation, pour prôner le naturel du langage et des manières, mais un naturel si travaillé qu'il a pu passer pour préciosité (ainsi chez Mlle de Scudéry). Cette forme raffinée de l'honnêteté selon Méré (Conversation première, 1668) est un art de la séduction, y compris amoureuse, telle que la théorise Mlle de Scudéry dans sa Carte du Tendre (la Clélie, 1654-1660) ; elle vise en particulier à réguler les relations entre l'homme et la femme, dans la conversation comme dans la recherche d'une vie amoureuse positive – mais il est aussi une version négative, libertine, de la galanterie (les Galanteries du duc d'Ossone de Mairet, 1636).

La galanterie littéraire se développa au lendemain de la Fronde, et eut pour premier théoricien Pellisson (Discours sur les œuvres de M. Sarasin, 1655). Elle concerne autant des écrivains « mineurs », ou aujourd'hui dévalorisés comme Voiture, que les « classiques », comme La Fontaine (les Amours de Psyché, 1669) et Molière, dont les comédies-ballets relèvent de ce courant, et dont le Bourgeois gentilhomme (1670 ; on y trouve dix fois le terme) problématise la notion, en la mêlant au burlesque. Esthétiquement, elle se définit par une manière qui unit dans une harmonie variée les genres et les formes, et un art de la suggestion, afin de produire ce « je ne sais quoi » qui est la grâce, « plus belle encore que la beauté » (La Fontaine).