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agitprop

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Le théâtre d'agitprop (le terme vient du russe : agitatsiya-propaganda, « agitation et propagande ») est une forme d'animation théâtrale visant à sensibiliser un public à une situation politique ou sociale. Il apparaît après la révolution russe de 1917 et se développe surtout en U.R.S.S. et en Allemagne jusqu'à 1932-1933 (annonce du réalisme socialiste par Jdanov et prise de pouvoir par Hitler). Il n'a eu que peu de succès en France.

L'agitprop n'est pas sans ancêtres lointains : le théâtre baroque jésuite, l'auto sacramental espagnol contenaient déjà, par exemple, des exhortations à l'action. Pourtant, l'agitprop est beaucoup plus radicale dans sa volonté de servir d'instrument politique pour une idéologie, qu'elle soit dans l'opposition (en Allemagne ou aux États-Unis) ou directement propagée par le pouvoir en place (U.R.S.S. des années 1920). Cette idéologie se situe nettement à gauche : critique de la domination bourgeoise, initiation au marxisme, tentative pour promouvoir une société socialiste ou communiste. Selon son statut politique, l'agitprop est amenée à inventer des formes et des discours ou à appliquer un programme qu'elle n'a pas nécessairement mis elle-même au point, et dont elle peut vouloir se démarquer.

Liée à l'actualité politique (ainsi en Allemagne, en 1927, elle apparaît comme une conséquence de la révolution manquée), l'agitprop se donne avant tout comme une activité idéologique et non comme une forme artistique nouvelle : elle proclame son désir d'action immédiate. Le texte n'est qu'un moyen pour toucher la conscience politique ; il est relayé par des effets gestuels et scéniques qui se veulent les plus clairs et directs possible : d'où l'attirance de ce spectacle pour le cirque, la pantomime, le batelage ou le cabaret : ainsi les revues satiriques Roter Rummel (1924) et Trotz alledem ! (1925) de Piscator. En privilégiant le message politique facilement compréhensible et visualisé, l'agitprop ne se donne ni le temps ni les moyens de créer un genre nouveau : ses formes et ses emprunts sont aussi mouvants que ses contenus ; ils varient beaucoup d'un pays à l'autre en fonction des traditions culturelles. Le plus souvent, les « agitateurs-propagandistes » s'appuient sur une de ces traditions en la critiquant de l'intérieur : commedia dell'arte, cirque, mélodrame. Même lorsque la pièce est suffisamment élaborée pour raconter une histoire incarnée par des personnages, elle conserve une intrigue directe et simplifiée qui débouche sur des conclusions claires. Le Lehrstück (pièce didactique qui constitue une forme sophistiquée d'agitprop) répond lui aussi à ces critères. Le « journal vivant » présente les nouvelles selon un éclairage critique et en faisant appel aux protagonistes de l'action. Un montage ou une revue politique constitués de numéros et de « flashes d'informations » à peine dramatisés fournissent le plus souvent la trame de la pièce d'agitprop. Un chœur de récitants (C. von Wangenheim, Maxime Vallentin ; textes de Toller, Mühsam, Becker, Kanehl) ou de chanteurs (le Wedding Rouge de Weinert et Eisler) résume et inculque les leçons politiques ou les mots d'ordre. La plupart des troupes ne jouent plus dans des théâtres, mais dans la rue, les usines, les cours d'immeubles, les villages et jusque dans les réunions électorales des partis d'opposition. En 1927, en Allemagne, après la tournée triomphale des Blouses Bleues russes, les troupes d'agitprop se multiplient ; on en compte plus de 500 en 1930 (le Porte-Voix rouge, les Fusées rouges, la Forge rouge, Colonne gauche, etc.). L'art retrouve parfois ses droits, lorsque l'agitprop s'inspire et inspire des mouvements d'avant-garde (futurisme, constructivisme) et mobilise des artistes comme Maïakovski, Meyerhold, Piscator, Wolf ou Brecht.