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Ram-Ker

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Le Ram-Ker, orthographié dans la pratique courante Ream-Ker, est la version cambodgienne du Ramayana de l'Inde. Son titre signifie « la gloire de Rama » ou « la renommée de Rama ». Il ne s'agit pas là d'une traduction, pas plus que d'une adaptation en khmer d'un original sanskrit ou hindi, ni d'un résumé ou d'un raccourci de telle ou telle version indienne. Le Ram-Ker est une œuvre khmère, probablement datée du xvie s. mais reprise par les copistes et remaniée et découpée pour le théâtre. En effet, tout autant qu'un long poème écrit dans une langue savante et poétique, le Ram-Ker a été transmis par la tradition orale des conteurs et des chanteurs, par le spectacle et la danse, par le théâtre d'ombres, par la musique orchestrale et chorale. Certains de ses épisodes ont été sculptés, notamment sur les murs du temple d'Angkor-Vat, et ont par ailleurs inspiré les peintres et les imagiers.

Nous disposons, outre plusieurs manuscrits (en tout 5 034 strophes), d'une édition imprimée en caractères cambodgiens par la Bibliothèque royale de Phnom-Penh en 1937. Elle comprend seize livrets, dont la composition, d'ailleurs incomplète, correspond à la représentation scénique. Chaque séquence définit à la fois un chant destiné à être récité ou chanté par les choristes, et mimé par les danseuses du théâtre-ballet classique. Tout, dans ce type de théâtre, héritier du drame magico-religieux, est strictement codifié : modes de récitation, de musique, position des mains, expression chorégraphique. Le public reconnaît d'emblée quel est l'épisode évoqué et qui sont les personnages présents sur la scène.

Il faut ajouter que dans la tradition khmère le Ram-Ker est joué par d'autres troupes que celles qui, dans le passé, évoluaient au palais royal ou devant Angkor-Vat. Des troupes populaires, comme celle du Lokhon Khol, jouaient dans les provinces de Kandal et de Battambang. Il est repris de nos jours, à Paris même, par des groupes de jeunes Khmers attachés à maintenir leur héritage artistique.

Classiques ou populaires, les différentes versions du Ram-Ker présentent une certaine unité. La première partie du récit est consacrée à l'origine des personnages, au Prince Rama lui-même, d'essence divine, puisqu'il est selon la tradition indienne une incarnation du dieu Visnu, mais qui, ici, devient « bourgeon de Bouddha », Bodhisattva marqué par le bouddhisme local. Puis, le texte illustre le départ de Prah Ram, son exil dans la forêt avec son épouse Sita (Seta) et son frère Lakshmana (Laks), l'enlèvement de Sita par le roi des démons Ravana (Rab), la longue guerre entre Prah Ram et Rab, les exploits du singe Hanuman, la victoire de Prah Ram et son retour avec Sita au royaume de son père. Une troisième partie, rarement mise en scène, concerne l'exil de Sita, la présentation de ses deux enfants et l'apothéose finale. Le Ram-Ker est le chef-d'œuvre de la littérature khmère, par ses images, la richesse de sa langue, le raffinement de la versification. Les dieux, les démons, le peuple des singes, les ascètes-ermites animent les paysages fantasmagoriques de l'Himavant et des forêts de l'Inde, et maintes scènes célèbres comme le franchissement de la mer et le survol de la brillante capitale de Sri Lanka.