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caudillismo

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Phénomène social lié à l'histoire de l'Amérique latine depuis l'indépendance, il tire son nom de caudillo dont le sens premier est « chef militaire », mais aussi chef de bande, et même chef d'État : c'est le titre que porta le général Franco jusqu'à sa mort. Terme plutôt positif à l'origine (Simón Bolívar, le Libérateur, était un caudillo), il a peu à peu acquis une valeur péjorative, et le mot évoque désormais la violence, le pouvoir acquis par la force. À partir de personnages réels ou de traits empruntés à plusieurs d'entre eux, certains romanciers élaborent une véritable mythification du caudillo, surtout depuis Miguel Angel Asturias (Monsieur le Président, 1946) ; caudillo, « cacique », chef, dictateur, patriarche, macho, il s'agit toujours de « leaders » dont le charisme indéniable, la vie et le caractère font, par nature, d'excellents modèles pour des personnages de fiction. Ces modèles peuvent être expressément nommés, ce qui est le cas de l'Argentin Rosas, personnage de l'Amalia de José Mármol (1951), que l'on s'accorde à considérer comme le premier roman du genre ; de Facundo Quiroga, du Facundo de Sarmiento (1845) ; d'Henri ier de Haïti dans le Royaume de ce monde de A. Carpentier (1949) ; du Mexicain Carranza dans l'Aigle et le serpent de M. L. Guzmán (1928) ; du Paraguayen Francia, figure centrale de Moi, le Suprême de A. Roa Bastos (1974). Dans d'autres cas, le modèle, sans être nommé, transparaît clairement sous le protagoniste du roman : ainsi Estrada Cabrera dans Monsieur le Président, ou Elías Calles dans l'Ombre du caudillo de M. L. Guzmán. Tous ces caudillos historiques présentent de très nombreux points communs, ce qui a conduit à la constitution d'un archétype. La formule, inaugurée par l'Espagnol Ramón del Valle Inclán avec le Tyran Banderas (1926), a été reprise par J. Zalamea (Le grand Burundun Burunda est mort, 1952), D. Aguilera Malta (la Séquestration du Général, 1973), A. Carpentier (le Recours de la méthode, 1974), Gabriel García Márquez (l'Automne du patriarche, 1975) : les protagonistes de ces romans sont des caudillos d'envergure nationale, mais d'autres écrivains traitent le même thème sur le plan local – c'est le cas de R. Gallegos (Doña Bárbara, 1929), de M. Azuela (les Caciques, 1917), de Borges (le Caudillo, 1921), de C. Alegria (Vaste est le monde, 1941), de J. Rulfo (Pedro Paramo, 1955). On peut citer encore Fièvre (1939) de M. Otero Silva et la Plus Limpide Région (1958) de Carlos Fuentes.

Quel que soit leur caractère fictif, tous les personnages de caudillos reposent sur une réalité souvent vécue par leurs auteurs, et étayée par des documents authentiques ; la plupart de ces livres sont non seulement des romans, mais encore des témoignages sur la société du temps où ils se déroulent. Ils proposent tous, à des degrés divers, une interprétation du phénomène, qui met en lumière son caractère de mythe (en particulier chez Asturias, Roa Bastos, Carpentier ou García Márquez) ; dès lors, le roman échappe à la réalité spatiale ou temporelle qui lui sert de point de départ : les pays où sévissent les caudillos sont de véritables microcosmes de l'Amérique latine tout entière ; le « Patriarche » de García Márquez résume à lui seul l'histoire du continent, et le « Président » d'Asturias est une réincarnation du dieu Tohil des anciens Mayas Quichés. La leçon est ainsi claire : le caudillismo est un mal endémique dont les racines plongent au plus profond des mentalités et des structures latino-américaines.