En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

cycle de Guillaume d'Orange

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Constitué entre le xiie et le xive siècle, le cycle de Guillaume d'Orange est le modèle le plus abouti de la structuration d'un ensemble épique dans les recueils manuscrits. La chanson la plus ancienne, mais restée hors cycle, est la Chanson de Guillaume (un seul manuscrit, découvert en 1903). Le texte, fort altéré, remonte à la première moitié du xiie siècle. Il pose le thème central du cycle : les luttes acharnées menées par Guillaume et son lignage contre les sarrasins d'Espagne. La chanson comporte deux parties : la première met en valeur les combats livrés en « Larchamp » où meurt en martyr Vivien, le neveu de Guillaume ; la seconde chante le retour victorieux de Guillaume qui, à l'aide de Rainouart, le géant à la massue et frère de Guibourc, triomphe du chef sarrasin Déramé. La matière de cette chanson se retrouve, amplifiée, dans Aliscans (xiie s., 8 435 décasyllabes). La première partie retrouve la tonalité tragique de la Chanson de Guillaume, tandis que la seconde partie amplifie les épisodes burlesques autour de Rainouart ou dans la description des chefs sarrasins.

Le cycle de Guillaume proprement dit comporte dix chansons. Le noyau le plus ancien comprend le Couronnement de Louis, le Charroi de Nîmes et la Prise d'Orange, toutes trois composées en décasyllabes assonancées vers le milieu du xiie siècle. Le Couronnement de Louis met en scène le dévouement de Guillaume au successeur de Charlemagne, le faible Louis, qu'il couronne et défend contre le clan des traîtres. En se battant à Rome contre le géant Corsolt, Guillaume perd son nez, d'où son surnom de Guillaume au court nez (d'abord au courb nes). Le Charroi de Nîmes consacre l'ingratitude du roi qui incite Guillaume à aller se chercher un fief en terre sarrasine. Déguisé en marchand, Guillaume s'empare par ruse de la cité de Nîmes. La Prise d'Orange associe à la prise de la cité la conquête amoureuse de sa reine, Orable, épouse du roi sarrasin, qui devient sous le nom de Guibourc l'épouse très dévouée de Guillaume.

Autour de ce premier noyau se sont greffées des chansons (le grand cycle dit de Garin de Monglane en comprend vingt-trois) qui relatent les enfances héroïques (Enfances Guillaume, Enfances Vivien) de Guillaume et de ses neveux, célèbrent le fondateur du lignage (Garin de Monglane, xiiie s.), content dans les Narbonnais la distribution par Aymeri, le conquérant de la cité de Narbonne, des fiefs que Guillaume et ses frères devront se chercher ailleurs, chantent d'autres conquêtes en terre sarrasine (Prise de Cordres et de Sebille, Siège de Barbastre), développent les exploits de Rainouart et de son fils Loquifer ou les « moniages », les retraites dans des ermitages, des héros vieillissants mais toujours prêts à reprendre la lutte.

On s'est longuement intéressé aux rapports possibles entre la Chanson de Guillaume et des événements historiques précis : une invasion arabe en 793 en direction de Narbonne. Alors vaincu, le comte de Toulouse, Guillaume, aurait pris sa revanche en 803. Il pourrait avoir été le support des traditions légendaires qui lient la création épique qu'est le personnage de Guillaume d'Orange aux expéditions de Charlemagne en Espagne, traditions attestées par deux textes anciens, en latin, le Fragment de La Haye et la Nota Emilianense.