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Isaac Leib Peretz

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain de langue yiddish et hébraïque (Zamosc, Pologne, 1852 – Varsovie 1915).

Né dans une ville multiculturelle, Peretz reçut une éducation juive traditionnelle mais néanmoins ouverte aux langues et cultures européennes. Après des débuts poétiques en hébreu (la Vie d'un poète hébreu, Varsovie, 1877), il n'écrit pratiquement pas pendant une décennie. Lorsqu'il renoue avec la littérature, il le fait en yiddish avec sa ballade Monish (1888), premier poème narratif moderne dans cette langue.

En 1889, établi à Varsovie, Peretz devient fonctionnaire de la communauté israélite. Il continue d'écrire en yiddish. Ayant participé à une enquête sur les conditions de vie des Juifs dans les bourgades de Pologne, il en tire les thèmes de plusieurs nouvelles et de ses Tableaux d'un voyage en province (1891). Il reste néanmoins toujours attaché à l'hébreu, langue dans laquelle il compose des poèmes d'amour (le Chalumeau, 1894), où l'on perçoit l'influence de Heine.

Croyant de plus en plus au pouvoir de la littérature yiddish naissante pour changer la vie de son peuple, il publie dès 1891 les recueils « Bibliothèque juive », où il fait connaître de jeunes auteurs comme Avrom Reisen, Yehoash ou Dovid Pinski. Plus tard, Peretz accueillera Scholem Asch, Itshe Meir Weissenberg, Menakhem Boreisho. La jeune génération voit en lui un maître à penser.

Attiré par les idées socialistes, il fréquente dans les années 1890 les premiers cercles de travailleurs juifs et s'engage à leurs côtés par des nouvelles comme le Chapeau de fourrure (1893) ou Bontche le silencieux (1894). Autres contes (Mendl Braïnes et la Paix du foyer, 1891, ou la Colère d'une épouse, 1893), expriment sa préocupation pour le statut de la femme dans la société juive.

Dès le début du xxe siècle, mesurant l'étendue du bouleversement de la vie juive que la littérature moderne avait appelé de ses vœux et que l'histoire avait imposé, Peretz s'oriente vers la recherche d'une synthèse entre esprit renovateur et vieilles sources du judaïsme. Il pratique et encourage la recherche ethnographique, et renoue avec le récit hassidique traditionnel. Dans ses cycles de contes Histoires à la manière populaire (1908-1913) et Hassidiques (1897-1912), il développe ces sources avec un style d'une grande beauté poétique, qui doit beaucoup aux meilleures pages des contes de Rabbi Nahman de Bratslev. Sans renier sa foi dans la révolution, il exprime sa crainte qu'une tentation despotique ne vienne la pervertir (essai Espoir et crainte, 1906).

Pendant sa dernière époque, Peretz se consacre beaucoup à la forme théâtrale. Ses drames la Chaîne d'or (1907), Enchaîné devant le temple (1908) et la Nuit sur le vieux marché (1907-1913) abordent les grands conflits, aussi intemporels que contemporains, de la vision juive du monde : désir messianique opposé au rigorisme de la pratique religieuse, grandeur et déclin de la foi, soif d'absolu qui se dévoie, culpabilité et quête de rédemption. Dans la Nuit sur le vieux marché, pièce à la construction raffinée, son inspiration poétique et visionnaire atteint des sommets.

Reconnu comme la figure centrale de la littérature yiddish, Peretz exerça sur elle une influence durable. Les défis qu'il lui proposa ont fortement marqué les choix des auteurs jusqu'en 1939.