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ahellil

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Genre poétique et musical pratiqué par les populations berbères du Gourara (Sud-Ouest algérien), l'ahellil est un chœur d'hommes debout. Il est d'origine très ancienne. Étymologiquement, c'est une psalmodie sur le nom de Dieu, allah allah allah la ilah alla llah. Avant 1915, le P. de Foucauld (pour le parler touareg du Hoggar) signalait que ce terme, employé autrefois pour les seules poésies pieuses, n'était plus usité. En revanche, H. Mercier (pour le parler des Ayt Izdeg du Maroc central) le signalait en 1937 avec le sens de « chanson des humbles, complainte des femmes qui tournent le moulin, chœur des moissonneurs, des artisans ». L'ahellil tire son originalité de sa poésie qui, sur un fond de caractères communs aux régions berbérophones en général, présente des traits fortement individualisés, mais aussi d'une forme de musique élaborée, inconnue par ailleurs dans le reste du Maghreb, voire du monde islamique dans son ensemble.

Le terme désigne à la fois le genre et un morceau particulier. On a inventorié une soixantaine de spécimens, dont 46 ont pu être transcrits et enregistrés avec leurs nombreuses variantes. Un ahellil particulier est fait de l'assemblage de plusieurs strophes (ajdel) de longueur inégale, indépendantes l'une de l'autre et de ce fait mobiles, la même strophe pouvant se retrouver dans des morceaux différents. Ce mode de composition rappelle curieusement le phénomène, maintenant bien établi, des thèmes migrants dans les contes. Quoique intimement mêlés, poésie et chant sont distincts l'un de l'autre. La musique de l'ahellil est pentatonique avec une échelle défective et une gamme qui atteint rarement l'octave, mais sa grande particularité reste la polyphonie, dont à ce jour l'origine (indigène ou importée) n'a pu encore être déterminée. La religion, l'amour (y compris sous une forme platonique, probablement d'origine savante), des images de la vie quotidienne, une philosophie de l'existence tour à tour hédoniste ou résignée offrent la matière principale de l'ahellil. Les thèmes religieux sont les plus abondants (quelques passages, en particulier les formules islamiques consacrées, sont en arabe). Certaines strophes, tant par les thèmes que par les sentiments exprimés, ont des résonances semblables à celles que les Psaumes ont rendues familières. La parenté même des termes (hallel, au sens propre « louange », désigne aussi un certain nombre de psaumes dans la Bible) est due plus à l'existence d'une racine hamito-sémitique commune qu'à un emprunt direct.