En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Liban

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Littérature de langue arabe

L'apport du Liban dans la renaissance (Nahda) arabe est considérable. Dès la seconde moitié du xixe s. apparaît une nouvelle élite intellectuelle, rendue sensible aux courants de pensée occidentaux diffusés entre autres par les écoles de missions religieuses européennes et américaines. Elle eut une influence profonde sur l'ensemble du monde arabe, par sa production originale et le regard neuf porté sur les chefs-d'œuvre du passé.

Les poètes se sont appliqués d'abord à imiter la poésie classique. Trois familles se sont particulièrement illustrées : les Yâzijî, les Bustânî et les Ma'lûf. Avec Khalîl Mutrân, chef de file de l'école romantique, la poésie épouse toutes les formes et épuise tous les thèmes de la sensibilité.

L'école du Mahjar (émigration syro-libanaise vers les deux Amériques) marque une grande innovation. Autour de Gibrân, une poésie déchirée, nostalgique ou révoltée, entreprend la simplification de la langue et s'ouvre sur la poésie occidentale : Rachîd Ayyûb, Georges Ma'lûf et Mîkhâ'îl Nu'ayma ont aussi inauguré une nouvelle manière de sentir et préparé l'avènement du symbolisme, particulièrement représenté par Sa'îd 'Aql, à côté de la sensibilité romantique d'Ilyâs Abû Chabaka. Autour des poètes de la revue Chi'r (fondée en 1957) s'est produit la révolution du vers libre et du poème en prose, avec Yûsuf al-Khâl, Khalîl Hâwî, Unsî al-Hâjj et le Syrien Adonis. La nouvelle génération, avec 'Abbâs Baydûn et Rachîd al-Da'îf, ébranlée après 1975 par la guerre civile, est celle du refus, de l'absurde, de la fureur, de l'impossible réconciliation entre l'amour et la révolte. La poésie populaire, écrite en arabe dialectal, témoigne d'une grande vitalité avec Emile Mubârak (1901-1979), As'ad Saba (1913-1975), As'ad al-Sab'ali (né en 1910), Joseph Hâchim, 'Ali al-Hâjj, Michel Trad.

Le genre romanesque doit ses premières œuvres à Jurjî Zaydan pour ses romans historiques, à Gibrân pour ses romans poétiques et à Mîkhâ'îl Nu'ayma, le créateur de la nouvelle libanaise. Il opte avec Tawfîq Yûsuf Awwâd, Halîm Barakât ou K. M. Karam pour un réalisme attentif aux problèmes sociaux du Liban et de la nation arabe. Le courant existentialiste trouve après 1950 des adeptes en Suhayl Idrîs et Jamîl Jabr. Le mouvement féministe, entamé par Mayy Ziyada et Warda al-Yâzijî, est largement poursuivi par Laylâ Ba'albakî, Colette Suhayl et Emilie Nasrallah.

Une nouvelle génération de romanciers s'est imposée pendant et depuis la guerre civile libanaise, autour de Hudâ Barakât, Hasan Dâwûd, Elyâs Khûrî, Rachîd al-Da'îf, Hanân al-Chaykh et Najwâ Barakât.

Le Liban est le berceau du théâtre arabe. C'est à Beyrouth en 1848 que fut jouée la première pièce en langue arabe, montée par Mârûn al-Naqqâch. Les premières troupes émigrèrent en Égypte, où elles contribuèrent largement à développer un théâtre arabe. Suhayl Idrîs et Tawfîq Yûsuf 'Awwâd proposèrent un théâtre symboliste, auquel 'Isâm Mahfûz oppose un théâtre politique, défiant la censure et refusant la langue littéraire.

Liban francophone

Le Liban est depuis longtemps largement ouvert à la culture française. Au xvie s., deux Libanais enseignèrent à Paris au Collège royal : Gabriel Al-Sahyuni et Ibrahim Al-Haklani. Dès le xviiie s., des missions françaises créèrent des établissements d'enseignement au Liban, suivies par les jésuites (1839) et, en 1909, par la Mission laïque française. Si l'arabe est la langue officielle de la République libanaise, de nombreux écrivains ont choisi le français pour s'exprimer. Dès 1910, les poèmes et les drames romantiques de Chekri Ganem (1861-1929) révèlent une littérature nourrie de légendes nationales.

Après la Première Guerre mondiale, le poète Charles Corm (1894-1963) crée la Revue phénicienne (1920), exalte le patriotisme libanais dans la Montagne inspirée (1934) et anime le mouvement littéraire et artistique de son pays ; à côté de lui, Jacques Tabet, Elie Tyane, Hector Klat et Michel Chiha (1891-1954) donnent une couleur nouvelle aux traditions de la poésie française et chantent la fraternité entre les chrétiens d'Orient et ceux de France. Après 1945, la réputation de Georges Schéhadé s'impose : sa poésie harmonise l'héritage des maîtres arabes et français ; il gagne l'audience du grand public par des œuvres théâtrales, d'abord humoristiques puis plus inquiètes (Monsieur Bobb'le, 1951 ; les Violettes, 1960). Ceux des poètes qui restent fidèles au vers traditionnel le manient souvent à la perfection, tel le subtil Fouad Gabriel Naffah (la Description de l'homme, du cadre et de la lyre, 1963). La poésie libanaise reste très vivante avec Etel Adnan (née en 1926), Salah Stétié (né en 1929), qui a dirigé l'hebdomadaire l'Orient littéraire et publié de nombreux essais critiques, Nadia Tuéni (1935-1983), Vénus Khoury-Ghata (née en 1938), Fouad El-Etre (né en 1942), Marwan Hoss (né en 1948) et Michel Cassir (né en 1952). Le genre romanesque est à son tour fort bien représenté, avec des écrivains de talent, dont notamment Fardj Allah Ha'ik, auteur de la trilogie des Enfants de la terre (1948-1951), inspirée de l'existence des montagnards libanais ; Amin Maalouf, prix Goncourt en 1993 avec le Rocher de Tanios ; Dominique Eddé (Lettre posthume, Gallimard 1986), ainsi que Sélim Nassib (né en 1946) et Alexandre Najjar (né en 1967).