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Portugal

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Au Moyen Âge, le royaume de Portugal s'insère, aux côtés de ceux de Léon, Castille et Aragon, dans un ensemble politique péninsulaire, structuré culturellement par un certain nombre de cours royales et seigneuriales, de couvents, de sièges épiscopaux et d'universités. Parmi les différents dialectes ressortent le castillan, qui va imposer sa suprématie à la majeure partie de la péninsule Ibérique, et le galaïco-portugais, parlé en Galice, province occidentale du royaume de León et dont le comté du Portugal a d'abord été une dépendance. Les chevaliers galiciens qui repoussaient les musulmans vers le sud amenaient leur langue avec eux, tandis que les moines effectuaient la pénétration culturelle. L'ordre de Cluny et celui de Cîteaux y ont joué un rôle très important. Alphonse Henriques, premier roi portugais, fonde en 1153 le monastère d'Alcobaça, premier foyer de la culture monastique portugaise. Cette culture ainsi que la poésie pratiquée dans les cours royales sont les premières manifestations de la littérature portugaise.

Origines

La culture laïque en langue vulgaire revêt une énorme importance dans la littérature nationale. À caractère local et transmise oralement, à l'origine, par des jongleurs, elle va donner une poésie lyrique, recueillie dans les cancioneiros. On distingue dans la poésie galaïco-portugaise la « chanson d'amour » (cantiga d'amor), à voix masculine et qui reflète l'influence provençale, la « chanson d'ami » (cantiga d'amigo), à voix féminine, d'inspiration populaire, traditionnelle et autochtone, et la chanson satirique « de raillerie et médisance » (cantiga de escárnio e maldizer). Parmi les poètes de cette période, il faut citer le roi Dinis. À la fin du xiie s., le roman de chevalerie apparaît dans la péninsule Ibérique. À cette époque appartiennent la traduction de la Quête du saint Graal, suivie de José de Arimateia. C'est seulement à la fin du xive siècle qu'un roman original apparaît en portugais : Amadis de Gaule, attribué à Vasco de Lobeira. Les livres de lignages, compilations sur la généalogie des familles nobles, ainsi qu'une Chronique de D. Alphonse Henriques, fondée sur les traditions épiques, démontrent l'ampleur considérable de la littérature portugaise dès le milieu du xive s. Avec Fernão Lopes (vers 1380-v. 1458) naît l'historiographie portugaise : s'il a en commun, avec ses successeurs Gomes Eanes de Zurara (vers 1410-1474) et Rui de Pina (vers 1440 – v. 1520), la matière, les méthodes et la rigueur historique, il les domine par l'art et la lucidité.

Renaissance et baroque

Jusqu'au milieu du xvie s., certaines formes et thèmes liés à la culture médiévale persistent dans le lyrisme, le roman et le théâtre, bien que l'influence humaniste se dessine déjà. Ainsi, dans le Cancioneiro Geral (1516) de Garcia de Resende, perçoit-on l'influence de Pétrarque et de sa conception de l'amour. Bernardim Ribeiro (1482-v. 1536), auteur du « roman sentimental » (Menina e Moça), cultive l'églogue, genre importé d'Italie par Sá de Miranda, mais dans la redondilha traditionnelle et en utilisant savamment des éléments populaires. Le théâtre connaît un bouleversement profond avec Gil Vicente (vers 1465-v. 1536) : auteur bilingue (portugais-castillan), considéré comme le créateur du théâtre portugais, il dépeint avec son lyrisme et sa verve populaire toutes sortes de types sociaux. Entre-temps, inspiré par la Renaissance italienne, le théâtre classique, dont António Ferreira (1528-1569) est le principal représentant, se développe. Si Francisco Sá de Miranda (1480-1558) écrit aussi des pièces de la même veine, il joue surtout un rôle marquant dans la poésie en introduisant au Portugal un style nouveau, cultivant le sonnet et l'églogue, tout en continuant la tradition satirique et moralisatrice du Cancioneiro Geral auquel il a collaboré. Autour de lui se crée une école de poètes « italianisants » : le premier sera António Ferreira, qui se fera le défenseur de la culture classique et de la langue nationale contre la double mode du castillan et du latin. Le plus grand poète du xvie s. demeure Luís de Camões (1524-1580), soldat, courtisan, voyageur ouvert à l'expérience vécue, dont le poème épique des Lusiades exalte le peuple portugais et opère la synthèse d'un siècle traditionaliste, humaniste et conquérant. Dans le domaine de l'historiographie, des textes surgissent, nourris de l'expérience très vaste acquise au cours des découvertes maritimes : ainsi João de Barros fait dans Décennies de l'Asie le récit des conquêtes du Portugal en Asie ; de son côté, Damião de Gois (1502-1574), humaniste lié à Érasme et à Luther, laisse une œuvre intéressante par l'indépendance de ses opinions. Avec les découvertes maritimes et les contacts avec d'autres peuples apparaissent les relations de voyages comme la Pérégrination de Fernão Mendes Pinto (1514-1583) et l'Histoire tragico-maritime. Au xviie s., la crise qui entraîne la domination politique et culturelle castillane étouffe la créativité artistique nationale. Signalons cependant l'œuvre poétique de Francisco Rodrigues Lobo (1580-1627) et l'œuvre historiographique de Frei Luís de Sousa (1555-1632) qui, dans la Vie de Frei Bartolomeu dos Mártires, osa élever la voix contre la domination espagnole ; dans le domaine théâtral, poétique et philosophique, se détache Francisco Manuel de Melo (1608-1666). À la même époque, le jésuite António Vieira (1608-1697) se montre, dans son œuvre d'épistolier et de prédicateur, un vigoureux défenseur des droits des peuples et des hommes.

Les Lumières

Au xviiie s., la pensée des Lumières pénètre au Portugal grâce à une élite intellectuelle ayant fui les rigueurs de l'Inquisition. Parmi ces « étrangers » (estrangeirados), qui exercent à distance une grande influence sur le pays, il faut citer Luís António Verney (1713-1792), opposé à l'esprit scolastique qui domine alors l'enseignement, le médecin Ribeiro Sanches (1699-1783) et le chevalier Francisco Xavier de Oliveira (1702-1783) dont les idées inspirent les réformes du marquis de Pombal. Les autodafés cessent et les jésuites sont expulsés du Portugal (1759). De nouvelles écoles sont créées, l'université est réformée. De jeunes écrivains fondent l'association littéraire « Arcádia Lusitana » : l'imitation des classiques doit s'opposer au « baroquisme » ; les Arcadiens visent à rénover le théâtre et créent un nouveau langage poétique ainsi dans la Cantate de Didon, imitée de Virgile, de Correia Garção (1724-1772). En marge des néoclassiques, les œuvres des poètes Nicolau Tolentino (1740-1811) et de Manuel Maria Barbosa du Bocage (1765-1805) annoncent le romantisme.

Le romantisme et la « génération de 70 »

Au Portugal, la révolution romantique a lieu pendant les luttes entre libéraux et absolutistes et ce sont des écrivains exilés politiques à l'étranger qui en rapportent les idées nouvelles. Deux grandes figures représentent le romantisme au Portugal : Almeida Garrett (1799-1854), poète lyrique, analyste psychologique dans ses romans et réformateur du théâtre portugais ; Alexandre Herculano (1810-1877), romancier, historien, poète, journaliste, militant de la cause libérale, qui bénéficie auprès de sa génération d'un immense prestige intellectuel et moral. Contemporain de la première génération romantique, António Feliciano de Castilho (1800-1875) se complaît dans un certain formalisme. La deuxième génération romantique, qui marque la transition vers le réalisme, s'incarne dans Camilo Castelo Branco (1825-1890), célèbre pour son Amour de perdition, et Júlio Dinis (1839-1871), déjà proche du naturalisme. Les nouvelles doctrines sociales (Proudhon), philosophiques (Hegel), les événements politiques de l'étranger (organisation de la Ire Internationale, Commune de Paris) se répercutent au Portugal. Dans le domaine littéraire, c'est la « génération de 70 », composée de jeunes intellectuels formés à Coïmbre, en contact avec les courants littéraires, scientifiques et philosophiques les plus récents, qui réagit contre le romantisme dépassé et contre l'autorité magistrale. Poète lucide et tourmenté, Antero de Quental (1842-1891) prend la tête d'une polémique littéraire (« bon sens et bon goût ») contre Castilho, représentant de la vieille école, et défend les nouvelles doctrines esthétiques : ses Odes modernes sont le triomphe de la nouvelle couche intellectuelle, liée à l'Europe, contre l'étroitesse provinciale. D'autres écrivains de la « génération de 70 » marquent également le mouvement réaliste : Eça de Queiroz (1845-1900), dont l'œuvre constitue une critique des mœurs de la société de son temps ; Joaquim Pedro de Oliveira Martins (1845-1894), historien et grand romancier par son sens du pittoresque et son extraordinaire pouvoir descriptif ; Abílio Guerra Junqueiro (1850-1923), satiriste et pamphlétaire, représentant de la nouvelle école poétique structurée par la pensée révolutionnaire ; José Duarte Ramalho Origão (1836-1915), qui fait la caricature, à la lumière des penseurs socialistes, du libéralisme portugais, des types et des milieux nationaux ; José Valentin Fialho de Almeida (1857-1911), auteur de Contes et de pamphlets contre la monarchie ; Duarte Gomes Leal (1848-1921), qui rénove la poésie portugaise par des images nouvelles annonçant le symbolisme. Introduit par Eugénio de Castro (1869-1944) avec Oaristos, le symbolisme sera surtout représenté par Camilo Pessanha (1867-1926) et António Nobre (1867-1903). De son côté, le poète Cesário Verde (1855-1886) crée, avec le Livre de Cesário Verde, une expression neuve adaptée à une nouvelle réalité.

Le xxe siècle

Au début du xxe s., le mouvement du saudosismo (« nostalgisme ») atteint son apogée avec les œuvres de Teixeira de Pascoaes (1877-1952) tandis que, dans le théâtre et l'essai, Raul Brandão (1867-1930) se révèle un précurseur de l'existentialisme. Le modernisme, illustré par les groupes des revues Orpheu et Presença, rompt avec les formes d'expression du passé : Orpheu (1915), formé à Lisbonne, se montre non conformiste jusqu'au scandale ; son message futuriste domine l'époque et il révèle Mário de Sá Carneiro (1890-1916) et, surtout, Fernando Pessoa (1888-1935). Le second groupe moderniste, constitué autour de Presença (1927-1940), révèle des poètes tels que José Régio (1901-1959) et João Gaspar Simões (1903-1987), critique du mouvement. António Patrício (1878-1930), en opérant la synthèse entre le saudosismo et le symbolisme, et Júlio Dantas (1876-1962) résument, à des niveaux fort différents, le théâtre contemporain. Succédant à une longue période naturaliste, les talents les plus divers s'affirment dans le domaine de la prose avec le romancier Aquilino Ribeiro (1885-1963), dont le style s'inspire à la fois des langues régionales et des auteurs classiques, et l'essayiste António Sérgio (1883-1969), qui exerce une grande influence sur les intellectuels groupés autour de la revue Seara Nova. À leur suite s'inscrivent le poète et le conteur Miguel Torga (né en 1907), Irene Lisboa (1892-1958) et Florbela Espanca (1894-1930), qui, par l'affirmation de l'érotisme féminin exprimée dans ses sonnets, tient une place à part dans son époque. Mais la dictature salazariste finit par imprimer sa marque sur les consciences, et le néoréalisme apparaît bientôt comme le moyen de poursuivre la lutte politique dans le champ de la littérature, à l'exemple d'auteurs comme Carlos de Oliveira (1921-1980), Fernando Gonçalves Namora (1919-1989), Alves Redol (1911-1969) et Vergílio Ferreira (1916-1996) qui s'acheminent vers l'existentialisme et la métaphysique, tout comme Urbano Tavares Rodrigues (né en 1923). En poésie, Adolfo Casais Monteiro (1908-1970), Jorge de Sena (1919-1978), Eugénio de Andrade (né en 1923) sont parmi les plus représentatifs, tandis que le mouvement surréaliste s'illustre avec Mário Cesariny de Vasconcelos (né en 1923), António Ramos Rosa (né en 1924) et António Maria Lisboa (1928-1953). La poésie nouvelle, dite expérimentale, est marquée par des poètes tels Herberto Helder (né en 1930), Alexandre O'Neill (1924-1986), Natália Correia (1923-1993), David Mourão-Ferreira (né en 1927). À partir de 1968, les groupes d'avant-garde se multiplient, révélant entre autres Nuno Júdice (né en 1949), chez qui le discours poétique devient son propre métalangage, João Miguel Fernandes Jorge (né en 1943), António Franco Alexandre (né en 1944) et, surtout, Nuno Guimarães (1942-1973), qui essaient de nouvelles articulations du vers. Au théâtre, Luís Francisco Rebelo (né en 1924) se livre à une étude sociale et existentielle, Bernardo Santareno (1924-1980) et Luís de Sttau Monteiro (1926-1993) accusent dans leur œuvre l'influence de Brecht. Dans le domaine de la recherche critique, Jaime Zuzarte Cortesão (1884-1960) et António José Saraiva (1917-1993) témoignent, entre autres, de l'aptitude d'une culture à se définir dans la rigueur, tandis qu'Eduardo Lourenço, né en 1923, se livre à une Psychanalyse mythique du destin portugais, dont Pessoa est un paradigme. Le « nouveau roman » va marquer une étape vers de nouvelles structures du récit avec Almeida Faria (né en 1943). Avec ses romans-fleuves, Agustina Bessa-Luis (née en 1922) avait déjà ébranlé les traditions d'un genre toujours attaché à l'héritage queirosien. Dans les années 1970, une génération d'avant-garde rompt avec le passé même récent : sa principale représentante est Maria Velho da Costa (née en 1938), adepte de la « désécriture » qui annonce les recherches de romancières comme Lídia Jorge (née en 1947), de romanciers comme Américo Guerreiro de Sousa (né en 1942), auteur de Là où tombe l'ombre (1983), et surtout de António Lobo Antunes (né en 1942), qui fait fructifier les leçons de Céline et de Faulkner dans des récits au tissu narratif éclaté. La littérature portugaise est aujourd'hui reconnue, divulguée par nombre de traductions. La reconnaissance internationale s'est affirmée en 1998, avec l'attribution du prix Nobel au romancier José Saramago (né en 1922).