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autofiction

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Cette variation moderne et transgressive du genre autobiographique est apparue en réaction aux premiers travaux théoriques de Philippe Lejeune. D'aucuns contestèrent en effet la validité de sa définition inaugurale (« Récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité », le Pacte autobiographique, 1975), tandis que d'autres s'interrogeaient sur l'identité entre l'auteur, le narrateur et le personnage, censément fondatrice du genre. Doubrovsky a vu dans cette affirmation un défi intellectuel et réorienté en conséquence le manuscrit qu'il était en train de rédiger : narré à la première personne, Fils (1977) présente l'auteur pour personnage principal, alors que la page-titre annonce un « roman ». Dans le prière d'insérer, cette ambivalence justifie la mise sur le même plan du référentiel et de l'imaginaire : « Fiction d'événements et de faits strictement réels ; si l'on veut, autofiction », le néologisme s'appliquant ensuite à Un amour de soi (1982), le Livre brisé (1989), l'Après-vivre (1994) et Laissé pour conte (1999).

Bien que les enjeux conceptuels et techniques ne soient pas semblables d'un auteur à l'autre, ce débat quelque peu byzantin s'inscrit dans un contexte de remise en cause de l'égotisme et du schéma unificateur qui préside habituellement à la rétrospection. La psychanalyse a dévoilé les zones d'ombre du fonctionnement mental, la complexité d'un regard vecteur de diffraction, les déformations de l'image dans la psyché. Puisque « la connaissance de soi est une interprétation » (Ricœur, « l'Identité narrative », 1988), générant « une vie fictive ou, si l'on préfère, une fiction historique », l'anamnèse n'est plus perçue comme la restitution fidèle d'une cohérence, mais comme l'exploration des manques qui, tout autant que les pleins, structurent l'existence.

C'est ainsi que Leiris veut « ruiner l'architecture logique » (Biffures, 1948). Quant à Malraux, ses Antimémoires (1967), non chronologiques mais thématiques, se refusent à la confession et à l'introspection, tout en ménageant une place à la fiction (des passages sont repris des Noyers de l'Altenburg). De la confusion du réel et du fictif, il résulte une forme hybride : dans W ou le Souvenir d'enfance (1975), Perec bouleverse les repères établis en faisant alterner des chapitres fictifs avec ceux où l'auteur se rappelle sa vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Robbe-Grillet ne fait donc que récupérer un air du temps lorsque, prenant le contre-pied de Lejeune (qui a pourtant admis les lacunes ou les abus de ses anciennes positions), il place les entreprises de Sarraute (Enfance, 1983), de Duras (l'Amant, 1984 ; l'Amant de la Chine du Nord, 1991) et la sienne propre (Romanesques, 1984-1994) dans la même perspective, lacanienne, d'une « Nouvelle Autobiographie », où le sujet prend conscience de soi en tant qu'autre.

Enfin, la diversité des étiquettes traduit une disparité des expériences et la difficulté de synthétiser des œuvres disparates, au nombre desquelles certains critiques recensent aussi bien Roland Barthes par Roland Barthes (1975) que les Géorgiques (1981), l'Acacia (1989) et le Tramway (2001) de Simon, Exobiographie (1993) d'Obaldia ou tels livres de Yacine, de Khatibi, de Boudjedra ou de Meddeb.