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Jacques Roubaud

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Caluire-et-Cuire, Rhône, 1932).

Mathématicien et poète, mais aussi théoricien du vers (la Vieillesse d'Alexandre, 1978 ; Soleil du Soleil, 1990), médiéviste, traducteur, écrivain pour enfants, membre de l'Oulipo et du groupe Alamo, il revisite le réservoir de formes des traditions les plus diverses « dans une disposition intérieure à la fois respectueuse, exaltée et ironique, furieuse ». Mono no aware (1970) transmue 143 haiku, renga et choka japonais ; Trente et Un au cube (1974) est composé de 31 liasses à déployer avant lecture (31 poèmes de 31 vers de 31 pieds sur 3 thèmes), inspirées des tanka ; la Fleur inverse (1986) traduit 119 cansos de troubadours. Avec Florence Delay, il restitue l'enchevêtrement merveilleux des récits médiévaux (Graal théâtre, 1977) ou traduit des chants indiens d'Amérique (Partition rouge, 1989). La trilogie romanesque de la Belle Hortense (1985, 1987 et 1990), policière et algorithmique, drôle et virtuose, rend hommage à Queneau.

Le savoir encyclopédique et éclectique de cet humaniste moderne, le caractère hétéroclite de son œuvre ne doivent pas masquer la profonde unité de sa démarche. Roubaud est un « troubadour » (celui qui trouve, c'est-à-dire celui qui cherche) dont l'œuvre se rattache à la tradition du trobar ric médiéval : réflexion théorique et activité ludique font de la poésie une « forme de vie » dont le sens naît de la dialectique de la règle et du jeu, et se construit comme une cité idéale grâce à des considérations mathématiques : même la poésie aphasique qui dit la mort de sa femme (Quelque chose noir, 1986) est structurée (9 poèmes de 9 phrases). e (1967) apparaît ainsi comme un manifeste : le signe de la relation d'appartenance relie poésie, mathématique et jeux. Le recueil est un réseau au sein duquel le lecteur a le choix entre plusieurs parcours : protocole d'une partie de go (361 textes ou pions), déroulement des séquences de poèmes ou approche tabulaire (un sonnet de sonnets).

Autre constante de l'œuvre, l'autobiographie s'inscrit très tôt sous le signe de l'altérité. Autobiographie, chapitre dix (1977), composée de citations de poèmes écrits dans les dix-huit ans précédant sa naissance, raconte sa vie avec les mots des autres. L'ambitieuse construction du GRIL (le Grand Incendie de Londres, 1989, la Boucle, 1993, Mathématique :, 1997, Poésie :, 2000, la Bibliothèque de Warburg, 2002) mêle journal personnel et récit de l'œuvre en train de s'écrire pour tisser les fils emmêlés de la mémoire et de l'oubli. Ce « récit avec incises et bifurcations » combine la structure arborescente de la prose médiévale avec une ingénieuse technique de rédaction sur ordinateur (retraits et couleurs). L'image initiale du figuier permet de décrire l'unité singulière du parcours éclaté de Roubaud comme celle d'une anamnèse.