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Adam Mickiewicz

Adam Mickiewicz
Adam Mickiewicz

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète polonais (Zaosie 1798 – Istanbul 1855).

Né dans une famille de petite noblesse polonaise de Lituanie, il fait des études de lettres à l'Université de Wilno (1815-1819). Pénétrée de l'esprit du siècle des Lumières, celle-ci est un foyer majeur de culture polonaise malgré l'occupation russe. Mickiewicz y est un des fondateurs d'une société secrète, scientifique et patriotique, les Philomathes, puis les Philarètes. Nommé professeur au collège de Kowno (1819-1823), le jeune homme, profondément acquis aux idées libérales et à la philosophie du xviiie s., écrit dans un style encore classique des poèmes de circonstance. Il y vit un amour malheureux qu'il sublimera dans ses Ballades et Romances (1822), un recueil de poèmes qui consacre la victoire incontestable du romantisme sur le classicisme, et dont la préface constitue le manifeste du romantisme polonais. Un second recueil de poésie (1823) contient Grazyna et les iie et ive parties d'un drame, les Aïeux. Il confirme Mickiewicz comme chef de file du romantisme polonais. On y trouve les éléments qui marquent toute son œuvre : influence du romantisme européen ossianique, byronien ou schillérien, inspiration puisée dans le fonds populaire des coutumes et des légendes lituaniennes et biélorusses, dans le passé national, et souvenir de nombreuses lectures de Shakespeare. En octobre 1823, la police russe découvre l'activité des Philarètes. Plus chanceux que beaucoup de ses camarades déportés en Sibérie, Mickiewicz est condamné à l'exil en Russie. À Saint-Pétersbourg, puis à Odessa et à Moscou, où il est successivement assigné à résidence, il est reçu dans les salons polonais et les milieux libéraux russes. Il se lie avec Ryleïev et les Décabristes, devient l'ami de Pouchkine. Il fait un voyage en Crimée, où il découvre la lumière, le pittoresque et l'exotisme fascinant de l'Orient qu'il inscrit dans ses Sonnets de Crimée (1826). En 1828, il publie Konrad Wallenrod : le héros, un jeune Lituanien, enlevé par les chevaliers teutoniques, devient le grand maître de leur Ordre. Au cours de son long apprentissage, il dissimule son patriotisme polonais entretenu par un vieux barde. Au moment de la bataille décisive que l'Ordre livre à l'armée polono-lituanienne, Konrad conduit celui-ci au désastre et se suicide. Ce long poème tragique aux accents byroniens, apologie de la révolte des peuples opprimés, est une méditation sur les déchirements romantiques d'un héros qui se déshonore pour servir une cause supérieure. En 1829, après de longs efforts, Mickiewicz est autorisé à quitter la Russie. Il rend à Weimar où il est reçu par Goethe ; il voyage en Italie et en Suisse. Il se trouve à Rome quand éclate l'insurrection de Varsovie (1830). Malgré ses efforts pour se joindre au combat, il est arrêté à Poznan, et ne peut pas traverser la frontière prusso-russe. Il gagne Dresde, son exil devient définitif. Les Aïeux III, dits de Dresde (1832), restent son œuvre maîtresse. Dans les parties écrites précédemment, le héros Gustaw vivait les affres d'un amour malheureux. Désormais, dans la prison tsariste où il est enfermé, il devient un être entièrement dévoué à la cause de sa nation et de l'humanité. La cause de toutes ses souffrances n'est plus sa maîtresse infidèle, mais la patrie occupée, mise en croix comme le Christ. Le protagoniste désespéré change jusqu'à son nom, Gustaw devient Konrad. C'est un homme entouré d'instances surnaturelles (les âmes des morts dont le purgatoire est sur terre), qui lutte pour sa survie et celle de son peuple. L'éthique chrétienne s'associe à la sagesse populaire, l'amour combat la souffrance. Le monologue du défi lancé à Dieu par Konrad est connu sous le nom de « Grande Improvisation » : si Dieu est indifférent à la souffrance des hommes, tandis que lui, Konrad ne l'est pas, cela signifie que Dieu lui est moralement inférieur. Puis, dans une nouvelle mutation, le rebelle orgueilleux revient à plus d'humilité. La grandeur de l'œuvre, écrite dans une langue unique chargée d'envolées lyriques, découle des contradictions internes du Mickiewicz héritier des Lumières. Il attaque violemment l'orgueil de la raison à laquelle il oppose l'humilité de la foi en dépit de sa croyance en la vérité du cœur. Par ailleurs, son lyrisme religieux témoigne d'une perpétuelle tension entre la fierté personnelle du poète, qui se veut prophète de l'humanité, et la modestie qu'exige sa religion. En août 1832, Mickiewicz arrive à Paris. Il y est accueilli par Montalembert, chez lequel il rencontre, à côté des célébrités du romantisme littéraire, Ballanche, Lacordaire et Ozanam. Atmosphère de religiosité qui accompagne la naissance des Livres de la nation polonaise et du pèlerinage polonais (1832), une prose biblique, dont Lamennais se souviendra dans les Paroles d'un croyant. Le poète y crie à ses frères d'exil, pèlerins de la Pologne martyre, sa certitude de reconquérir par la foi, la pénitence et le sacrifice la liberté de sa patrie démembrée. Parallèlement y naît le mythe messianique de la « Pologne Christ des nations », dont le martyre voulu par Dieu rachètera le monde. Le mysticisme patriotique du Père Piotr des Aïeux y réapparaît, mûri et exalté. Le livre est condamné par le pape Grégoire XVI, au nom du conservatisme selon lequel les Polonais obéissent au tsar et aux monarques germaniques que Dieu leur a attribués. Traduit par Montalembert, le Livre des pèlerins polonais connaît un succès limité : il n'a pas convaincu les émigrés, il froisse les Français et les Anglais, dont il dénonce le mercantilisme et l'absence de valeurs morales authentiques. En 1834 paraît Messire Thaddée, épopée héroï-comique en vers, retour nostalgique aux années de bonheur en Lituanie, évocation de l'espérance de liberté que donna l'empereur des Français aux Polonais. En 1812, le frère de Napoléon, Jérôme (roi de Naples), avait établi ses quartiers dans la demeure familiale des Mickiewicz. L'événement constitue la toile de fond de ce texte considéré comme essentiel dans la littérature polonaise. L'émotion y prend le pas sur la prédication, le charme sur la prophétie. C'est la dernière grande œuvre où le poète se réfugie « refermant la porte sur les bruits de l'Europe ». L'homme est désormais dévoré par le besoin de façonner l'histoire directement, comme enseignant, prophète et combattant. Sa rencontre avec le fondateur d'une secte, Andrzej Towianski (1841) est à l'origine d'une dérive mystique qui n'est pas sans influence sur son éviction du Collège de France, dont il occupe la chaire de Littératures slaves (1840-1844). À Rome, il tente de former une Légion polonaise pour lutter contre l'Autriche, échoue et, de retour à Paris (1849), dirige pendant quelques mois la Tribune des peuples. Bibliothécaire à l'Arsenal depuis 1852, Mickiewicz part pour la Turquie, où le prince Czartoryski veut créer une légion polonaise. Il y meurt du choléra. La dépouille du « barde national » fut ramenée à Paris, inhumée au cimetière polonais de Montmorency, puis transférée au château royal de Wawel à Cracovie en 1890. Poète visionnaire, penseur fécond jusque dans ses errements, il incarne la grandeur et les illusions du romantisme polonais. Son héros des Aïeux « Avec ma Patrie, je ne fais qu'un. » il est considéré par ses compatriotes comme le plus grand poète polonais, mais les apories de l'histoire de son pays font que, de son vivant, il n'a jamais touché le sol ni de Varsovie ni de Cracovie.