En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Mali

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Le Mali est certainement l'un des pays d'Afrique qui peuvent se prévaloir du passé culturel le plus riche et le plus prestigieux. Nommé par les premiers voyageurs arabes « Bilad as Sudan » (« le Pays des Noirs »), il formait au Moyen Âge un immense empire qui s'étendait de l'océan Atlantique à l'Adrar, et auquel l'imagination populaire prêtait les couleurs d'un Eldorado mystérieux et redoutable. Les chroniqueurs arabes racontaient que les cours du Ghana et du Mali ruisselaient de richesses. Le sel, alors aussi précieux que l'or, s'y trouvait en abondance et, tout comme l'or, il ne tarda pas à susciter la convoitise des pays voisins.

Tout ce passé reste encore très vivace au cœur des Maliens, fidèles à des structures sociales et à des traditions ancestrales dont l'ensemble complexe compose une personnalité nationale très attachante. Dans bon nombre de villages, les griots (conteurs traditionnels) se transmettent encore de père en fils la geste de Soundjata ou de Kankan Moussa. Dans la caste des griots se recrutaient les conseillers du roi, les préposés à la conservation des généalogies et des constitutions, et les précepteurs des jeunes princes. Malgré tous les changements, le prestige des griots reste très grand au Mali. Ne sont-ils pas les « sacs à paroles, les sacs qui renferment des secrets plusieurs fois séculaires » ? Massa Makan Diabaté, qui est à la fois griot et écrivain, transcrivit quelques-uns des épisodes les plus fabuleux de l'épopée de son pays, mais se révèla aussi un observateur sagace de la réalité contemporaine dans les trois chroniques qui constituent le cycle de Kouta et dans Comme une piqûre de guêpe (1980). Beaucoup d'écrivains maliens se font les passeurs de textes oraux, contes et épopées. Toute l'œuvre d'Amadou Hampaté Bâ se situe à la charnière de l'oralité et de l'écriture, restituant l'enseignement de son maître, Tierno Bokar, « le sage de Bandiagara », transcrivant les grands textes de la littérature peule (l'Éclat de la grande étoile, 1974), ou racontant l'Étrange Destin de Wangrin (1973) dans un truculent récit qui évoque les fourberies d'un interprète à l'époque coloniale. Issa Baba Traoré publie Koumi-Diossé (1962), qui retrace un épisode de la résistance à la pénétration coloniale, et Contes et récits du terroir (1970). Le théâtre historique représente les anciens héros : la Mort de Chaka (1961), de Seydou Badian, le Grand Destin de Sounjata (1973), de Sory Konaté. Le théâtre satirique, plus populaire, inspiré du « koteba » traditionnel, connaît aussi un grand succès.

En tant que romancier, Seydou Badian, avec Sous l'orage (1957), le Sang des masques (1976) et Noces sacrées (1977), se montre un défenseur éclairé de la tradition, opposant fréquemment les deux univers de la ville et du village. Il est aussi essayiste (les Dirigeants africains face à leur peuple, 1964). L'autobiographie d'Aoua Keita (Femme d'Afrique, 1975), l'un des premiers textes écrit par une femme africaine, remporte le grand prix littéraire de l'Afrique noire en 1976. Yambo Ouloguem, avec le Devoir de violence (prix Renaudot, 1968), s'inscrit à contre-courant des thèses de la négritude qui idéalisaient l'image de l'Afrique traditionnelle. Saïdou Bokoum (Chaîne, 1974), Mande Alpha Diarra (Sahel, sanglante sécherese, 1981) et Ibrahima Ly, dans Toiles d'araignées (1982) et Les noctuelles vivent de larmes (1988), offrent eux aussi une vision très sombre du monde sahélien.