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Jean de Rotrou

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Auteur dramatique français (Dreux 1609 – id. 1650).

Il abandonna vite le projet de devenir avocat pour être le « poète à gages » des Comédiens du Roi. Lié avec Mareschal, Pichou, Scudéry, il fut protégé par Richelieu, le comte de Belin, le comte de Soissons, avant de regagner, en 1639, sa ville natale et devenir lieutenant du bailliage de Dreux. De son œuvre abondante, inégale, diverse, une trentaine de pièces ont été conservées. On y trouve des comédies (les Ménechmes, 1630-1631 ; la Bague de l'oubli, 1635 ; la Belle Alphrède, 1636 ; la Sœur, 1647), des tragi-comédies (l'Hypocondriaque, 1628 ; les Occasions perdues, 1633 ; l'Heureux Naufrage, 1637 ; l'Innocente Fidélité, 1637 ; Venceslas, 1647) et des tragédies (Hercule mourant, 1634 ; Bélisaire, 1644 ; Cosroès, 1649). Rotrou est, après Corneille, le second des tragiques français du xviie siècle. Mais il demeure un auteur de la vieille école, fort peu partisan des règles : son univers étonne par ses excès, ses tensions, son foisonnement, son romanesque, ses interrogations, sa violence, ses quiproquos, ses travestis. Le monde de Rotrou privilégie le spectaculaire, l'éclat du verbe, les vers brusques, les tirades rocailleuses et suggestives dans leurs méandres mêmes. C'est un théâtre de l'ambiguïté et du déguisement, qui culmine dans le Véritable Saint Genest (1646), où le comédien est pris à son propre jeu : l'acteur, jouant le rôle d'un martyr chrétien devant l'empereur qui les persécute, est touché par la grâce, et devient celui qu'il jouait à être. La « mise en abyme » du théâtre par le théâtre, propre à l'art baroque, permet ici une saisie purement dramatique du phénomène de la conversion. Cette traversée des apparences, qui connaît aujourd'hui de si étonnantes résonances, fut longtemps dévalorisée, au nom de la raison et des règles classiques.