En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

cicéronianisme

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

C'est le nom donné au mouvement de retour à la pureté de la langue latine (dont Cicéron apparaît comme le modèle) qui se manifeste au xvie s. C'est aussi plus généralement, de Pétrarque à Guez de Balzac, le débat central de l'humanisme, qui pose une double interrogation : sur la légitimité de l'expression de la culture chrétienne dans les formes de la rhétorique païenne ; sur la place que l'imitation de la latinité classique laisse à l'expression personnelle. Si Lorenzo Valla (Elegantiae linguae latinae, préface au livre IV) interprète le fameux songe de saint Jérôme qui entend le Christ lui dire « Non es christianus, sed ciceronianus » dans le sens d'une condamnation non de la rhétorique et de la littérature latines mais seulement de la philosophie païenne, en revanche Ange Politien (Lettre à Paolo Cortesi) compare l'imitation cicéronienne à une copie simiesque et courtisane et en fait une double abdication morale et littéraire. Rome tenta cependant à deux reprises (Léon X, Urbain VIII) de faire du purisme cicéronien l'âme d'un style catholique international, unissant la langue des Apôtres au latin des philologues débarrassé de ses excroissances médiévales. Cet idéal cicéronien sera défendu par E. Dolet qui voit dans le « style tullien » le garant d'un art littéraire laïc et autonome (De imitatione ciceroniana, 1535), mais les détracteurs de ce style abondent, pour des motifs souvent fort différents : la condamnation par Érasme (Dialogus ciceronianus sive de optimo genere dicendi, 1528) de toute renaissance des lettres qui ne s'accompagne pas d'une renaissance spirituelle, et de l'imitation cicéronienne comme d'une nouvelle sophistique, traduit une opposition entre l'humanisme du Nord et la Babylone moderne, Rome, qui par le retour au latin préchrétien met en péril, à travers le vocabulaire technique du christianisme, la pensée même de la chrétienté. La prédication théâtrale de la Contre-Réforme et la recherche du « laconisme » par Juste Lipse (Epistolica institutio, 1591) qui, comme Montaigne dans ses Essais, critique l'Arpinate au profit de Tacite et Sénèque, constituent deux courants majeurs de l'anticicéronianisme de la deuxième moitié du siècle. C'est la cour de France au xviie s. qui réussira à imposer un style classique dans la perspective cicéronienne (le Cicéron de la Correspondance plus que celui des plaidoyers et des traités ; c'est un style national (déjà esquissé dans le Ciceronianus de Ramus en 1573) qui triomphera par la volonté de Richelieu et sous la pression de l'érudition parlementaire et gallicane : ce style allie la leçon de Cicéron à celle de saint Augustin et l'élégance attique au « bel usage » d'une société moderne.