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Paraguay

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature paraguayenne est considérablement marquée par l'histoire et la politique d'un pays où écrire a le plus souvent été considéré comme un acte subversif, et l'est encore. Après l'indépendance (1811), la République déclarée en 1813 est confisquée dès 1814 par le dictateur J. Rodríguez de Francia, qui gouvernera en censeur impitoyable jusqu'à sa mort (1840). Son nationalisme total empêche toute relation avec les littératures étrangères. Après une période de démocratisation, le Paraguay doit subir la guerre de la Triple Alliance (1865-1870), d'où il sort vaincu. La lente reconstitution nationale ne se traduit dans les lettres que par des ouvrages polémiques ; la première expression véritablement littéraire est un modernisme (A. Guanes, E. Fariña Nuñez) qui partout ailleurs a disparu. C'est contre ce courant décadent – encore illustré par M. Ortiz Guerrero (1897-1933) et le groupe rassemblé par H. Fernández autour de la revue Juventud – que s'élèveront les tenants d'une « modernité » qui prendra son essor lors de la guerre du Chaco (contre la Bolivie, 1932-1935), et dont le premier représentant est Julio Correa (1880-1953), suivi par Josefina Pla, chantre de la nouvelle poésie (le Prix des rêves, 1934). Dans les années 1940, ce courant est illustré par H. Campos Cervera, l'exemple même du poète engagé contre la dictature, tout comme la plupart de ses confrères en littérature (A. Roa Bastos, Elvio Romero). En 1953, R. Bareiro Saguier fonde la revue Alcor, qui réunit des poètes que la dictature oblige à avoir recours aux métaphores et aux symboles (Carlos Villagra Marsal, J. M. Gómez Sanjurjo, María Luisa Artecona). Une nouvelle revue, Diálogo, est fondée en 1961 par M. A. Fernández, autour de laquelle se regroupent des poètes caractérisés par le pessimisme de leur ton, qui privilégient la dimension métaphysique, religieuse et philosophique, ainsi qu'un engagement total dans la réalité politique et sociale (Esteban Cabañas, Oswaldo González Real, Roque Vallejos).

Avec le courant nationaliste illustré par Juan O'Leary, le roman ne s'écarte guère du tableau de mœurs traditionnel, lénifiant et sans véritable lien avec la réalité du pays. En 1952, il s'ouvre pourtant à la modernité revendiquée bien plus tôt par les poètes. C'est l'année de parution de la Limace, de G. Casaccia, qui crève la baudruche d'une prétendue paix sociale au Paraguay ; il est suivi dans cette voie par A. Roa Bastos, qui, avec Moi le Suprême (1974), s'installe au premier rang de la littérature latino-américaine. Cette lucidité caractérise aussi d'autres écrivains, dont certains n'ont pas quitté leur pays : Reinaldo Martínez (Juan Bareiro, 1957) ou J. Ruiz Nestosa (les Musaraignes, 1973). Les autres, comme C. Garcete (le Fleuve de l'Est, 1971), Juan B. Rivarola Matto (Général général, 1973), vivent et publient à l'étranger.

Le théâtre s'exprime non seulement en espagnol, mais aussi en guarani, l'autre langue officielle du pays. Le grand dramaturge de notre époque est le poète J. Correa ; mais il existe plusieurs groupes qui maintiennent vivant, mais de façon confidentielle, le courant du théâtre de protestation (González Davalle). Les ethnologues, comme León Cadogan (1889-1973), tentent de sauver de l'oubli les poèmes d'expression guarani (Ayvu rapytá), langue à laquelle la plupart des écrivains, à l'image de Roa Bastos, font de larges emprunts dans leurs œuvres.