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Laos

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature ancienne lao est étroitement liée à celle des peuples thaïs de Thaïlande, de Birmanie, de Chine, de Viêt-nam du Nord, tant par leurs écritures, tirées de l'alphabet indien, que par leurs contenus. Cependant, pour rester dans le domaine lao, on trouve à côté des canons bouddhiques en langue pali, des textes en laotien traduisant les jataka, collections de récits sur les vies antérieures du Bouddha. On recense 547 jataka, traduits en laotien sous le titre de Nipata, dont le Mahanipata qui contient les dix jataka les plus célèbres et les plus appréciés : le dernier, appelé aussi Mahajataka, est célébré, chaque année après le carême, dans les pagodes des pays thaïs bouddhiques, et illustré par des peintures naïves représentant les treize épisodes de la vie du héros, autour de la chaire du haut de laquelle les bonzes se relaient pour chanter des passages choisis de la vie du prince Vessantara, qui a poussé le renoncement aux biens et affections de ce monde jusqu'à donner ses deux enfants et sa femme tendrement aimés en aumône aux mendiants venus les lui demander.

Il existe encore d'autres jataka isolés, et une série de 50 récits appelés Pannasajatakam, compilation tardive connue en Birmanie, au Cambodge, au Siam. Le Siñjaya est un adaptation d'un des Pannasajatakam, en langue vulgaire et en écriture dhamma, faite par Pang Kham qui pourrait bien être le roi Tôn-Kham (il l'aurait composé vers le premier quart du xviie s.) : cette œuvre de 2 500 vers raconte la geste de trois princes : Siñjaya, sorte de Krisna, et ses demi-frères, Siho le Lion et Sang-Kham l'Escargot d'or. Siñjaya apparaît, d'un côté, comme un merveilleux justicier magnanime, incarnation d'un bodhisattva prêcheur du dharma, cheminant vers l'état de bouddha, et de l'autre, comme un jeune libertin ne demandant qu'à succomber aux charmes d'une troupe de cinq cents Kinnari, femmes oiselles dévergondées.

Parmi les « romans en vers » de ce genre, on peut encore citer le Lin-thong, le Kalahet, le Thao Be et surtout le Pha Lak-Pha Lam, adaptation en 1 823 vers du Ramayana indien. À côté des romans en vers, on trouve des romans en prose, comme Campa-si-ton (les Quatre Frangipaniers) ou le Buddhasen, roman édifiant imprégné d'esprit bouddhique d'où sont bannies les aventures galantes.

D'un autre genre sont les contes : certains ne sont que des interprétations des contes indiens, comme ceux du Pañcatantra : Nandapakarana, histoire du Bœuf Nanda, Mandukapakarana, histoire des Grenouilles, Pisacapakarana, histoire des Démons, Sakunapakarana, histoire des Oiseaux. Ces contes sont connus aussi sous le nom d'Histoires de Dame Nang Tantai. Il existe aussi des « contes judiciaires », comme le Mulla Tantai et le Sieu-Savat, qui tiennent à la fois de la jurisprudence et de l'apologue moral, et divers traités en prose et en vers recueillis dans le Pu-sin-hlan (Le grand-père instruit son petit-fils) et sa réplique, le Hlan-son-pu (Le petit-fils instruit son grand-père), qui codifient, sous forme d'aphorismes, la tradition bouddhique populaire. À côté des contes moraux, il y a des « contes à rire », dont celui de Sieng-Hmieng connu au Cambodge sous le titre de Thmen-Cei, et au Siam sous celui de Si-Thanoncai (en pali Dhanañjaya), qui relate les tours pendables d'un personnage malicieux qui n'est pas sans rappeler les fous et les bouffons des cours du Moyen Âge occidental.

D'autres contes, moins célèbres, tiennent à la fois du merveilleux (Ay-Cet-Hai, « Grand frère-sept jarres », sorte de Gargantua) et de la satire populaire (Hua-Lan-Beua-Het, « le Chauve empoisonné par les champignons »), sans oublier les contes oraux qui circulent dans les veillées des fêtes familiales ou communautaires et où le réel et l'imaginaire se mélangent dans une trame captivante. Il faut classer dans ce genre de littérature orale les chants improvisés par le hmo-lam, sorte de barde, accompagné de son hmo-khen, joueur d'orgue à bouche : ces chants peuvent broder sur des sujets épiques connus, sur l'histoire des principautés, ou sur des cours d'amour, en chants alternés, ou en joutes de poèmes galants chantés par l'homme, avec répliques données par une femme sous forme de petits vers (les phñâ) accueillis par l'auditoire par des « Ho hiu » d'allégresse. Ce genre de manifestation culturelle peut durer de l'après-dîner au petit matin, jusqu'à l'épuisement du couple mis en présence, au milieu d'un auditoire de jeunes et de moins jeunes venus de villages et quartiers souvent éloignés. Quant au genre historique, il est représenté par des annales des principautés, récits où l'imagination des chroniqueurs se donne libre cours pour interpréter les faits où les hommes et les mythes se côtoient, un peu à la manière d'Homère.

Toute cette littérature traditionnelle, généralement anonyme, gravée sur feuilles de latanier, s'est perpétuée et transmise par les copistes des monastères bouddhiques jusqu'à ce que la colonisation européenne, à l'époque moderne, ait introduit l'imprimerie. Ce n'est que fort tard, vers les années 1930, que le Laos a connu le renouveau, notamment par la création du Théâtre Lao sous l'impulsion de Charles Rochet, qui groupe autour de lui des auteurs et des comédiens amateurs pour écrire et jouer une dizaine de pièces « moliéresques » (le Vrai Mérite, le Vrai Coupable, la Folie des grandeurs). Dans les années 60, on voit apparaître quelques nouvellistes et quelques poètes de talent, comme Panai, Duang-Campa, Leng-Phu-Pha-Ngön, mais la littérature laotienne digne de ce nom appartient à une période historique révolue, où les Laotiens formaient avec les autres Thaïs du nord de l'Indochine une unité linguistique, culturelle et sociale d'envergure.