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Micronésie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La Micronésie fait partie, du point de vue culturel et linguistique, de l'ensemble austronésien.

 En effet, bien qu'extraordinairement riche en variantes, la littérature de cette zone forme un tout avec celle des îles polynésiennes (les Ellice, à l'est de la Micronésie, parlent des langues nettement polynésiennes). Ainsi, les généalogies y ont une place centrale et les thèmes mythiques austronésiens se retrouvent d'îles en îles.

L'opposition entre les îles basses (atolls coralliens sur des pics engloutis) et les îles hautes (pics émergés) correspond à des conditions de vie différentes. La vie sur les atolls dépendant essentiellement de la mer et du vent, les populations de marins qui y vivent ont, depuis toujours, entretenu des relations régulières avec les gens des îles hautes, refuges en cas de cyclones dévastateurs, de sécheresse et centres d'échanges de biens, de femmes. Certains ethnologues ont baptisé les îles partenaires de tels réseaux du nom d'empire (ainsi celui de Yap et sa zone d'influence). Les conditions matérielles difficiles ont développé une remarquable disposition à l'entraide chez les Micronésiens.

Les archipels de Micronésie ont été depuis longtemps soumis à des influences étrangères ; celle, d'abord de la culture et de la langue des Philippines avant l'arrivée des Espagnols, il y a quatre siècles, aux Mariannes, puis au cours des périodes de colonisation, les îles ont été allemandes (Nauru, les Marshall), espagnoles (les Carolines) ou anglaises (les Gilbert), avant d'être occupées par les Japonais au cours des deux guerres mondiales, pour finalement passer sous contrôle américain (sous la forme de « Trust Territories »), avant d'accéder, pour certaines, à l'autonomie (Nauru, la République des Kiribati). Les contacts se sont faits par l'intermédiaire des marins (baleiniers, santaliers), des trafiquants, des missionnaires, des administrateurs et, pendant les guerres, des armées. Ils sont aussi le fait ancien de la mobilité des insulaires, phénomène accentué par l'économie moderne (les Micronésiens émigrent pour aller travailler dans les mines, au coprah, sur des bateaux, etc.). De ce brassage ancien et de son amplification récente résultent deux conséquences : d'une part, l'effacement, dans certaines régions, des structures sociales traditionnelles et de la littérature qui y correspondait ; d'autre part, l'existence d'un vif sentiment d'appartenance à un ensemble micronésien.

Ces contacts ont été plus ou moins porteurs de modifications et certains ont permis la préservation d'une partie de la culture orale. Ainsi, l'administrateur sir Arthur Grimble fut l'ethnologue des Gilbert (A Pattern of Islands, 1952) et collecta – en langue locale – de très nombreux textes, tandis que les insulaires eux-mêmes, ayant appris des missionnaires anglais à écrire leur langue, découvrirent les possibilités de l'écriture comme relais de la mémoire et remplirent des cahiers de leurs généalogies. Ces documents forment le noyau d'une littérature écrite encore à venir et témoignent de l'extraordinaire capacité de la mémoire de l'oralité.

Connue de façon très inégale et la plupart du temps de façon assez superficielle, la littérature orale tient, là comme ailleurs en Océanie, une place primordiale. Elle rend compte de l'organisation sociale, tout comme elle permet distractions, émotions artistiques et réflexions. Ainsi, les généalogies fondent les droits sur la terre, la mer (lieux de pêche, passes) et assignent à chaque individu sa place dans la société. Cette place était matérialisée par un emplacement spécial, des droits et des tâches réservées dans la construction et l'entretien de la maison commune. Les travaux de J.-P. Latouche (Mythistoire Tungari, 1984) mettent parfaitement en lumière cette imbrication mythe-généalogies-société.

Les chants, les danses comme les cycles de légendes appartiennent à des groupes ou à des familles qui pouvaient les présenter ou en échanger des éléments, lors des joutes oratoires et des spectacles montés pour des concours qui regroupaient les habitants de plusieurs îles. Orateurs, interprètes et généalogistes étaient évidemment des personnages importants, et, de nos jours, le maniement du verbe continue à être la condition à toute carrière publique.

Les thèmes littéraires sont identiques à ceux de Polynésie. Il faut cependant noter l'influence de l'Indonésie dans le thème de l'Arbre primordial (souvent issu du nombril du Créateur). Cet arbre immense porte comme bourgeons des oiseaux, des créatures marines et certaines lignées d'ancêtres ; lorsqu'il disparaît dans un incendie (les causes de celui-ci sont variées : maladresse, jalousie, désir de meurtre des habitants des branches basses, lassés d'être constamment souillés par les excréments des êtres posés sur les branches supérieures), les animaux et les esprits-ancêtres vont peupler les îles et la mer. L'épisode de l'arbre s'intercale dans le déroulement de la création, à différents moments selon les récits. Au début, règne l'obscurité et dans celle-ci flotte un Être, né de personne, debout sur l'instable. Un jour, il pense à explorer cette ombre, s'aventure aux quatre points cardinaux, appelle en vain et se découvre seul. Alors, il s'attaque à ce fragment d'inconnu sur lequel il dérive. À grand-peine, il le déchire et y trouve des formes immobiles, muettes, allongées... Pour ces êtres, il décide de séparer le ciel de la surface des eaux. Le mythe s'enrichit rapidement d'un grand nombre de comparses : les formes enfermées sont éveillées par l'Être, qui les met debout et les fait parler ; elles deviennent les aides de la création et procréent rapidement. Dans certaines versions, les formes se voient attribuer la tâche d'être piliers du ciel, de descendre peupler les mondes sous-marins et souterrains, tandis que l'Être part s'installer au ciel. Elles vont peupler les îles qui apparaissent et y achèvent la création : stabilisation de mondes encore flous qui menacent de couler dans l'abîme, si on ne les amarre solidement à une île déjà connue ou si on ne leur met pas un balancier. Mais le gros de la création des astres et des terres est l'affaire d'un des héros, homonyme du premier Être. Il reçoit l'ordre de s'arracher les yeux et de les lancer au ciel : ainsi apparaissent le soleil et la lune, puis des diverses parties de son corps déchiqueté et projeté dans l'azur et la mer naissent les étoiles et les îles. Pour peupler les îles qui leur avaient été assignées, les descendants des formes fabriquèrent des pirogues, dont le nom est aussi important que ceux des ancêtres ; les places qu'ils occupèrent sont les sujets d'épiques contestations dans les groupes où ces textes ont encore leur valeur sociale, leurs pérégrinations et les toponymes qui en résultent sont autant de preuves de droits fonciers pour leurs descendants. Les agissements divers des ancêtres sont inscrits dans la nature (rochers, lacs, courants marins, étoiles : résultats de leurs transformations personnelles, de meurtres, de constructions volontaires) et leurs décisions dans l'ordre social. C'est eux qui ont organisé les maisons communes et désigné leurs successeurs dans les fonctions qu'ils ont inventées, partagé les terres et les droits de pêche. Cet ordre, il appartenait à chacun de le maintenir et de le reproduire, et la base de cette action était formée par les récits mythiques et les généalogies qui se référaient aux ancêtres créateurs.

Parallèlement à ces ancêtres, un héros civilisateur (que l'on retrouve sous le nom de Maui tikitiki en Polynésie) intervient dans ces récits fondateurs. C'est, à la fois, un incorrigible plaisantin, aux farces parfois cruelles, et un bienfaiteur. Il apporte aux hommes le feu, l'agriculture. Protéiforme, il se présente souvent sous la forme d'un oiseau. Il bouleverse l'ordre établi avec tant de peine et crée ou recrée les conditions favorables à l'invention. Dans une société structurée, il est l'expression de la conscience d'une nécessaire évolution, de ses dangers et de ses promesses.