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Miguel de Unamuno

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain espagnol (Bilbao 1864 – Salamanque 1936).

L'œuvre du philosophe, du romancier, de l'auteur dramatique et du poète trouve sa source et son unité dans l'inquiétude existentielle qui l'anime, sa force et son enracinement dans l'homme tout entier engagé dans l'événement social, politique et culturel contemporain. Distinguant l'histoire, éphémère, de l'« infra-histoire », permanente, et substituant au dépassement hégélien des contraires une perpétuelle tension, le philosophe tente de trouver, afin de sortir l'Espagne de son marasme intellectuel, un compromis entre le traditionalisme exacerbé et l'ouverture aux courants européens. Dans un des livres majeurs de la « génération de 1898 », l'Essence de l'Espagne, où il a réuni cinq essais (1916), il présente une vision idéale de « l'Espagne éternelle », incarnée surtout dans la Castille, un panorama des vices de la société et de la politique, et propose un retour à la tradition profonde. Il trouve dans la figure de Don Quichotte (Vie de don Quichotte et Sancho, 1905) et dans les paysages de son pays (Paysages, 1902 ; De mon pays, 1903 ; Par les terres du Portugal et de l'Espagne, 1911) les valeurs de l'âme espagnole. Le Sentiment tragique de la vie (1913) et l'Agonie du Christ (1924) révèlent de façon tragique le déchirement du philosophe entre foi et raison.

Assoiffé d'immortalité et dévoré par la volonté de s'accomplir dans la conquête de ce qui n'est pas lui, il trouve un écho au déchirement de sa conscience aussi bien chez les écrivains et penseurs romantiques (Leopardi, Carlyle, Senancour, Kant, Hegel) que chez saint Paul, saint Augustin, Pascal et Kierkegaard, et envisage une conception de la foi chrétienne et de la dignité d'être mortel selon une perspective toute personnelle, qui préfigure l'existentialisme. C'est d'ailleurs un trait de son existentialisme que son recours au roman, où, pour rendre compte, sous le tumulte des événements, du cours ininterrompu de l'« infra-histoire » à travers l'évocation de la guerre carliste (la Paix dans la guerre, 1897), pour déceler, sous l'apparente contradiction du comportement de ses personnages plongés dans des situations extrêmes, la cohérence de leur conduite, le secret de leur être (Amour et pédagogie, 1902 ; Brume, 1913 ; Abel Sanchez, 1917 ; la Tante Tula, 1921), il rompt avec les conventions du roman réaliste, et crée la « nivola », une variété de la « novela ». Tendant vers le même caractère abstrait que ses romans, ses drames (Phèdre, 1921 ; Rachel prisonnière, 1921 ; Médée, 1933 ; le Frère Jean ou le monde du théâtre, 1954) ne passent pas la rampe.

En 1907, Unamuno publie un recueil de Poésies, prologue à une abondante œuvre poétique (Rosaire de sonnets lyriques, 1912 ; Rimes de l'intérieur, 1923 ; Thérèse, 1924 ; Romancero de l'exilé, 1928 ; Cancionero, 1953 ; 50 poèmes inédits, 1958), où réside sans doute son génie le plus pur, et où la langue, âpre et rocailleuse, est, à l'image de l'homme, sans concession.