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alexandrin

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Nom donné au vers dodécasyllabique français en raison de la faveur dans toute l'Europe médiévale d'un Roman d'Alexandre composé entièrement sur ce mètre. En principe émule français du mètre de l'épopée antique (l'hexamètre dactylique), ce n'est pourtant qu'au xvie siècle que l'alexandrin commence à assurer sa prééminence sur le décasyllabe médiéval : Ronsard l'utilise dans ses poèmes amoureux et politiques, mais, pour son épopée (la Franciade), il lui préfère encore le décasyllabe, jugeant que le vers de douze syllabes, à cause de sa longueur, risque facilement de devenir « prosaïque ». C'est au xviie siècle qu'il s'affirme définitivement ; il devient le vers dominant, celui du théâtre classique d'abord, et jusqu'à la fin du xixe siècle – à travers Hugo et Baudelaire – l'instrument de mesure considéré comme irremplaçable pour la « grande » poésie. Tout en saluant l'apparition du vers libre, Mallarmé persiste à apprécier l'alexandrin comme « le joyau définitif », « le vers de toujours ».

L'alexandrin peut être considéré comme la concaténation de deux segments indépendants de six « syllabes » (définies selon les lois métriques). La césure centrale fixe, précédée d'une voyelle accentuée, séparant les deux hémistiches, est soumise à une stricte réglementation. Cette série de douze unités offre en vertu des règles de divisibilité (par 2 et par 3, pair et impair), des possibilités suffisantes de découpage interne des segments dans des rapports simples (rythme binaire, ternaire, quaternaire). Les diverses possibilités de gradation (égale, décroissante ou croissante) permettent une variété rythmique intéressante. D'autre part, l'espace du vers long permet statistiquement l'intégration des unités lexicales et syntaxiques du français, sans que le passage à la ligne impose une discipline trop violente.

La « révolution » romantique tend à « disloquer » l'alexandrin, principalement par l'affaiblissement ou l'effacement de la césure, ce qui peut produire un trimètre (3 x 4), mais aussi des vers marqués par la mise en relief de ruptures a-normales (5 x 7 par exemple), ou dont le mouvement dynamique tient précisément à l'effacement de toute marque ponctuelle intérieure. « L'oreille affranchie d'un compteur factice connaît une jouissance à discerner, seule, toutes les combinaisons possibles, entre eux, de douze timbres » (Mallarmé).

Chez les poètes contemporains, l'alexandrin n'est pas seulement une survivance anachronique réservée à des conservateurs incorrigibles, et donc l'objet de la raillerie des parodistes (Queneau). On en trouve, outre chez Valéry ou Aragon, soit sous forme de quasi-alexandrins (Apollinaire), soit dans des combinaisons hétérométriques incluant des vers libres, ou enfin dans des séquences prolongées comme les versets (Claudel, Saint-John Perse), comme une sorte de matrice, servant de support à l'élan rythmique.