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adab

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Mot arabe, notion clé lorsqu'il s'agit de comprendre la culture, les lettres, voire la société et la civilisation arabes, mais que l'on a parfois tendance à réduire, par commodité ou par abus, à un genre littéraire. Aujourd'hui, adab signifie aussi bien politesse, au sens fort du terme, que littérature ou lettres, mais ce mot a eu d'autres sens. Dérivé d'une racine renvoyant à l'idée d'usage, le terme indique à l'origine une pratique souhaitable, que l'on pouvait confondre avec la notion de sunna. Après l'installation de l'islam et l'octroi à la sunna d'un rôle clairement religieux, lié aux traditions prophétiques et au hadith, il semble que les premières codifications se soient attachées à dégager de l'adab une fonction qui fasse la différence, plus neutre, qui se démarque du religieux sans pour autant s'y opposer. Le développement de la littératrure arabe, sous le pavillon de l'adab, aussi bien en poésie qu'en prose, a assurément trouvé là l'un de ses meilleurs supports. À commencer par le livre d'Ibn al-Muqaffa' (m. 756), al-Adab al-kabir (le Grand Adab), livre peut-être fondateur. Celui-ci propose, comme son titre l'indique, un adab synonyme de règles de conduite, selon deux axes : premièrement, dans le cadre spécifique du pouvoir, un adab adressé au gouvernant (fuir la flatterie, ne pas céder à la colère, etc.) et au gouverné (savoir parler, être de bon conseil, garder le silence) ; deuxièmement, dans un cadre non hiérarchisé, il propose un adab du comportement, et particulièrement envers les amis (comment les choisir, quand se montrer généreux, patient). En partant donc de cet écrit, l'un des plus anciens du genre, et en faisant varier le mode de présentation des règles introduites, notamment en les accompagnant d'exemples, d'anecdotes, en faisant varier également le cadre, plus général ou plus spécialisé, auquel l'auteur désire appliquer ces règles, on parvient à grouper une importante quantité de livres, parfois fort distincts les uns des autres, mais qui demeurent tous, à cause de leur mode d'élaboration, et sans doute aussi de leur fonction, des livres d'adab. L'Adab al-'akl, que l'on peut traduire par la Politesse de la table,fournit au xive siècle un ensemble de recommandations qui concernent les modalités du boire et du manger, l'art de la table, conformément aux bonnes manières. De ce fait, il n'a qu'un lointain rapport avec la littérature. En revanche, si ces recommandations concernent la sphère de la parole, du langage, de la conversation, de la manière de l'engager et de l'entretenir sur tel ou tel sujet entre personnes cultivées, l'ouvrage prend immanquablement une tournure littéraire : car inciter le lecteur à faire preuve d'éloquence et d'esprit, c'est lui fournir des textes-modèles, des discours, des récits édifiants ou humoristiques, de beaux poèmes, bref une littérature dont la connaissance, à l'instar de l'art de la table, est jugée nécessaire, dans la civilisation arabe comme dans de nombreuses autres civilisations, à l'homme social.